Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

Bigre, je me
ronge
les sangs !
Non mais
quel con !
De temps en temps, l'ignorance dévore irrémédiablement l'intelligence. Par là même, l'amour s'enrichit, immobile depuis le néant du rationalisme
Ricane ::
Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

17 Février 2008 ::

« Le syndrome d'Alceste »

:: Misanthropie

Il m'arrive de répandre ici-même mon atrabile, à l'occasion généralement de petites tracasseries quotidiennes, de mouvements d'humeurs ou d'agacements soudains. Avec un folklore outrancier, exagérément volubile, bien volontiers de mauvaise foi, je livre céans ces emportements en les classant dans une catégorie que j'ai choisi d'appeler misanthropie, une haine de l'homo sapiens pas tout à fait véritable, que je comparerais plutôt à celle d'Alceste dans le Misanthrope de Molière. Alceste, qui reproche à Philinte sa complaisance envers tous ceux qu'il croise, sa fausseté et son amabilité de façade. Alceste, qui fustige Oronte, le vaniteux gentilhomme qui n'accepte pas qu'on lui dise la vérité sur ses mauvaises rimes. Alceste encore, qui reproche à Célimène ses minauderies, ses manières affectées, et sa versatilité quant aux sentiments qu'elle prétend avoir. Et surtout, Alceste qui tient parole, constant et inflexible, et qui a la classe — la noblesse devrais-je dire ! — de partir discrètement quand Célimène refuse d'abandonner le monde des courtisans. Eh bien je vous le dis tout net, amis lecteurs : Alceste, c'est un gars qu'a des couilles.

Or donc, si parfois je me livre à quelque vain agacement ici-même, c'est généralement en essayant bien modestement de conserver l'état d'esprit d'Alceste. Mais depuis quelques temps, il est un tout autre type de misanthropie qui me gagne, diablement plus étymologique, en particulier lorsque je m'informe. Un peu comme un réflexe conditionné, je regarde les journaux télévisés le midi et/ou le soir, ou consulte parfois quelque gazette d'information sur Internet, à propos de ce qui se passe ici et ailleurs, en matière de politique, de diplomatie, d'économie, de culture pourquoi pas... Bref, tout sujet qui devrait me concerner, si l'on considère que chacun peut et doit se préoccuper de la « marche du monde », pour utiliser l'expression consacrée. Et plus les informations me parviennent, plus je ressens une sourde, profonde, viscérale et irrépressible haine de mes semblables.

J'ai parfois l'impression d'être déjà aigri, et suis en quasi permanence soumis à un terrible dilemme, tiraillé entre deux choix :

  • Rester informé, pour ne pas être ignorant du malheur d'autrui, ne pas me complaire dans ma facilité, et mesurer la chance que j'ai par rapport à l'immense majorité de mes congénères.

  • Cesser de m'informer, pour ne pas sombrer à 31 ans dans une aigreur maladive, de celle qu'on croise parfois chez certains octogénaires acariâtres et solitaires.

Car c'est un fait, je n'en peux plus de constater l'étendue de la connerie d'Homo sapiens, la longue litanie de la bêtise donne le vertige. J'ai la nausée de voir tous les jours les excités du voile, de la calotte ou de la kippa se foutre sur la gueule pour savoir qui a raison, ou qui a la plus grosse. Récemment, j'ai vu des kosovars albanophones de 10 ans caillasser des serbes de 8 ans en leur hurlant des « fils de pute » haineux, parce qu'il y a quelques années des serbes avaient décidé que les kosovars albanophones seraient mieux avec une balle dans la tête. Et je ne vais pas dresser un inventaire, ce serait vain et grotesque : j'aurais trop peur de me transformer en chanteur engagé, en proférant avec conviction des aphorismes confortables sur la méchanceté de la guerre et le besoin de tolérance.

Je n'ai donc qu'une solution pour éviter de devenir un sale con aigri (si tant est que ce ne soit pas déjà le cas) : m'auto-censurer, et éviter sciemment les informations à haute teneur en connerie potentielle, ce qui représente probablement dans les 90% de l'information. Si vous avez un remède, je suis preneur.

finipe, 01h51 :: :: :: [5 sarcasmes grinçants]