Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

Le boulot,
ça me
réussit pas
Hips !
Burp...
Parfois, l'esprit dévore irrémédiablement le règne animal. Ainsi, l'amitié se délite, se précipitant vers les cieux du rationalisme
Lao Meuh ::
Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

1er Juillet 2007 ::

« Salope ! »

:: Misanthropie

Je vous entends d'ici, petit coquinous. Vous vous dites : « Eh voilà, il a cédé à la tentation consumériste, il emploie des termes grossiers et sans rapport avec le contenu, à seule fin d'avoir une audience plus forte ». Eh bien que nenni, amis lecteurs (merci à vous deux). J'aimerais ici revenir sur un épisode cocasse et grotesque à la fois, dont nous ont gratifié — à grands renforts de matraquages audios et vidéos — les journaux de toute espèce ces derniers jours : Patrick Devedjian a insulté Anne-Marie Comparini, en la taxant de "salope".

Pas de chance pour lui, un caméraman à portée de voix a volé ces images, immortalisant les propos de cet éminent membre de l'UMP, alors qu'il se croyait en conversation privée. Aussitôt, bien entendu, la séquence fait le tour du pays via Internet, puis c'est la curée : toute la classe politique s'insurge contre cette abominable atteinte à l'intégrité morale de l'insultée, contre le machisme qui règne dans les sphères politiques, contre le caractère scandaleux et déplacé des propos de Patrick Devedjian. On insiste sur l'étymologie fangeuse du mot, dictionnaire à l'appui. On souligne l'inconvenance du terme dans la bouche d'un haut dirigeant. On sollicite les associations de défense des droits des femmes. On condamne et on villipende tous azimuts.

Bien sûr, le fautif s'excuse auprès d'Anne-Marie Comparini et le fait savoir dans les médias. Mais celle-ci, jugeant sans doute que l'on n'avait pas assez parlé d'un sujet si grave, réclame des excuses publiques. Encore un peu plus, et l'on aurait pu croire qu'elle eût réclamé une flagellation en place de Grève, voire un auto da fe...

J'ai donc visiblement raté un épisode ces derniers temps : il semblerait en effet qu'il soit devenu interdit, immoral et illégal de prononcer le mot salope en privé. Il semblerait qu'il soit interdit, dans la sphère privée, de considérer qu'une personne puisse effectivement être une salope. Il semblerait qu'en forçant un peu le trait, il nous faille bientôt dénoncer aux autorités les plus proches l'individu qui aurait eu l'infâmante outrecuidance de taxer quiconque de salope, puis de lui laver la bouche au savon en réclamant qu'il lèche les semelles crottées de sa pauvre victime.

Nous voilà donc confrontés, grâce à Patrick Devedjian et Anne-Marie Comparini, à un nouvel épisode de morale naïve, à peu près aussi perspicace que d'affirmer avec véhémence que « la guerre c'est mal » et « je suis contre le cancer ». Certes, les politiciens de tout poil l'ont sans doute un peu cherché en étalant leurs vies privées un peu partout, mais pour une classe politique qui n'a de cesse de se plaindre de la "pensée unique", cette affaire est des plus ridicules !

finipe, 21h21 :: :: :: [15 soupirs de satisfaction]