Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

Faut pas se
mettre la rate
au court-bouillon
C'est ce qu'on dit
De plus en plus, l'envie dévore silencieusement l'art. C'est pourquoi la justice s'oublie, se précipitant vers l'au-delà de l'indifférence
Confunius ::
Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

26 Décembre 2010 ::

« « Y’a plus de jeunesse » et autres contes de Noël »

:: Baratin

Aujourd'hui, une réédition adaptée en fonction du calendrier

La dépravation suit les progrès des lumières. Chose très naturelle, que les hommes ne puissent s’éclairer sans se corrompre.

Restif de la Bretonne (« Le pornographe »)


Lors de l’une de ces soirées festives et grégaires qui émaillent fréquemment cette période de l’année, mes deux chers enfants, peu intéressées par les conversations adultes (même la grande pour une fois), s’étaient montrées peu prévoyantes en matière de Game Boy et autres passe-temps occupationnels plus ou moins lobotomisants, et vinrent, assez tôt dans la soirée, me faire part de leur ennui.

Je ne voulais pas abandonner les autres convives et tenais absolument à refaire le monde avec eux. Pour autant, « débrouillez-vous, j’m’en fous, z’aviez qu’à prévoir de quoi vous occuper » n’était pas non plus une réponse qui me satisfaisait entièrement.
Le bon vieux dessin pouvait sembler une réponse adaptée, mais voilà : au bout d’un quart d’heure l’œuvre d’art puérile eût été torchée, et il eût été bien entendu hors de question d’y revenir. Il fallait donc trouver une motivation supplémentaire, quelque chose qui fît durer le plaisir.

C’est alors que je fus éclairé par une idée aussi lumineuse qu’une guirlande de sapin, et voilà à peu près ce que je leur dis : « Vous allez prendre votre temps et faire un très beau dessin de Noël, car s’il est assez beau, je le mettrai sur mon blog. En effet, je me rends compte que je n’ai pas encore souhaité de bonnes fêtes de fin d’année à la multitude de mes lecteurs aficionados ».

Après que je me fusse acquitté des explications d’usage sur le sens de « multitude de lecteurs aficionados », et que j’eusse précisé qu’il s’agissait d’une stupide plaisanterie de potache, puis après que je me fusse acquitté des précisions conséquentes sur le sens de « stupide plaisanterie de potache », elles se mirent enfin au travail et me fichèrent une paix royale pendant une bonne heure, ce qui était une gageure.

Je vais donc, afin de m’acquitter du serment que je fis ce jour-là, vous faire part du résultat. Comme vous allez le voir, il illustre de manière éclatante la vitesse à laquelle notre chère progéniture est corrompue par les vicissitudes de la société ultra-violente qui environne l’être humain et bombarde ses sens si perméables d’images et de messages bien peu orthodoxes.

Tout d’abord, l’œuvre du sujet n°1, cinq ans, touchante de naïveté bucolique. Admirez les traits encore mal assurés, les courbes tremblantes, les éléments inachevés, les imperfections du schéma corporel, le message universel du Petit Papa Noël qui descend du ciel avec son traîneau et sa hotte, distribuant les joujoux par milliers au rythme de ses rennes magiques, à tous les enfants, même les pas sages à qui on avait pourtant promis et juré ses grands dieux qu’ils n’auraient que dalle s’ils continuaient à être pas sages. Ici, l’esprit infantile est encore vierge, tout immaculé de sa pureté et de son innocence, tout imprégné de rêve et de féerie où partout ne règnent que joie, bonheur et félicité. Amen.



Et puis, survient le choc brutal de l’œuvre proposée par le sujet n°2, neuf ans. Seuls quatre ans la séparent de sa petite sœur et pourtant, et pourtant…
Je vous laisse découvrir, cela se passe de commentaires.
Le sujet a intitulé son œuvre « Le Père Noël psychopathe »



En post scriptum, je vous livre un autre commentaire de l’artiste sur son œuvre : « je voulais aussi mettre plein de sang sur la tronçonneuse, mais j’avais peur de rater ». Certes.

Je vous souhaite malgré tout, un peu tardivement, de joyeuses fêtes de fin d’année, et un agréable réveillon pour ceux qui s’adonnent encore à cette coutume ancestrale. On se retrouve l’an prochain pour de nouvelles aventures !

Copyrat draleuq 2007

draleuq, 12h15 :: :: :: [6 critiques dithyrambiques]

12 Décembre 2010 ::

« L'immigration choisie online »

:: Professorat

- J’ai rien contre toi
- C’est ce que tu crois. Hier soir j’ai baisé ta femme.
- Comment tu sais que c’était ma femme ?
- Elle disait que son mari avait l’air d’un vieux maquereau pourri qui puait de la gueule

Tony Scott (Le dernier Samaritain)


Le directeur d’école que je suis voit déjà nettement se profiler l’immigration choisie, et ceci depuis un moment déjà, en tous cas avant que notre président de la république bien aimé ne prononce ces paroles qui ont tant fait couler d’encre et de fiel.

Seulement, je me demande si c’est comme ça qu’il l’avait envisagé.

Une sacrée brochette

L’autre jour, je vois débarquer dans les murs un monsieur du quartier, dont le visage ne m’est pas inconnu. Il doit avoir 40 ans environ. Très grisonnant, cela doit le complexer fortement vu qu’il a jugé bon de se faire une espèce de teinture blonde, probablement lui-même à en juger par les zones vierges de couleur qui demeurent sur ses tempes… En tous cas j’espère qu’il l’a fait lui-même, sinon je lui demanderai l’adresse de son coiffeur visagiste pour conseiller à mon pire ennemi de s’y rendre céans.
Physiquement, il fait donc plutôt 50 ans.
Si l’on tient compte des vêtements très tendance qu’il porte, on peut volontiers dire qu’il en fait 60.

Il est accompagné d’une dame d’au moins dix ans sa cadette, ayant du charme sans être belle, aux yeux d’un bleu turquoise, fringuée chicos mais pas comme une française. Avant même qu’elle n’ouvre la bouche pour rouler son premier r à la fin du mot « bonjour », je sais déjà qu’elle est de l’Europe de l’Est.

Avec eux, une gamine aux yeux bleus fringuée rétro, avec un chemisier à dentelle, une petite jupe, des souliers vernis et des chaussettes qui remontent sous les genoux.
Avant même qu’on m’explique quoi que ce soit, je sais déjà que c’est la fille de Madame, et pas de Monsieur.

Eurêka !

- Bonjour, je suis Monsieur Roger Dugland. Et voici ma femme Madame Maria Anouchka Dugland, et sa fille, Svetlana Ouliana Tarapovskaïadouchkhetskaïa.

(Dugland ! Bon sang mais c’est bien sûr ! Le Dugland dont nous avons eu le fils il y a quelques années, né de son union avec une Thaïlandaise, ou une Philippine, un truc comme ça. Le Dugland dont la Thaïlandaise (ou Philippine, je ne sais plus) de femme s’est tirée avec un autre mec.)

- Enchanté Monsieur Dugland ! Je me souviens de vous. Nous avons eu votre fils. Que puis-je faire pour vous ?
- Voilà, ce serait pour inscrire Svetlana Ouliana Trukskaïa à l’école. Sachant qu’elle ne parle pas un mot de français. Ma femme et elle sont d’origine Russe.

(sans déc’ ? Putain ça pour une surprise c’est une surprise !)

Formes alitées

Dans le bureau, les deux tourtereaux sont en face de moi. Tout en écoutant Mr Dugland parler, je me dis qu’en face de la définition de « ringard », dans le Petit Larousse Illustré, sa photo doit trôner en bonne place.
Et puis je me dis que si un gars comme lui a été capable de recruter une barbie slave sur commande par le web, c’est quand même le signe indéniable de la vulgarisation d’internet[1].
Tiens au fait, je me dis comme ça, « slave » et « esclave », ça fait une rime riche.
Alors je jette un regard sur la poupée Russe, même si elle ne pipe pas un mot de ce que je dis, histoire de ne pas lui donner l’impression de l’exclure de la vie de sa fille.
Et là, d’un seul coup, je trouve qu’elle me regarde bizarre, la dame.
Et je me surprends à penser que je reverrai sûrement Monsieur Dugland dans quelques années, quand il se sera teint en roux et qu’il me présentera sa nouvelle femme d’origine Ghanéenne ou Burkinabé.

Le syndrome « je vous trouve très beau »

Notre courageux instituteur spécialisé pour les enfants allophones primo arrivants[2] le confirme : les cas semblables ne cessent de se multiplier. La recrudescence est telle qu’il appelle ça le « syndrome je vous trouve très beau[3] ».

D’après lui, les élèves russes sont plutôt performants dans l’ensemble, alors voilà qui cadre finalement assez bien avec le projet de Sarko.

Mais le plus amusant, ce sont souvent les justifications abracadabrantes de la part de ces messieurs, prêts à tout pour ne pas dire que c’est un « recrutement online ».
Genre, « j’étais en voyage d’affaire pour ma société d’import export, quand l’avion a explosé au dessus de l’Ukraine à cause d’un missile sol air tiré par des intégristes tchétchènes. Heureusement, j’ai réussi à attraper un parachute et à l’enfiler avant de m’écraser au sol. De là, j’ai été recueilli par une famille d’éleveurs de moutons transgéniques qui m’ont ramené chez eux et quand j’ai vu leur voisine, ça a été le coup de foudre, on s’est mariés une semaine plus tard dans l’église orthodoxe de Sainte Maria Petrouchskhaïa-sur-le-Don. On est rentré en France, et là j’ai pris un poste de balayeur parce que PDG d’une société d’import export, tain c’est trop dangereux comme taf. Et mauvais pour la vie de famille, en plus. »

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1. Je sais, je suis puant de mépris. Mais c’est pour ça que vous me haïssez d’amour.

2. Ça tue hein, comme terme ? Cherchez pas à faire aussi bien, y’a que nous qu’on sait inventer des trucs pareils dans l’Education nationale : )

3. Du nom du film éponyme, d'Isabelle Mergault et avec Michel Blanc, racontant les tribulations d’un paysan français avec une femme recrutée en Roumanie. Assez bon, du reste.

Copyrat draleuq 2007

draleuq, 02h01 :: :: :: [6 soupirs de satisfaction]