Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

Comme disait Joffre, je les grignote !
Ouais, c'est ça
Aujourd'hui, l'on dévore atrocement la morale. Par là même, la justice se distingue en atteignant le silence de l'existence
Ricane ::
Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

28 Avril 2007 ::

« Solidarité pour ma gueule »

:: Métroboulododo

Selon certains éminents intellectuels au look post-BHLien, il apparaît que notre époque vit chaque jour la mort des grands récits. Plus de grande cause dans laquelle croire, plus de grands mouvements, plus d'idéaux, plus d'unité, juste un immense règne de l'individualisme forcené et hystérique. En pleine élection présidentielle, tout le monde pourrait se persuader cependant qu'il demeure quelques personnes en ce bas monde pour croire encore aux grands desseins qui dépassent les individus et emmènent les sociétés dans leurs sillages... Ainsi, on nous rebat sans cesse les oreilles avec les concepts de "partage", de "solidarité", d' "humanité", et autres vocables ronflants et propres à lever les foules dans de grands transports idéologiques.

Quand on parle ainsi de "partage", tout le monde est d'accord : oui, il faut partager les richesses entre les plus riches et les plus pauvres. Oui, il faut aider les pays pauvres et sous-développés à améliorer leur niveau de vie, leurs conditions sociales, sanitaires, politiques. Oui, il faut ouvrir les bras à ceux qui n'ont pas la chance de vivre dans un pays pacifié. Et oui, il faut plus de solidarité, plus de fraternité entre les hommes, il faut abolir les discriminations, et contribuer à un monde plus juste, pour le bien des générations futures.

Mais tandis que cette idée du travail pour le bien des générations futures s'est muée en une idée de travail pour une jouissance immédiate, la réalité nous rattrape bien vite. Ainsi, je me souviens d'une mesure symbolique qui devait voir le jour il y a quelques années, sous le gouvernement Raffarin si ma mémoire est bonne : il s'agissait de supprimer un jour férié de l'année pour permettre à nos vieux de continuer à bénéficier de leurs retraites. Nos vieux qui nous ont nourris, logés, choyés, protégés, bercés, torchés. Ils ont passé des années entières à penser à nous plutôt qu'à eux, à se faire des cheveux blancs pendant que nous faisions les imbéciles dans quelque réunion de nos pairs vers laquelle notre instinct grégaire nous poussait inéluctablement.

Et puis voilà, un jour nos chers aïeux vieillissent, les équations des thermodynamiciens les rattrapent, ils se ratatinent, se flétrissent, et finissent par avoir besoin des générations qu'ils ont enfantées. Il fallait un jour. Un seul et unique jour dans l'année. Une journée de 8 heures d'activité sur 365,25 jours, soit 8766 heures. Ce qui représente 0.09% de son existence ô combien précieuse.

Ce temps-là devait aider nos vieux à avoir leurs retraites. Ce temps-là devait être une journée de solidarité pour ceux qui nous ont torchés et supportés, quand notre seule marque de gratitude à leur égard était de leur jeter à la face un stupide « mes parents c'est des cons ». Ce temps-là devait peut-être marquer, juste pour 0.09% de nos vies, un sentiment global d'entraide désintéressée, sans nous préoccuper de nos kilos en trop, de notre taux de cholestérol, de l'augmentation du prix des forfaits téléphoniques, ni surtout de quel bord politique on était. Et nous, français, plutôt que de consacrer ce temps-ci à aider nos vieux, nous avons séché l'école, nous avons déserté nos lieux de travail, pour vaquer à nos occupations habituelles. Et tous avions d'excellentes raisons, bien entendu.

Bref, tout le monde est d'accord pour partager, du moment que ça ne dérange pas. Elle est belle la solidarité.

finipe, 00h08 :: :: :: [6 commentaires désobligeants]