Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

Je ronge mon
frein, ça fait
mal
Et ta soeur ?
Tant bien que mal, la Femme escalade parfaitement la religion. C'est ainsi que l'Histoire s'amenuise en courant vers le futur du rationalisme
La Piscine ::
Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

20 Avril 2008 ::

« La bête du Gévaudan »

:: Histoire moderne, 1767

En juin 1764, un animal féroce fait son apparition dans la région du Gévaudan, tuant et mutilant plusieurs personnes. La cour du Roi Louis XV commençe en fait vraiment à s'en soucier en novembre, soit cinq mois plus tard, lorsque paraît cet article dans la Gazette de France :

Une bête farouche a déjà dévoré une vingtaine de personnes, surtout des enfants et particulièrement des jeunes filles... Ce n'est que depuis huit jours qu'on a pu la voir de près... Le redoutable animal est beaucoup plus haut qu'un loup, bas du devant. Ses pattes sont armées de griffes. Il a le poil rougeâtre, la tête fort grosse, longue et finissant en museau de lévrier, les oreilles petites et larges comme des cornes, le poitrail fort large et un peu gris, le dos rayé de noir, une gueule énorme armée de dents si tranchantes qu'il a séparé plusieurs têtes du corps comme pourrait le faire un rasoir. Il a le pas lent, court en bondissant, il est d'une agilité et d'une vitesse surprenantes. Dans un intervalle de temps fort court, on le voit à deux ou trois lieues de distance. Il s'approche de sa proie le ventre à terre et en rampant ; il ne paraît pas alors plus gros qu'un renard. A une ou deux toises de distance, il se dresse sur ses pattes de derrière et s'élance sur sa proie qu'il prend toujours au cou par derrière ou par le côté. Il craint les boeufs qui le mettent en fuite.

Devant les supplications des gens du Gévaudan, Louis XV commençe par envoyer les dragons : dix-sept cavaliers et quarante fantassins, sous les ordres du capitaine Duhamel, arrivent sur les lieux dès novembre 1764. Ceci, n'en doutons pas, fait le ravissement des Cévenols qui gardent un souvenir impérissable des dragonnades (persécutions de protestants, très nombreux dans cette région) sous Louis XIV. En un mois de battue, les soldats aperçoivent la Bête plusieurs fois. Duhamel a même le loisir de lui tirer dessus, mais il la manque. Il nous la décrit comme un animal de la taille d'un taureau d'un an avec des pattes d'ours et des yeux de veau. Selon lui, le père de la Bête doit être un lion, mais il reste à savoir qui en est la mère (!!?). Selon les témoins de l'époque, la population se félicite de leur départ, préférant encore affronter la Bête que de les supporter un jour de plus...


Entre temps, le Roi a offert une prime de 6000 livres (une petite fortune pour l'époque) à qui tuerait la Bête. Il mandate tout particulièrement un célèbre chasseur Normand, Denneval. Celui-ci, avec son fils, ses piqueurs, ses domestiques et ses chiens, arpente toute la région sans relâche pendant 4 mois, entre février et mai 1765... Sans jamais voir la Bête, tandis que celle-ci s'en donne à coeur joie en pulvérisant chaque mois son record de victimes, pour culminer à sept pour le seul mois de mai 1765. Un journal Anglais se délecte des déboires de Louis XV (nos amis les rosbeefs sont évidemment en guerre contre nous à cette époque) en faisant paraître l'article suivant : « une armée française composée de 120.000 personnes a été vaincue par la Bête du Gévaudan. Celle-ci a dévoré 25.000 cavaliers français, ainsi que l'artillerie »...

Le monarque se fâche tout rouge et envoie sur place son lieutenant des chasses, un certain François-Antoine de Beauterne, âgé de 70 ans. Il arrive dans le Gévaudan le 20 juin 1765, accompagné de son fils, de 14 garde-chasses, de chiens transportés à dos d'âne (lequel des deux faut-il plaindre ?), suivis des rabatteurs à pied... Au mois de juillet, la Bête égale son record de 7 victimes. Cependant, le 18 septembre, avec l'aide de 40 chasseurs recrutés sur place, notre équipée parvient enfin à cerner la Bête dans un bois. Beauterne lui tire dessus et la touche. Blessée, elle s'écroule, puis se releve et se dirige sur son agresseur qui appele au secours. Un garde-chasse arrive in extremis pour achever la bestiole. C'est un loup énorme avec des flancs rougeâtres et une raie noire sur le dos. On le fait empailler et transporter à Versailles pour le montrer au Roi. Le brave lieutenant des chasses reçoit 1000 livres de pension et la Croix de St-Louis. Son fils reçoit le commandement d'une compagnie de cavalerie et l'autorisation de faire figurer la Bête sur ses armoiries.

Malheureusement pour eux, la Bête recommence à tuer peu après. Le Roi en est averti, mais ne veut rien entendre : comment ose-t-on prétendre que cet animal vit encore ? Il est mort, puisque lui, Louis quinzième du nom et seul maître après Dieu, l'a décrété. Les Cévenols comprennent alors qu'ils n'ont plus rien à attendre de leur Roi. La Bête continue à tuer jusqu'au 18 juin 1767, date à laquelle elle est enfin abattue par un vieux paysan, Jean Chastel. Ce loup énorme, en 3 ans de sanglante carrière, a fait plus de 100 victimes.

draleuq, 23h39 :: :: :: [5 soupirs de satisfaction]

15 Avril 2008 ::

« L'intifada & les accords d'Oslo »

:: Histoire contemporaine, 1988

Ce billet fait partie d'un sujet composé de six parties :

1. La guerre d'indépendance d'Israël
2. La crise du Canal de Suez
3. La guerre des six jours
4. La guerre du Kippour
5. Paix en Galilée
6. L'intifada & les accords d'Oslo



Tensions en territoires occupés

A la fin de l'année 1987, la bande de Gaza et la Cisjordanie sont occupées depuis vingt ans par Israël. La population palestinienne de ces territoires vit souvent très mal cette situation : contrôles permanents, discriminations diverses, manque de ressources, les vexations sont nombreuses et répétées. L'OLP et Yasser Arafat, exilés à Tunis, sont loin des considérations quotidiennes du peuple palestinien occupé, et les pays de la Ligue Arabe se sont progressivement désintéressés de cette cause. C'est ainsi que, début décembre, éclate l'Intifada, la « guerre des pierres », après un accident entre un camion israélien et une voiture palestinienne. Lors des funérailles des victimes, des émeutes éclatent au nord de la bande de Gaza, dans le plus grand camp de réfugié, Jabaliya.

Rapidement, les israéliens sont débordés par la situation : des milliers de personnes jettent des pierres, voire des cocktails molotov pour certains, et la contestation prend des proportions inquiétantes. Les étudiants palestiniens parcourent les rues en appelant la foule à la révolte, personne ne va travailler, et les émeutes continuent malgré le déploiement de force de Tsahal ; en quelques semaines, les émeutes se propagent à toute la bande de Gaza, puis à la Cisjordanie toute entière. Les forces de sécurité israéliennes ne parviennent pas à faire face à ce nouveau type d'insurrection : femmes, enfants et adolescents jettent des pierres sur des soldats équipés pour la guerre.


Emeutes palestiniennes de l'Intifada

Dans un premier temps, le premier ministre Yitshak Rabin donne ordre de réprimer sévèrement les manifestations ; l'armée appelle en renfort les gardes frontières expérimentés, met au point des armes non létales, et édicte des règles strictes sur l'utilisation des armes à feu. Malgré tout, de nombreuses bavures ont lieu, et outre les tabassages, des palestiniens — dont des enfants — tombent sous les balles israéliennes. Tsahal use de méthodes féroces et systématiques pour tenter de mater la rébellion, en rasant des bâtiments, emprisonnant et torturant des centaines de palestiniens, instaurant des couvre-feux interminables. Partout en territoires occupés, le vent de la révolte souffle : on jette des tracts, on placarde des affiches, on fait des déclarations séditieuses dans les mosquées, on brûle des véhicules, on élève des barricades.

Une contestation essentiellement non violente

Après plusieurs semaines d'émeutes, un mouvement de contestation non violente émerge : les palestiniens boycottent les produits israéliens, font des grèves massives, refusent de payer leurs impôts, et malgré les grandes difficultés économiques dans lesquelles ils sont alors plongés, ils tiennent bon et utilisent le système D pour bâtir une économie locale branlante. Israël répond en emprisonnant des milliers de personnes, en allongeant les couvre-feux, en fermant les écoles, en faisant le blocus de certaines zones, en coupant l'alimentation en eau, en électricité ou en coupant le téléphone...

Si le plus gros des actions palestiniennes est fondé sur la désobéissance civile, les actions armées d'autres palestiniens ne cessent pas pour autant après la première année la plus difficile : le Hamas, notamment, émerge et prend de l'ampleur. Ce « mouvement de la résistance islamique » organise plusieurs attentats non seulement contre des militaires et des civils israéliens, mais également contre certains palestiniens : les tensions entre factions palestiniennes sont parfois vives, et les attentats font des dizaines de victimes.

Les accords d'Oslo

Dès 1991, suite à la guerre du Golfe, des négociations se tiennent entre israéliens et palestiniens à la Conférence de Madrid, qui réunit également autour de la table la Syrie, l'Egypte, le Liban et la Jordanie. Puis, à l'initiative d'un diplomate norvégien et avec l'appui de son ministre des affaires étrangères, des négociations secrètes sont tenues à Oslo entre la fin de l'année 1992 et le mois d'août 1993. C'est ainsi que le 13 septembre 1993, sous la férule de Bill Clinton, sont signés les « Accords de Washington », qui formalisent les négociations faites à Oslo : cosignés par Yitshak Rabin et Yasser Arafat, les accords entérinent la volonté bilatérale d'un processus de paix. Même si de nombreux désaccords subsistent entre les deux frères ennemis, chacun accepte de faire cesser la violence et, à défaut de trouver un règlement immédiat, repousser la solution définitive à des jours meilleurs.


Signature des accords de Washington, le 13 septembre 1993

Tout le monde n'a cependant pas les mêmes vélléités pacifistes : le Hamas notamment, ou le Jihad islamique, rejettent ces accords, et continuent les violences. De leur côté, certains israéliens ne veulent pas non plus de cette paix : le 4 novembre 1995, Yitshak Rabin est assassiné par un étudiant juif d'extrême droite, alors qu'il venait de prononcer un discours sur la paix aux côtés de Shimon Peres.

finipe, 13h10 :: :: :: [29 jubilations]

13 Avril 2008 ::

« Ces vessies qui nous font lanterner »

:: Misanthropie

Je conviens que le titre de ce billet peut paraître quelque peu trivial de prime abord. Et d'une certaine façon, ce n'est pas faux ; je suis cependant persuadé que j'aborde là un sujet dont l'impact sur la vie quotidienne de chacun d'entre nous est majeur. Vous pourriez en outre fustiger mon intérêt pour les sujets bassement primaires, mais cela n'a pour but que d'attirer toujours plus de visiteurs névrosés urophiles. Ceci étant dit, venons-en donc aux faits.

L'homo sapiens moyen a une vessie pouvant contenir entre 50 centilitres et 1 litre, voire parfois juqu'à 2 litres ; les individus femelles ont une vessie dont la contenance est légèrement inférieure à celle des individus mâles. A partir d'une contenance de 30 centilitres environ, l'envie d'uriner se déclenche, et il faut dès lors procéder à une translation vers les toilettes les plus proches, afin de se débarrasser de cet excès au cours d'une opération que l'on nomme plaisamment la « miction » (un terme proprement abject, n'est-il pas ?). Chaque jour, homo sapiens peut ainsi évacuer 1 à 1,5 litres d'urine, soit l'équivalent de deux bouteilles de Bordeaux (ou une bouteille de Soupline). Si l'on raisonne toujours en termes moyens, alors sur une journée de 16 heures d'éveil, un individu urine 3 à 5 fois.

Alors, je vous le demande, camarades pourvus d'une zigounette : à l'énoncé de ces quelques faits mathématiques et statistiques, n'est-il pas évident que les femmes sont des êtres foncièrement anormaux ? Car, comme chacun l'a certainement constaté, les femmes ont l'incroyable faculté d'aller uriner 40 fois par jour, fût-ce pour quelques misérables microlitres. Généralement, cela intervient juste avant un départ : alors que l'homme est déjà prêt — son manteau enfilé, ses chaussures lacées, son portefeuille et ses clefs empochés —, la femme effectue le rituel dit du « dernier pipi ». Rituel assez irritant, il faut l'avouer, et qui a valu aux femmes un certain nombre de surnoms infamants, tels que « marie-pisse-trois-goutte », par exemple.


Mais alors... N'y aurait-il pas une autre explication que la simple explication physiologique ? Précisément, il me paraît qu'il y a certainement des raisons d'ordre psychologique, si ce n'est même un savant et vil calcul de la part des femmes, allez savoir ! Y aurait-il quelque chose de spécial dans les toilettes des femmes qui les attire irrémédiablement, comme la lumière attire le papillon de nuit ? Les toilettes des femmes sont un lieu grégaire, force est de le constater. Un peu comme ces points d'eau dans la savane autour desquels les animaux viennent s'abreuver, sauf que là c'est l'inverse.

Et s'il s'agissait tout simplement d'un mythe savamment entretenu par les femmes, juste au cas où... Elles n'ont pas envie d'aller avec vous à un rendez-vous qui les ennuie ? Hop ! Une petite envie pipi de dernière minute, et vous voilà en retard. Ou alors c'est peut-être juste une manie agaçante, un peu comme ces saloperies de chats qui grattent et miaulent une heure devant la porte, pour finalement ne pas rentrer quand on leur ouvre. Juste pour emmerder le monde, en somme. Dernière explication au fait qu'elles nous fassent lanterner avec leur vessie : c'est un prétexte pour ne plus nous voir pendant quelques instants plusieurs fois par jour, histoire de décompresser, et ainsi pouvoir nous supporter durant toute la journée.

finipe, 02h24 :: :: :: [1 pensée profonde]

10 Avril 2008 ::

« Le roi du vice »

:: Les aventures du lion

finipe, 00h27 :: :: :: [2 provocations]

5 Avril 2008 ::

« Paix en Galilée »

:: Histoire contemporaine, 1982

Ce billet fait partie d'un sujet composé de six parties :

1. La guerre d'indépendance d'Israël
2. La crise du Canal de Suez
3. La guerre des six jours
4. La guerre du Kippour
5. Paix en Galilée
6. L'intifada & les accords d'Oslo



Yasser Arafat, l'OLP et le Liban

Après « Septembre noir », le massacre des camps de réfugiés palestiniens par l'armée jordanienne en 1970, Yasser Arafat et de nombreux palestiniens, activistes de l'OLP ou non, trouvent refuge au Liban. Ce pays est moins fort et moins autoritaire que les autres pays arabes tels que la Syrie, la Jordanie ou l'Egypte, et sa société multiconfessionnelle en fait un endroit où les relations sont naturellement plus tendues. Peu à peu, l'OLP prend de l'ampleur et s'organise, pour devenir un véritable pouvoir secondaire au Liban, en particulier dans le sud du pays, près de la frontière israélienne.

En avril 1975, après des années de tensions, une guerre civile éclate au Liban entre phalanges chrétiennes (les Kataëb) et milices palestiniennes. Armes automatiques, lance-roquettes, guérilla de rues : de nombreuses victimes civiles font les frais du conflit, réfugiés palestiniens comme civils chrétiens, jusqu'à ce que la Syrie fasse entrer des tanks au Liban, le 6 juin 1976, pour faire appliquer un cessez-le-feu. Après des pourparlers entre président libanais et chef de l'OLP, la Force Arabe de Dissuasion (FAD) est créée pour maintenir la paix dans le Liban sud, assurée par des troupes syrienne. De fait, la Syrie occupe le sud Liban...

Les tensions ne retombent pas, et plusieurs fois les Kataëb affrontent violemment l'armée syrienne : pendant ce temps, l'OLP lance des attaques sur les villes du nord d'Israël. Le 14 mars 1978, après un attentat sanglant à Tel Aviv, perpétré par des membres de l'OLP, Israël déclenche l'opération Litani : Tsahal entre au Liban, et repousse les milices de l'OLP au-delà de la rivière Litani. Condamnée par l'ONU, cette opération fait toutefois des centaines de victimes, rase des villes entières et pousse des centaines de milliers de réfugiés sur les routes de l'exode. En 1981, on frôle une guerre frontale entre Israël (qui soutient les Kataëb) et la Syrie (qui contrôle les FAD), mais les Etats-Unis arrachent in extremis un accord de cessez-le-feu. Puis, au début de juin 1982, suite à l'attentat contre un diplomate israélien à Londres, Tsahal lance un bombardement de représailles sur un camp de réfugiés palestiniens dans le sud Liban. L'OLP réplique avec des tirs de roquettes, et, une nouvelle fois, la situation est inextricable.


Entrée des chars israéliens au Liban, le 6 juin 1982

L'opération « Paix en Galilée »

Le 6 juin 1982, près de 60.000 soldats israéliens franchissent la frontière avec le Liban, malgré la présence de la force d'interposition de l'ONU, la FINUL[1]. L'avancée de Tsahal est inexorable : en quelques jours, l'armée syrienne est balayée, et subit de très importants dégâts. L'armée israélienne fait le siège de Beyrouth de juin à août, restant sourde aux résolutions de l'ONU qui demandent le retrait immédiat et inconditionnel de toutes les troupes. C'est ainsi qu'en août, le gouverneur libanais de Beyrouth demande l'envoi d'une force armée internationale pour faciliter le départ des troupes palestiniennes armées, en bon ordre. La France, l'Italie et les Etats-Unis envoient des hommes et organisent le départ des milices palestiniennes, jusqu'au tout début de septembre.

Mais le 14 septembre, le président libanais Bachir Gemayel est assassiné : des unités israéliennes investissent immédiatement Beyrouth ouest, et le 17, des phalanges chrétiennes vengeresses, furieuses de l'assassinat de leur leader, entrent de la camps de Sabra et Chatila et massacrent les réfugiés palestiniens[2]. A la fin de septembre 1982, les troupes françaises, italiennes et américaines sont de retour pour tenter de s'interposer, après une condamnation sans équivoque des massacres par le Conseil de Sécurité de l'ONU. Dans ses efforts pour tenter de maintenir la paix, la force multinationale subit de lourdes pertes.

Entre diverses factions palestiniennes, l'entente n'est pas non plus cordiale ; c'est ainsi qu'en juin 1983, le conflit se déplace au nord du Liban, causant une fois de plus de nombreuses victimes parmi les civils palestiniens, qui ont fui les combats au sud. Enfin, un accord de cessez-le-feu est trouvé, et Yasser Arafat, ainsi que les milices armées de l'OLP, sont évacués en Tunisie notamment, avec des milliers de réfugiés palestiniens. L'armée israélienne, quant à elle, reste dans le sud-Liban, et fournit progressivement des armes et des infrastructures à l'ALS (Armée du Liban Sud), ennemie de l'OLP. Tsahal ne se retire du Liban qu'en mai 2000, après 18 ans d'occupation, émaillés de nombreux attentats, bombardements, représailles et actes violents en tout genre.


_________________________________
1. Force Intérimaire des Nations Unies au Liban, créée en 1978.

2. Ce drame a encore aujourd'hui bien des échos, et la responsabilité de l'armée israélienne est toujours soulevée, en particulier celle d'Ariel Sharon, ministre de la défense à l'époque. Entre 800 et 3000 personnes ont été tuées, sous l'oeil complice ou non des soldats israéliens : peut-être ces événements sont-ils encore trop récents pour être jugés avec impartialité.

finipe, 14h35 :: :: :: [8 remarques spirituelles]

1er Avril 2008 ::

« La guerre du Kippour »

:: Histoire contemporaine, 1973

Ce billet fait partie d'un sujet composé de six parties :

1. La guerre d'indépendance d'Israël
2. La crise du Canal de Suez
3. La guerre des six jours
4. La guerre du Kippour
5. Paix en Galilée
6. L'intifada & les accords d'Oslo



Tension & escalade, encore une fois...

Après la guerre des six jours et la victoire écrasante d'Israël sur l'Egypte notamment, la situation s'est en fait empirée. Les pays arabes ont été humiliés, et, au regard de l'ONU, Israël occupe en toute illégalité des territoires immenses : péninsule du Sinaï, plateau du Golan, bande de Gaza et Cisjordanie. Ces états arabes sont d'ailleurs sujets à d'importants troubles et remous politiques. En Jordanie, un certain Yasser Arafat, chef de l'OLP[1], tente un coup de force : partant du principe qu'en raison des exodes successifs de 1948 et 1967, la grande majorité de la population jordanienne est de fait palestinienne, Arafat appelle au renversement du roi Hussein de Jordanie. Ce dernier répond par la violence en envoyant l'armée dans les camps de réfugiés palestiniens en septembre 1970 : des milliers de personnes, combattants comme civils, sont massacrées. L'Histoire retient le nom de la tragédie : « Septembre noir »[2].

En Syrie, un coup d'état mené par Hafez El Assad[3] en 1970 a instauré un régime autoritaire et toujours très belliqueux : Israël occupe le Golan, et la Syrie ne peut que considérer cela comme intolérable.

En Egypte enfin, la guerre n'a pas vraiment cessé de 1968 à 1970. Israël a construit la « ligne Bar-Lev », une ligne fortifiée longeant la rive est du canal de Suez, visant à empêcher une attaque égyptienne. Nasser, quant à lui, est toujours allié avec les soviétiques, qui envoient de nombreux hommes ainsi qu'une impressionnante quantité de matériel, armements et engins. Mais en août 1970, l'URSS contraint Nasser à signer un cessez-le-feu, après avoir subi elle-même des pertes matérielles lourdes. Le 28 septembre 1970, Nasser meurt d'une crise cardiaque, consécutive à un excès de tabac et de travail : son successeur Anouar El Sadate, même s'il paraît plus enclin à la détente, ne mâche pas ses mots à propos d'Israël.

Les soviétiques soutiennent l'Egypte et la Syrie, et les Etats-Unis soutiennent Israël, mais ces premières années de la décennie 1970 sont marquées par une détente sensible entre les blocs de l'est et de l'ouest : le spectre de la guerre froide commence doucement à s'estomper. Aussi, chacune des deux superpuissances tente d'apaiser un peu les tensions entre les pays arabes et Israël. Anouar El Sadate joue la concurrence, se tourne vers les Etats-Unis pour forcer la main à l'URSS de Brejnev, qui tente à plusieurs reprises de convaincre Israël de revenir aux frontières d'avant 1967, mais sans succès.

Aussi, peu de temps avant que l'Egypte et la Syrie ne lancent une attaque simultanée, Golda Meir, premier ministre, et Moshe Dayan, ministre de la Défense, ne croient pas à cette hypothèse, leurs belliqueux voisins ne disposant plus du soutien de l'Union Soviétique : aucune attaque préventive n'est donc menée, au contraire des événements de 1967. Un peu partout dans le monde, des pays de la Ligue Arabe envoient du matériels, des soldats ou de l'argent pour soutenir l'effort de guerre égyptien et syrien (Algérie, Maroc, Soudan, Lybie, Pakistan, Ouganda, Tunisie, Arabie Saoudite, Koweit...).


Guerre sur le plateau du Golan

Du 6 au 8 octobre, l'armée syrienne attaque le plateau du Golan en force, avec une multitude de tanks, et sous la protection des armes antichar soviétiques dont ils disposent : dès le début de l'offensive, Tsahal oppose une résistance jusqu'au-boutiste, sachant pertinemment l'importance stratégique du Golan. Au prix de lourdes pertes, l'armée israélienne parvient à ralentir l'avancée syrienne, qui comptait sur une réaction moins prompte de l'ennemi[4]. Si la bataille terrestre tourne à la défaite pour Tsahal, il n'en va pas de même en mer, où la flotte israélienne remporte dès le premier jour une victoire éclatante sur la flotte syrienne à la bataille de Latakia.

A partir du 9 octobre, les Etats-Unis viennent en aide à Israël en apportant un soutien logistique et en armement. De leur côté, les russes ne sont pas en reste, et livrent des armes à la Syrie et l'Egypte... Mais le vent a déjà tourné en faveur d'Israël, qui a pu mobiliser ses troupes de réserve et s'organiser, une fois passé l'effet de surprise : l'armée syrienne est déjà repoussée à la frontière initiale le 10. Dans les jours suivants, l'armée israélienne poursuit sa contre-offensive et enfonce les lignes syriennes, jusqu'à se retrouver à quelques dizaines de kilomètres de Damas ! Aussitôt, les pays arabes se mobilisent (en particulier l'Irak et la Jordanie), et parviennent à contenir l'avancée israélienne.

Le 22, Tsahal a repris ses positions sur le plateau du Golan, et le 23, un cessez-le-feu est signé, négocié par les Etats-Unis et l'Union Soviétique, mettant fin aux plans syriens qui prévoyaient pourtant de continuer la guerre[5].

Guerre dans le Sinaï

Du 6 au 8 octobre, comme sur le Golan avec les syriens, la poussée de l'armée égyptienne est irrésistible : la ligne Bar-Lev ne tient pas le choc. Les égyptiens ont minutieusement préparé leur offensive, équipés eux aussi d'armes antichars. En outre, une erreur d'appréciation du commandement israélien aggrave la situation. Finalement, une accalmie intervient le 9, et Tsahal en profite pour remanier ses effectifs : c'est Ariel Sharon qui prend la tête des troupes. Dans le même temps, le ravitaillement américain apporte un appui plus que conséquent.

Le 14, Sadate ordonne la reprise des hostilités, mais l'armée égyptienne ne parvient plus à percer les défenses israéliennes, qui ne se contentent plus de répliquer, mais qui contre-attaquent. Tsahal riposte et avance, faisant reculer l'ennemi, et parvient même aux abords du canal de Suez, détruisant au passage les batteries de missiles égyptiennes. Grâce au soutien logistique des Etats-Unis, les forces israéliennes franchissent le canal, établissent un pont aérien, et avancent inexorablement. Lorsque le cessez-le-feu est signé le 23, les troupes israéliennes ne sont qu'à une centaine de kilomètres du Caire.

Epilogue & conséquences

Israël compte environ 3000 morts et 8000 blessés. La coalition arabe, quant à elle, compte plus de 8500 morts, et près de 20000 blessés. Pour la première fois depuis la seconde guerre mondiale, la guerre a été intense, totale, mécanisée à outrance, et des armes de haute technologie ont fait leur apparition. Si cette guerre a pour effet de mettre directement autour de la table de négociation les dirigeants arabes et israéliens, et non plus des intermédiaires, elle provoque bien des remous :

  • En réaction à l'intervention américaine, les pays arabes, grands producteurs de pétrole, décident d'un embargo à destination des Etats-Unis : ce premier choc pétrolier de 1973 secoue le monde entier.

  • En Israël, la population est extrêmement mécontente : persuadée, après 1967, de l'invincibilité de son armée, elle tient Golda Meir et Moshe Dayan pour responsables des difficultés rencontrées aux premiers jours du conflit. Finalement, après plusieurs mois de crise politique grave, Golda Meir démissionne le 11 avril 1974.

  • En 1974, les Nations Unies envoient des troupes pour assurer une démilitarisation de la frontière israélo-syrienne. Depuis 1967, la Syrie ne cesse de demander le retrait d'Israël du plateau du Golan, obstacle majeur à toute paix entre les deux nations.

  • En mai 1977, Menahem Begin, l'ancien activiste de l'Irgoun, devient premier ministre d'Israël. En novembre, Anouar El Sadate fait un geste inattendu en entamant un voyage officiel en Israël, reconnaissant de fait la légitimité de l'Etat hébreu, ce qui crée un scandale en Egypte. Finalement, après plusieurs mois de négociations infructueuses, sous l'impulsion et avec l'insistance du président américain Jimmy Carter, Anouar El Sadate et Menahem Begin signent les Accords de Camp David (17 septembre 1978), puis le Traité de paix israélo-égyptien (26 mars 1979) : une paix durable entre Egypte et Israël s'installe[6], et le Sinaï, occupé par Israël depuis 1967, est rendu à l'Egypte.


Anouar El Sadate, Jimmy Carter, et Menahem Begin, lors de la signature du traité de paix israélo-égyptien à Washington, le 26 mars 1979



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1. Organisation de Libération de la Palestine

2. Une organisation terroriste portant le même nom vit le jour peu après : ce furent ces hommes qui prirent en otages des athlètes israéliens aux jeux olympiques de Munich en 1972. La prise d'otage se termina dans un bain de sang, et le Mossad (services secrets israéliens) organisa ensuite une traque pour retrouver et éliminer les terroristes responsables de ce sanglant épisode (cf. le film de Spielberg, « Munich », très controversé par Israël semble-t-il).

3. Hafez El Assad est mort en 2000, et c'est aujourd'hui son fils, Bachar El Assad, qui gouverne la Syrie.

4. Il est parfois dit que Golda Meir et Moshe Dayan hésitèrent à faire usage de l'arme atomique, sentant un possible destruction de l'Etat d'Israël. Cette option aurait été finalement rejetée par Golda Meir. A ce jour, la possession de l'arme atomique par Israël n'est toujours pas officielle.

5. L'armée syrienne en avait toujours les moyens : les pertes matérielles (les chars en particulier) avaient été remplacées par l'URSS. La signature du cessez-le-feu isrélo-syrien ne tint qu'à la volonté d'Hafez El Hassad de ne pas condamner ses alliés égyptiens, en bien mauvaise posture dans le Sinaï.

6. Sadate et Begin reçurent à cette occasion le prix Nobel de la paix en 1978. L'Egypte fut immédiatement exclue de la Ligue Arabe, et le 6 octobre 1981, Anouar El Sadate fut assassiné par des membres de l'armée égyptienne, mécontents de cette paix dont ils ne voulaient pas.

finipe, 02h07 :: :: :: [0 commentaire désobligeant]