Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

Patience et longueur de temps
Ça c'est
balot...
Etrangement, l'ignorance dévore affreusement le respect. C'est ainsi que l'amitié s'oublie en atteignant les cieux de l'indifférence
Phosocle ::
Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

28 Avril 2007 ::

« Solidarité pour ma gueule »

:: Métroboulododo

Selon certains éminents intellectuels au look post-BHLien, il apparaît que notre époque vit chaque jour la mort des grands récits. Plus de grande cause dans laquelle croire, plus de grands mouvements, plus d'idéaux, plus d'unité, juste un immense règne de l'individualisme forcené et hystérique. En pleine élection présidentielle, tout le monde pourrait se persuader cependant qu'il demeure quelques personnes en ce bas monde pour croire encore aux grands desseins qui dépassent les individus et emmènent les sociétés dans leurs sillages... Ainsi, on nous rebat sans cesse les oreilles avec les concepts de "partage", de "solidarité", d' "humanité", et autres vocables ronflants et propres à lever les foules dans de grands transports idéologiques.

Quand on parle ainsi de "partage", tout le monde est d'accord : oui, il faut partager les richesses entre les plus riches et les plus pauvres. Oui, il faut aider les pays pauvres et sous-développés à améliorer leur niveau de vie, leurs conditions sociales, sanitaires, politiques. Oui, il faut ouvrir les bras à ceux qui n'ont pas la chance de vivre dans un pays pacifié. Et oui, il faut plus de solidarité, plus de fraternité entre les hommes, il faut abolir les discriminations, et contribuer à un monde plus juste, pour le bien des générations futures.

Mais tandis que cette idée du travail pour le bien des générations futures s'est muée en une idée de travail pour une jouissance immédiate, la réalité nous rattrape bien vite. Ainsi, je me souviens d'une mesure symbolique qui devait voir le jour il y a quelques années, sous le gouvernement Raffarin si ma mémoire est bonne : il s'agissait de supprimer un jour férié de l'année pour permettre à nos vieux de continuer à bénéficier de leurs retraites. Nos vieux qui nous ont nourris, logés, choyés, protégés, bercés, torchés. Ils ont passé des années entières à penser à nous plutôt qu'à eux, à se faire des cheveux blancs pendant que nous faisions les imbéciles dans quelque réunion de nos pairs vers laquelle notre instinct grégaire nous poussait inéluctablement.

Et puis voilà, un jour nos chers aïeux vieillissent, les équations des thermodynamiciens les rattrapent, ils se ratatinent, se flétrissent, et finissent par avoir besoin des générations qu'ils ont enfantées. Il fallait un jour. Un seul et unique jour dans l'année. Une journée de 8 heures d'activité sur 365,25 jours, soit 8766 heures. Ce qui représente 0.09% de son existence ô combien précieuse.

Ce temps-là devait aider nos vieux à avoir leurs retraites. Ce temps-là devait être une journée de solidarité pour ceux qui nous ont torchés et supportés, quand notre seule marque de gratitude à leur égard était de leur jeter à la face un stupide « mes parents c'est des cons ». Ce temps-là devait peut-être marquer, juste pour 0.09% de nos vies, un sentiment global d'entraide désintéressée, sans nous préoccuper de nos kilos en trop, de notre taux de cholestérol, de l'augmentation du prix des forfaits téléphoniques, ni surtout de quel bord politique on était. Et nous, français, plutôt que de consacrer ce temps-ci à aider nos vieux, nous avons séché l'école, nous avons déserté nos lieux de travail, pour vaquer à nos occupations habituelles. Et tous avions d'excellentes raisons, bien entendu.

Bref, tout le monde est d'accord pour partager, du moment que ça ne dérange pas. Elle est belle la solidarité.

finipe, 00h08 :: :: :: [6 lettres de suicide]

23 Avril 2007 ::

« Jacques des Isles, le meurtre avorté d'Henri IV »

:: Histoire moderne, 1605

19 décembre 1605. Le Pont-Neuf, pas encore tout à fait achevé, fourmille déjà d'activité : c'est le premier pont de la capitale à n'être pas couvert ni bordé de maisons, et il constitue une artère majeure de la ville, dont les problèmes chroniques de circulation découragent les plus aguerris des parisiens. Peu avant la tombée de la nuit, le roi Henri IV revient de la chasse, en passant sous les balcons circulaires de ce pont qui arborera dix ans plus tard sa propre statue en bronze. Ce roi au destin singulier est maître d'un royaume qui l'a haï pendant longtemps, mais désormais les choses s'améliorent : les constructions se multiplient, les maçons et les charpentiers s'activent, et la ville se débarrasse des derniers oripeaux du Moyen Âge et de la Renaissance pour entrer de plein pied dans l'ère moderne.

Ainsi, Henri IV chevauche paisiblement, en compagnie d'une mesnie plutôt réduite, et sans pompe particulière : le roi aime à affirmer qu'il n'a rien à craindre de ses sujets, et il s'agace fréquemment des prévenances sécuritaires trop importantes de son entourage[1]. C'est alors que surgit un homme, qui empoigne le manteau du roi : l'agrafe qui retient le vêtement ne cède pas, et Henri IV se retrouve violemment tiré en arrière, renversé sur la croupe de son cheval, à la merci de l'individu. Celui-ci brandit un poignard au-dessus de la gorge du roi impuissant, et crie : « Rends-moi mon royaume ! ». Heureusement, les valets de pied profitent d'une hésitation de l'agresseur, et se précipitent pour le repousser et le désarmer : Henri IV est sauf...


Portrait d'Henri IV

Tandis que les valets vont pour assommer l'assassin, Henri IV s'interpose, semblant n'être pas tant affecté par la mort qu'il a failli connaître à l'instant même. Il défend qu'on blesse l'homme, et ajoute : « Qu'on le mène en prison sans lui faire de mal ». L'homme, maîtrisé au sol, éclate de rire : « Au moins, je vous ai fait belle peur ! », dit-il. Puis l'on mène l'individu à la prison de For-l'Evêque, et c'est Pierre Jeannin[2] en personne qui l'interroge.

L'assassin s'appelle Jacques des Isles[3] : il prétend être un descendant de Pharamond, l'ancêtre mythique de l'antique lignée des Mérovingiens, éteinte depuis près de 1000 ans, depuis l'avènement de Pépin le bref... Il affirme être le "roi de tout le monde", et déclare avoir voulu châtier Henri IV en tant qu'usurpateur du trône qui devait lui échoir.

Procureur dans la ville de Senlis (actuelle Oise), Jacques des Isles semble clairement avoir perdu l'esprit : on reconnaît qu'il est fou, mais on le traite tout de même comme un criminel de lèse-Majesté. A nouveau, Henri IV intervient et interdit qu'on l'exécute : Jacques des Isles passe ainsi le reste de sa vie en prison et y meurt, sans avoir livré un seul élément pouvant attester d'un quelconque complot. Cinq ans plus tard, le 14 mai 1610, rue de la Ferronnerie, c'est finalement François Ravaillac qui assassinera le "bon roi Henri IV", et qui subira pour son crime le pire supplice de l'Histoire de France...

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1. On peut relever une amusante similitude avec le général De Gaulle sur ce point précis...

2. Henri IV estimait réellement cet homme, ancien membre de la Ligue Catholique (souvent surnommé Président Jeannin), qui s'était notamment distingué en se montrant un négociateur extrêmement habile lors de la rédaction de l'Edit de Nantes. Le roi, en le présentant à Marie de Médicis, avait dit de lui : « Voyez-vous ce bon homme : s'il arrive que Dieu dispose de moi, je vous prie de vous reposer sur la fidélité de Jeannin, et sur la passion. Je sais qu'il a du bien de mes peuples. »

3. On trouve parfois également le nom de Jean des Isles

finipe, 20h55 :: :: :: [6 interventions abstruses]

19 Avril 2007 ::

« On nous casse les oeufs »

:: Misanthropie

Ça y est, c'en est trop, je ne peux plus me taire. Je sens monter une sourde colère, partagée par des milliers — que dis-je ! — des millions de personnes telles que moi, qui en ont assez de tout cela, de ce scandale désormais patent, et contre lequel on se sent impuissant. Oh, ça oui, autrefois, les choses allaient bien, tout était mieux, l'on n'avait pas à se plaindre, et chaque fois que cela arrivait, c'était un plaisir sans cesse intact, renouvelé et original. C'était un petit plaisir anodin qui suffisait à égayer une morne journée passée à supporter sans broncher la hargne de nos congénères. C'était une touche de bonne humeur badine et puérile, au beau milieu d'une vie dévorée par les ambitions carriéristes et les bassesses coutumières de nos semblables.

Mais aujourd'hui, c'en est bien fini. Oui, amis, camarades, il est de mon devoir de m'insurger contre cette ignominie, il va de mon intégrité morale de lever le poing contre cet outrage fait aux petits bonheurs, à ce que Philippe Delerm appelle les "plaisirs minuscules", et c'est dire si ça me coûte de citer le père de l'autre demeuré pseudo-poète. Car oui, amis, camarades, en vérité je vous le dis : on nous spolie, on nous exploite, et quel en est le résultat ?

Les jouets des Kinder Surprise sont devenus ARCHI-NULS !

Naguère, en ouvrant cette coquille jaune magique, nous découvrions un joyeux salmigondi de petites pièces de plastique coloré, de toutes les formes et de toutes les tailles ; parfois, si l'on avait de la chance, il y avait également de petits autocollants à apposer sur le jouet, une fois celui-ci construit. On passait quelques secondes, parfois quelques minutes, à emboîter bien soigneusement toutes ces jolies petites pièces les unes dans les autres, pour obtenir enfin une voiture à friction, un robot articulé, un bateau de course, et mille autres surprises insignifiantes mais tellement gratifiantes du simple fait qu'on les avait nous même assemblées...

Or, aujourd'hui, il faut se rendre à l'évidence : les jouets en question ont perdu cette magie. Désormais, ce ne sont que stupides taupes rigolardes, grotesques singes grimaçants, et autres ridicules poulpes jongleurs, tous figés dans des pauses absurdes, et surtout, surtout : faits d'un seul tenant. Plus de jolies petites pièces de plastique coloré à emboîter les unes dans les autres. Plus d'autocollants bigarrés à coller délicatement sur le jouet. Plus de voiture à friction, plus de robot articulé, plus de bateau de course. A la place, nous n'avons que de bêtes enfilades de personnages à collectionner, et plus aucun plaisir à les fabriquer.

J'entends d'ici les jeunes commerciaux dynamiques tout frais émoulus de leurs écoles de vente de force, argumenter avec facilité : "Les petites pièces sont bien trop dangereuses pour les jeunes enfants... Ils peuvent les avaler, s'étouffer, et c'est un client de moins !", ou encore "Les collections de personnages créent le besoin et poussent à la consommation, pour obtenir la série complète". Eh bien sachez, jeunes loups sans coeur, que vous être en train de perdre la clientèle régulière d'un enfant de 30 ans !

Jadis, "ils" nous avaient déjà lâchement assassiné Grosquick pour le remplacer par un lapin sans charisme. Et voilà que le Kinder Surprise, ce bastion de notre enfance, "ils" nous le défigurent, "ils" nous le vident de toute substance, "ils" lui enlèvent tout son charme, "ils" nous l'arrachent sans vergogne ! Difficile d'accepter sereinement ce changement, mais en mon for intérieur je sais que ce ne sera jamais plus comme avant. C'est peut-être à ce genre de détail insignifiant qu'on s'aperçoit vraiment qu'on vieillit...


Deux héros de mon enfance, disparus...

finipe, 15h22 :: :: :: [7 observations emphatiques]

16 Avril 2007 ::

« Quatuor pour la fin du temps »

:: Histoire contemporaine, 1941

Un billet historique un peu inhabituel, puisqu'il s'agit d'une oeuvre musicale. Pour apprécier à sa juste valeur ladite oeuvre et surtout les conditions dans lesquelles elle fut écrite, vous pouvez écouter en même temps que vous lisez...


Louange à l'éternité de Jésus
5ème mouvement

Après l'invasion allemande de la France en mai et juin 1940, et la débâcle française qui s'en est ensuivie, des dizaines de milliers de prisonniers de guerre sont emmenés dans différents camps nazis : les Stalags sont destinés à maintenir en captivité les prisonniers militaires, n'étant en théorie pas des officiers. L'un de ces camps, le Stalag VIII-A, situé à Görlitz en Silésie (actuelle Allemagne, mais situé en Pologne en 1940), accueille une très large majorité de français, ainsi qu'un nombre important de belges et de yougoslaves. Près de 30.000 prisonniers survivent là, dans des conditions de détention extrêmement difficiles : nourriture chiche et très mauvaise (soupe maigre, rutabaga, quelques grammes de pain et de margarine), travaux pénibles supervisés par des SS fanatiques (corvées répétées, déchargement de charbon, travaux dans les champs), infestations de vermines et maladies mortelles... Les prisonniers russes, quant à eux, ne bénéficient pas de la convention de Genève : leurs conditions sont encore plus dures, leur sort est bien souvent funeste, et leurs dépouilles finissent ensevelies dans des fosses communes.


Photo du Stalag VIII-A

Parmi tous ces prisonniers du Stalag VIII-A se trouve un certain Olivier Messiaen, musicien et compositeur français alors âgé de 32 ans. Organiste de talent, il a suivi des études au conservatoire de Paris dès l'âge de 11 ans auprès des plus grands, notamment Marcel Dupré et Paul Dukas. Olivier Messiaen est très croyant, et obsédé par les concepts d'éternité, d'immobilité, de temps et d'infini. Il voue également une grande passion à la nature et en particulier les chants d'oiseaux, dont il a fait des cahiers entiers de recueils, notant sur partition les mélodies qu'il entend dans les arbres... Son obsession pour l'éternité le conduit à des procédés d'écriture musicale très particuliers, utilisant notamment les "modes à transpositions limitées", des modes musicaux dont la construction même fait qu'il est difficile de définir où ils commencent, et où ils finissent[1]. C'est dans ces conditions qu'Olivier Messiaen écrit le Quatuor pour la fin du temps, inspiré par une citation de l'Apocalypse de Saint-Jean :

« Je vis un ange plein de force, descendant du ciel, revêtu d'une nuée, ayant un arc-en-ciel sur la tête. Son visage était comme le soleil, ses pieds comme des colonnes de feu. Il posa son pied droit sur la mer et son pied gauche sur la terre, il leva la main vers le Ciel et jura par Celui qui vit dans les siècles, disant : "Il n'y aura plus de temps". Mais au jour de la trompette du septième ange, le mystère de Dieu se consommera. »

Un officier allemand donne à Messiaen du papier à musique et quelques crayons, et dans le froid et les privations il compose, selon les instruments dont il peut disposer : avec lui sont effectivement détenus le clarinettiste Henri Akoka, le violoniste Jean le Boulaire et le célèbre violoncelliste Etienne Pasquier. Messiaen étant organiste et pianiste, il écrit donc pour piano, violoncelle, violon et clarinette, sans pouvoir s'aider d'aucun instrument, uniquement grâce à l'audition intérieure.


A gauche : Olivier Messiaen en 1935
A droite : affiche de la toute première représentation

Le 15 janvier 1941, quelques semaines avant la libération du compositeur, les officiers allemands décident que l'oeuvre doit être jouée devant les prisonniers : on réunit près de 5000 personnes dans un bloc, dans un froid glacial. Les touches du piano de Messiaen ne veulent pas se relever après qu'on les ait enfoncées, une des clefs de la clarinette d'Akoka a fondu près d'un poêle, et le violoncelle de Pasquier n'a que trois cordes. Longtemps après, Messiaen dira que bien que la représentation ait été "horrible", ce fut un des plus beaux concerts de toute son existence...


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1. Pour la petite histoire, l'un de ces modes à transpositions limitées (le deuxième en l'occurrence) est surnommé "Mode Bertha". Il est construit comme suit : 1/2 ton, 1 ton, 1/2 ton, 1 ton, etc., tout comme le canon allemand "Grosse Bertha" qui pouvait tirer pendant 1 heure, puis devait refroidir pendant 1/2 heure. Cette anecdote est toutefois à prendre avec des pincettes, c'est un vieux souvenir de Conservatoire, et je n'ai aucune source précise pour la confirmer ou l'infirmer...

finipe, 15h14 :: :: :: [23 haineuses invectives]

14 Avril 2007 ::

« Amy Elizabeth Thorpe - Nom de code : Cynthia »

:: Histoire contemporaine, 1942

Recrutement et débuts d'une espionne

Durant la seconde guerre mondiale, la Grande Bretagne fit de très gros efforts pour percer les secrets de la cryptographie ennemie. L'une des armes méconnues de cette bataille fut une femme du nom de Amy Elizabeth Thorpe, une ravissante américaine née le 22 novembre 1910 à Minneapolis. A dix-neuf ans, elle épouse un diplomate anglais. Le mariage dure onze ans, et se termine par un divorce : Amy Elizabeth Thorpe a 30 ans. C'est alors qu'elle est recrutée par la British Security Coordination, le service de renseignements britannique aux Etats-Unis : son nom de code au sein de cette organisation devient Cynthia.

Très rapidement, elle reçoit une mission d'importance : s'emparer du chiffre de la marine italienne. A cet effet, elle fait en sorte de rencontrer l'amiral italien Alberto Lais à l'ambassade italienne de Washington, et le séduit en quelques semaines à peine. Lais est tellement sous le charme qu'elle n'a même pas à se cacher, et lui révèle sans hésiter qu'elle est espionne et qu'elle veut les codes de chiffrement de la marine. L'amiral italien, malgré son âge et sa grande expérience, obéit sans sourciller : peu de temps après, des copies de ces codes sont entre les mains du gouvernement britannique.

Selon certaines allusions de Winston Churchill, il semblerait que cette réussite de Cynthia ait très largement contribué à la domination de la flotte britannique en méditerranée orientale : durant la bataille du cap Matapan notamment[1], plusieurs croiseurs italiens sont coulés ou mis hors de combat. L'amiral Alberto Lais quant à lui, finit par être suspecté et expulsé de son ambassade et des Etats-Unis : sur le quai du départ, c'est avec Cynthia qu'il passe ses derniers instants, ignorant sa propre famille en larmes...


Amy Elizabeth Thorpe
alias Cynthia

Contre le gouvernement de Vichy

Après le départ d'Alberto Lais, Cynthia est affectée à une nouvelle mission : infiltrer l'ambassade de France aux Etats-Unis. Elle se fait passer pour une journaliste et obtient un rendez-vous avec l'ambassadeur ; tandis qu'elle attend pour cette entrevue, elle fait connaissance avec le capitaine Charles Brousse[2], attaché de presse de l'ambassade. Peu de temps après, elle le séduit, et encore une fois, sûre de son empire sur le capitaine français, elle lui avoue être une espionne et le convainc de travailler pour la France libre, contre le gouvernement de Pierre Laval.

Après la transmission de quelques documents relativement importants, Churchill exige d'obtenir le chiffre de la marine française : Cynthia demande à son amant de le lui procurer, mais ce dernier ne peut l'obtenir, affirmant que seules deux personnes ont accès à ces codes, à savoir le chef de la section du chiffre et son adjoint. Cynthia tente de les approcher l'un et l'autre mais échoue. Elle change alors de tactique et utilise la ruse : elle se présente accompagnée de Charles Brousse devant l'ambassade, tardivement, et dit au gardien qu'il est bien délicat de trouver une chambre d'hôtel libre par ces temps de guerre... Moyennant un confortable pourboire, les deux amants passent la nuit sur un divan, à l'ambassade.

Nuit après nuit, ils recommencent et endorment la vigilance du gardien. Ainsi, une nuit de juin 1942, ils sortent d'un taxi, l'air passablement éméché, une bouteille de champagne à la main, et proposent au gardien de trinquer avec eux. Ce dernier accepte bien volontiers et ne tarde pas à sombrer dans un sommeil chimique des plus profonds... Le conducteur de taxi, en réalité expert en serrurerie, entre alors dans l'ambassade et entame l'ouverture du coffre fort du département du chiffre : il y passe plus de trois heures, si bien qu'il est trop tard pour faire des copies.

Le surlendemain, il s'agit donc de pouvoir revenir et dupliquer les codes : Cynthia et Brousse se représentent donc à l'ambassade, mais le gardien est devenu soupçonneux. Heureusement, Cynthia pressent que celui-ci va tenter quelque chose, et, vingt minutes après l'arrivée des amants dans l'ambassade, le gardien entre effectivement dans la pièce par surprise : il trouve Cynthia entièrement nue ! Confus, il se retire en bredouillant des excuses... La voie est libre : le serrurier rentre par la fenêtre, rouvre le coffre, et deux heures après, les documents sont dupliqués et remis en place comme si de rien n'était !

Grâce à ces documents, les Alliés purent ensuite contrôler les mouvements de la flotte française de Vichy dans les rades de Toulon, Alexandrie ou Casablanca, et préparer efficacement le débarquement en Afrique du nord qui eut lieu en novembre 1942. Suite à cette mission, cette Mata Hari de la seconde guerre mondiale continua de travailler autant pour les services britanniques qu'américains. Sur son rôle et ses méthodes, elle déclare :

Honteuse ? Pas le moins du monde. Mes supérieurs m'ont dit que les résultats de mon travail avaient sauvé des milliers de vies britanniques et américaines. Cela m'a impliquée dans des situations devant lesquelles les femmes "respectables" reculent, mais j'étais totalement engagée. On ne gagne pas les guerres avec des méthodes respectables.


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1. Grèce, le 29 mars 1941.

2. Elle l'épousera à la fin de la guerre.

finipe, 02h24 :: :: :: [6 commentaires désobligeants]

12 Avril 2007 ::

« L'oeil d'un roi en vaut cinq »

:: Histoire moderne, 1559

30 juin 1559. L'un des derniers tournois de chevalerie. Le Roi de France Henri II joute dans les faubourgs de Paris, près de l'actuelle place des Vosges, contre le comte Gabriel de Montgomery, capitaine de sa garde Ecossaise. Au moment du choc, la lance du comte se glisse dans la visière de son adversaire. La pointe lui transperce l'oeil et se plante dans son crâne en se brisant. Le roi, à 40 ans, tombe à terre, inconscient.


La mort d'Henri II (gravure de Hogenberg)


On court quérir Ambroise Paré, le chirurgien attitré de la cour. Celui qui n'a pas pu étudier à l'université par manque d'argent. Celui qui a appris son métier dans les campagnes d'Italie, rejetant pour les amputations la cautérisation au fer chauffé à blanc et empruntant aux Arabes la méthode de la ligature des artères, profitant volontiers des cadavres frais pour étudier l'anatomie humaine en les disséquant, chose qu'il n'aurait jamais pu faire dans le civil où le clergé veillait à en faire appliquer l'interdiction. Celui qui est au faîte de sa gloire, parce que la mortalité de ses patients est bien moindre que celle des autres "chirurgiens-barbiers".


Ensemble de pièces du Musée des Invalides à Paris : l'armure du dauphin Henri II avant son accession au trône, la masse d'arme d'Henri II et une armure de joute du XVIème siècle, juste pour montrer que c'était quand même pas de chance de se la prendre dans l'oeil ! (photos draleuq)


Constatant l'extrême gravité de la blessure du roi et craignant de le tuer en extrayant le morceau de lance, Ambroise Paré exige de faire des essais sur des cobayes humains. On fait alors subir à cinq condamnés à mort la même blessure qu'au roi. Le chirurgien étudie sur eux toutes les possibilités, mais ils meurent les uns après les autres. Le roi lui-même meurt 12 jours après l'accident, sans avoir repris connaissance. Selon une autre version, c'est six condamnés à mort qui furent exécutés sur l'ordre de Jean Chapelain, médecin du Roi, et dont on apporta les têtes à Ambroise Paré pour qu'il travaille dessus, un peu plus "au calme", on l'imagine aisément.


Ambroise Paré - Henri II selon François Clouet (tableau de 1550)

Ambroise Paré restera encore chirurgien royal sous Catherine de Médicis, Charles IX et Henri III. Il sera l'un des seuls protestants à échapper au massacre de la Saint-Barthélémy, en 1572.


Au musée Grévin à Paris, Ambroise Paré est immortalisé, disséquant une main humaine. Tss tss Ambroise, si ton confesseur voyait ça ! (photo draleuq)

Un des seuls, avec... Montgomery, l'assassin involontaire du Roi. Celui-ci, né en Normandie, était le fils d'un Ecossais catholique qui avait fui la Réforme en Angleterre et qui était entré au service du Roi de France, François 1er. Gabriel était donc bien catholique au moment du funeste tournoi. Selon certaines sources, Henri II l'aurait absous sur son lit de mort, interdisant toute poursuite à son endroit (ceci va à l'encontre de la version qui dit que le Roi n'est jamais sorti du coma).

Mais c'était sans compter sur la Reine Catherine de Médicis, désormais régente du Royaume, veuve inconsolable malgré des cornes plus grandes que celles d'un cerf (son mari s'affichait publiquement avec sa maîtresse Diane de Poitiers) qui le fait bannir de la cour dès le lendemain. Montgomery, sentant qu'il est temps pour lui de prendre la poudre d'escampette, fuit en Angleterre et adhère alors à la Réforme.


Le comte Gabriel Montgomery (par Féron) et Catherine de Médicis

En 1562, il revient en Normandie où il devient l'un des meilleurs commandants protestants pendant les guerres de religion. En 1572, il quitte prudemment Paris au moment de l'attentat contre son grand ami l'Amiral de Coligny. Prévenu in extremis par un homme blessé ayant traversé la Seine à la nage, il échappe au Massacre de la Saint-Barthélémy et s'en retourne en Angleterre. Là, il est traqué par des chasseurs de prime envoyés par Catherine de Médicis, qui fait plusieurs demandes d'extradition, en vain.

Finalement, Montgomery se jettera lui-même dans la gueule du loup deux ans plus tard, en 1574, en participant à une insurrection en Normandie à la suite de laquelle il sera assiégé dans Domfront et contraint de se rendre.


La plus grande portion de l'Enceinte Philippe Auguste encore debout, dégagée en 1946, se trouve le long du Lycée Charlemagne, dans le IVème arrondissement. Elle est composée de 60 m. de muraille, prolongés d'un quart de tour ronde, qui n'est autre que... La Tour Montgomery ! (ainsi appelée parce que le comte y aurait été emprisonné)

Un mois plus tard, il sera décapité en place de Grève. Juste avant, sur l'échafaud, il s'entend dire que tous ses biens sont confisqués à sa famille, et que ses titres lui sont retirés. On lui prête alors ces mots : "dites à mes enfants que s'ils ne peuvent reprendre ce qui leur a été pris, je les maudis de ma tombe." Rude bonhomme !

Notons enfin que le fameux Général Bernard Montgomery, alias "Monty", héros britannique de la seconde guerre mondiale, célèbre pour sa féroce concurrence avec l'Américain Patton, fut un descendant direct du Comte Gabriel de Montgomery. Gageons que ce sacré Gabriel eut donc, de là où il était, quelques raisons de ne pas maudire sa descendance !


Le Maréchal Bernard Law Montgomery (1887-1976)


Billet mis à jour le 10/04/2010

draleuq, 02h34 :: :: :: [0 lettre de suicide]

9 Avril 2007 ::

« L'appel du printemps »

:: Nombril

Contrairement à l'un des poncifs masculins les plus incontournables qui veut que le mâle aime au-delà de tout et tous sa voiture, dont il prend un soin maniaque et presque pervers, s'il y a bien une chose dont je me fous éperdument, c'est ma propre automobile. Qu'il pleuve, vente, neige, gèle, que je roule dans la boue ou la poussière, que je parcoure un seul ou mille kilomètres, l'état extérieur de mon véhicule me préoccupe à peu près autant que les problèmes d'hémorroïdes de mon boucher-charcutier.

Le résultat de ceci est très simple : ma voiture est une sorte d'étable ambulante, recouverte de poussière, de boue, et d'une palette multicolore et chatoyante de matières fécales variées provenant des hordes intestinales ailées. Cerise sur le cageot, le capot est affublé de façon quasi indélébile de la mention "SALE", inscrite en grasses lettres par ma propre soeur il y a de cela au moins un an, après que j'eus baptisé son propre véhicule de la même façon. Un an, donc, que je conduis un véhicule dégueulasse portant cette mention, au travail, chez le garagiste, à la vue de tous, sans vergogne aucune. Et pour cause, je m'en fous.

L'intérieur de ladite charrette n'est d'ailleurs pas des plus reluisants : il est couvert d'une couche de poussière qui ferait palir d'envie le plus chevronné des égyptologues, constellé de miettes de pain (reliques de repas antiques), parsemé de suffisamment de traces de boue, de terre, de sable et de gravillons pour alimenter un petit chantier de construction, et saupoudré çà et là de mouchoirs usagers, de bouteilles d'eau croupie depuis des lustres et à moitié vides, et de divers détritus dont l'état de décomposition ne permet plus l'identification précise. Mais comme j'ai déjà pu vous le signifier précédemment, je m'en fous.

Que l'on n'aille cependant pas croire que le triste portrait que je viens de brosser résume également l'état technique de ma voiture, et que par conséquent, me croiser sur les routes de France et de Navarre représente un danger mortel pour tout conducteur normalement constitué. Que nenni, chers amis lecteurs (merci à vous deux) : mon véhicule, bien que miteux en apparence, est en parfait état technique. Il avale les lieues avec sécurité et propreté, que mon assureur se tranquillise.

Mais ce week-end, j'ai fait une folie. Je ne sais pas pourquoi, ce fut comme une sorte de pulsion primale insensée qui ne demandait qu'à s'extirper de ma nature de mâle viril : le printemps étant arrivé, le rut s'est fait incontrôlable, et j'ai ressenti ce besoin du fond des âges d'attirer les femelles pour m'accoupler et faire perdurer l'espèce. Pour ce faire, il me fallait me parer de mes plus beaux atours, tel l'oiseau coloré au chant harmonieux qui rivalise de beauté et de grâce face à ses congénères, luttant dans l'implacable cadre des lois darwiniennes : je me suis donc mis à laver ma voiture pour attirer les femelles.

J'ai passé l'aspirateur, dépoussiéré le tableau de bord et les plastiques de carénage, ôté les mouchoirs sales et les bouteilles croupies du sol, jeté les protège-tapis troués, nettoyé les miettes de pain, astiqué les vitres et les rétroviseurs, et mille autres soins maniaques qui, en une heure environ, ont transformé l'intérieur cauchemardesque de ma voiture en une vitrine idéale du magazine Auto-Moto, pour nous les hommes qu'on aime les bagnoles, meuh ouais. Puis, une fois rendu là, j'ai contemplé avec délectation et fierté la moitié du travail accompli : un intérieur somptueux, mais un extérieur toujours aussi lamentable. Lassé par toute cette testostérone dispendieusement utilisée, j'ai cessé là mes tentatives de séduire la gente féminine par le truchement de mon véhicule, et j'ai laissé l'extérieur en l'état, toujours aussi "SALE".

Maintenant, je n'ai plus qu'à essayer d'emballer les filles avec le vieux truc de la "beauté intérieure".

finipe, 02h36 :: :: :: [7 élucubrations]

6 Avril 2007 ::

« La sépulture du Mont Cornillet »

:: Histoire contemporaine, 1917

Le massif de Moronvilliers

Vers le fin mars 1917 : le général Nivelle lance la grande offensive du Chemin des Dames[1], que les allemands avaient occupé après qu'ils aient été repoussés par les français lors de la bataille de la Marne en 1914. C'est dans ce cadre global que sont lancées des offensives en Champagne, notamment sur le massif de Moronvilliers, situé au nord de Mourmelon et Châlons-en-Champagne. Ce massif est un point stratégique, constitué de sept monts surplombant le paysage, parsemés d'innombrables redoutes, tranchées et boyaux allemands : le mont Haut, le mont Blond, le mont Perthois, le mont Sans Nom, le mont Téton, le mont Casque, et le mont Cornillet qui culmine à 209 mètres. Après un mois de batailles inhumaines, ayant entraîné de graves mutineries dans les rangs français, le massif du Moronvilliers reste encore majoritairement aux mains des allemands, qui résistent vaillamment, terrés dans des retranchements inexpugnables. Seuls les monts Blonds, Casque et Sans Nom ont été conquis de haute lutte, grâce en particulier au 1er régiment de Zouaves marocains.

Au début du mois de mai, les combats se poursuivent, et le mont Perthois est enlevé à son tour. Les français s'organisent plus efficacement sur les positions prises, et repoussent plusieurs contre-offensives allemandes, notamment sur le mont Casque. Puis, le 15 mai, en raison de l'échec désastreux, des mutineries incessantes et des pertes innombrables[2], le général Nivelle est déchu de son commandement au profit du général Pétain : celui-ci commence par mater les rébellions, en faisant juger et condamner plus de 3000 poilus, dont 50 seront fusillés.


Le tombeau allemand

Après cela, les combats reprennent de plus belle pour enlever à tout prix le Mont Cornillet, qui résiste désespérément : du 18 au 20 mai, un déluge d'obus français tombe sur les positions allemandes (dont des obus à gaz), qui retournent tellement le paysage que les galeries allemandes sont sérieusement endommagées. Les allemands, intoxiqués par les gaz, ne peuvent travailler à la remise en état des tunnels.

Dans le matin du 20 mai, un obus de 400mm tiré depuis Mourmelon tombe directement dans une cheminée d'aération des galeries allemandes : un pan entier s'effondre, emportant avec lui 600 hommes qui s'y trouvaient... L'après-midi, l'assaut est lancé par les français, qui, malgré les tirs de barrage allemands et les mitrailleuses, dépassent rapidement les entrées des tunnels, sans apercevoir le moindre signe de vie à l'intérieur, aucune troupe n'a contre-attaqué : les 600 soldats allemands sont ensevelis et oubliés de tous.

Finalement, la bataille pour les monts de Champagne durera jusqu'en juillet, après de multiples contre-offensives allemandes meurtrières, et verra la victoire des français : les allemands la surnommeront « la bataille des géants ».


Les monts de Champagne, autrefois verdoyants,
transformés en landes désertiques après les bombardements

La découverte du tombeau

En juin 1973, 56 ans après ces événements, des ouvriers de Châlons-sur-Marne découvrent une bouche d'aération du tunnel du Mont Cornillet : ils y pénètrent tant bien que mal et y découvrent pêle-mêle des ossements, des armes, du matériel, des débris et rochers. Ils alertent les autorités, et rapidement le gouvernement allemand envoie des hommes pour entamer des fouilles. Les soldats allemands qui étaient ensevelis là depuis mai 1917 étaient tous de jeunes recrues, âgés de 19 ans maximum : ils n'avaient pas encore l'expérience de la guerre lorsqu'un seul obus les extermina tous. Sur eux, on trouve des portefeuilles, des lettres qu'ils n'avaient pas pu envoyer à leurs familles, tout cela mêlé dans un indescriptible fatras d'ossements entassés et de squelettes non identifiables...

Après d'intenses recherches en partenariat avec les autorités françaises, et l'utilisation de bulldozer, excavatrices et autres pelleteuses, 321 corps sont finalement sortis du tunnel du Mont Cornillet. Une cérémonie est faite par les autorités françaises et allemandes en leur mémoire, et les corps sont finalement inhumés dans le cimetière militaire allemand de Warmeriville (département de la Marne).

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1. Le Chemin des Dames fut ainsi nommé en raison de Adélaïde et Victoire de France, filles de Louis XV, qui empruntaient régulièrement cette route — empierrée pour l'occasion — pour se rendre de Paris au château de La Bove, dans l'actuel département de l'Aisne.

2. Certains estiment que l'offensive du Chemin des Dames aurait fait en tout près de 180.000 morts parmi les rangs français...

finipe, 01h32 :: :: :: [15 contestations]

3 Avril 2007 ::

« La mécanique des caddies »

:: Misanthropie

Peu d'entre nous doivent pouvoir se targuer de n'être point des clients réguliers de ces succursales de la toute puissante consommation que sont les supermarchés. Bon gré mal gré, il faut bien avouer que ces magasins possèdent d'innombrables avantages : moins chers, concentrant tous les produits dont on peut avoir besoin au quotidien, pratiques, organisés. Bref : indispensables. Ces lieux de débauche ont toutefois en juste retour des choses une floppée d'inconvénients, dont il serait probablement assez vain — voire obscène — de dresser une liste. L'on peut en revanche citer l'un de leurs défauts majeurs : ils sont remplis de gens.

Ces gens ont à leur tour probablement une batterie de qualités diverses et variées, mais ils ont surtout un tombereau de défauts tous plus handicapants les uns que les autres : ils puent la cigarette et/ou la sueur et/ou la vinasse (le défaut olfactif est des plus incommodants), ils parlent fort, ils se foutent en travers des rayons avec leurs chariots, au mépris de l'obstruction du passage ainsi créée, ils se pressent les uns contre les autres, attirés par quelque inexplicable et ontologique instinct grégaire, bref, ce sont des gens. Ils existent, et chaque espace que l'on tente d'occuper paisiblement est systématiquement à moitié rempli de leur pénible présence.

Mais, au-delà de toutes ces considérations, il demeure un comportement qui est particulièrement tangible dans les supermarchés, en particulier aux abords des garages à chariots. Mais si, vous savez ! Ces longues files de chariots emboîtés les uns dans les autres, tels des chapelets de boîtes de conserves sodomites... Depuis longtemps munis d'un procédé antivol consistant à y insérer un jeton ou une pièce d'un euro, ils attendent sagement deux types de client : Le client qui arrive pour faire ses courses, et qui prend le chariot, et le client qui repart après avoir fait ses courses, et qui rend le chariot.

Généralement, il y a au moins deux files de chariots rangés. Eh bien, après une longue et rigoureuse étude comportementale, il ressort un fait statistiquement significatif : il y a presque toujours une file ne comportant que deux ou trois misérables chariots miteux, tandis que l'autre est pleine à craquer de dizaines de chariots, tant et si bien que cette file déborde de l'emplacement qui lui était assigné, allant même parfois jusqu'à gêner la circulation des piétons et des véhicules. Notons au passage que la mécanique des fluides chariotesques est une science encore méconnue, et dont les développements actuels laissent penser qu'elle serait d'une étonnante complexité, la moindre feuille de salade pourrie oubliée au fond d'un chariot pouvant perturber durablement les flux.

Observons donc un client qui vient de faire ses courses et qui range son chariot : que fait-il ? Il se dirige vers les deux files, et, voyant pourtant parfaitement que l'une des deux files est pleine, il remet quand même son propre chariot dans cette dernière. Il ajoute sciemment un grain de sable supplémentaire qui grippera encore un peu plus les rouages organisationnels du supermarché. Et pourquoi ? Parce que cet individu est une LARVE, et que ça lui ferait trop mal de bouger son GROS CUL et faire quatre mètres et demi de plus avec son chariot vide pour le ranger là où ça ne gênera personne.

Comme l'avait fait indiquer Richelieu sur les canons du roi : « Ultima ratio regum ». Je suggère donc qu'on applique à ces gens la bastonnade à coups de poireaux, histoire de leur apprendre le civisme. Non mais oh !

finipe, 17h48 :: :: :: [8 interventions abstruses]

1er Avril 2007 ::

« Zoologie participative »

:: Les aventures du lion

finipe, 00h01 :: :: :: [4 interventions abstruses]