Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

Ne pas juger
les gens sur la mine...
C'est ce qu'on dit
Malheureusement, l'envie dévore horizontalement la démocratie. C'est pourquoi la sagesse se distingue en évitant l'au-delà de l'individualisme
Caporal de Bol ::
Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

27 Avril 2010 ::

« Le double paradoxe de Charles-Henri Sanson »

:: Histoire moderne, 1788

Deux fois dans sa carrière, le bourreau Charles-Henri Sanson connut un paradoxe pour le moins cocasse, et pourrait-on dire une double ironie du sort.
La première fois, il crut que sa fin était arrivée lorsqu’une émeute eut lieu pour libérer un condamné, émeute à laquelle le condamné lui-même résista ! Imprégné qu’il était des idées bien pensantes de l’Ancien Régime, il voulait expier son crime et mourir !
La seconde fois, le même bourreau appelait l’émeute de ses vœux, cela dût-il lui en coûter la vie, et excita même les condamnés à réclamer cette émeute, ce qu’ils firent à cor et à cri. Mais l’émeute ne vint pas, et le bourreau, la mort dans l’âme, dut se résoudre à les tuer jusqu'au dernier.





Le parricide Jean-Louis Louschart :

En août 1788, Charles-Henri Sanson doit rouer à Versailles un nommé Jean-Louis Louschart, parricide. En vérité, il s’agissait plutôt d’un homicide involontaire, commis à la suite d’une querelle où le père, forgeron, avait préalablement essayé de tuer son fils à coups de marteau. Le père avait auparavant mis son fils à la porte pour ses idées révolutionnaires et s’apprêtait à épouser la femme dont son fils était épris et réciproquement. Voilà qui constituerait aujourd’hui à tout le moins des circonstances atténuantes ! Mais nous sommes sous l’Ancien Régime, et l’on ne badine pas avec le parricide !

Est-ce l’effet des idées des lumières sur ses juges, ou ceux-ci reconnaissent-ils effectivement quelques circonstances atténuantes à Louschart ? Nul ne sait, mais toujours est-il qu’on dispense le condamné de « l’amende honorable » qui frappe normalement tous les parricides, à savoir la mutilation du poing droit (toujours le droit, même s’il est gaucher…)
« Mieux » que cela encore, les juges ont assorti l’arrêt de mort d’un « retentum » en ces termes : « il a été dit que ledit Jean-Louis Auguste Louschart ne sentirait aucun coup vif et qu’il serait secrètement étranglé avant qu’il lui soit donné aucun coup.[1] »

Le 2 août, alors que les charpentiers s’activent à la fabrication d’un échafaud pour l’exécution du lendemain, la foule est déjà immense sur la Place St Louis, et passablement hostile à l’égard des « ouvriers de la mort ». Pressentant un coup fourré, le bourreau s’en retourne à Paris pour faire part de ses observations au procureur général, et demander l’appui de la troupe. Mais on ne le prend pas au sérieux : Versailles n’est-elle pas le siège de la Cour Royale ? On envoie donc juste quelques soldats pour prêter main forte à la maréchaussée. La Maison du Roi, traditionnellement, dédaigne d’envoyer la moindre troupe pour les exécutions criminelles.

A la nuit tombée, le bourreau profite du calme revenu pour faire dresser autour de l’échafaud une palissade de pieux et de planches, tandis que les magistrats, s’alarmant de quelques rapports de police sur la population, décident d’avancer l’heure de l’exécution. A deux heures du matin, Sanson se présente à la prison. Louschart écoute la sentence avec calme et dit : « dans deux heures, je me justifierai devant mon père. (et, s’adressant au curé qui vient d’entrer) Mais il n’a pas vraiment pu croire que son fils l’avait volontairement frappé. N’est-ce pas, monsieur ? » Alors que le condamné reçoit à genoux la bénédiction du prêtre, Sanson passe sa tête dans l’entrebâillement de la porte pour voir où ça en est.
- Vous n’êtes pas plus pressé que moi, monsieur ! lui dit Louschart en souriant.

Le condamné monte dans la charrette à 4 h 30 du matin et pour la discrétion, on peut dire que c’est raté : les rues sont noires de monde, y compris de paysans qui sont venus se joindre aux citadins.
Au coin d’une rue, le cri désespéré d’une jeune fille qui agite un mouchoir. Pour la première fois, Sanson voit le condamné verser des larmes, puis murmurer : « Adieu, Hélène, Adieu ! »
A ce moment, un forgeron colossal s’approche et dit d’une voix forte : « C’est à revoir qu’il faut dire, Jean-Louis. Est-ce qu’on roue les braves gens comme toi ? »

Plus le convoi avance, plus les officiels réalisent que la foule est acquise au condamné. Ils serrent les dents et parviennent toutefois jusqu’à l’échafaud.
Le curé suggère apparemment à Louschart que la foule est venue pour le sauver, ce à quoi il répond :
- Non, mon Père. Si je suis innocent de l’intention, mes mains n’en sont pas moins souillées d’un meurtre horrible. Je dois mourir, je veux mourir. Dépêchez-vous monsieur, ajouta-t-il en se tournant vers le bourreau.
- Monsieur, lui répondit le bourreau en lui montrant les masses de la foule qui commençaient à pousser la barrière, s’il y a quelqu’un ici qui touche à sa dernière heure, ce n’est pas vous.

Aussitôt dit, la palissade vole en morceaux et la foule se rue sur l’échafaud. Le forgeron de tout à l’heure prend le condamné dans ses bras, coupe ses liens et le porte en triomphe. C’est alors que Louschart se débat, reprochant à ses sauveurs de l’enlever au supplice qu’il croit avoir mérité ! Et, se tournant vers ses bourreaux, il les supplie encore d’accomplir leur devoir sur l’heure. Ainsi disparaît Louschart dans la foule Versaillaise, et l’histoire ne dit pas ce qu’il advint de lui. Espérons qu’il vécut heureux avec son Hélène.

Pour Sanson l’heure est critique : isolé de ses aides, encerclé, il n’a pas même la possibilité de vendre chèrement sa peau. Le forgeron s’approche de lui, lui saisit le bras et lui dit : « N’aie pas peur, Charlot, ce n’est pas à toi que nous en voulons, c’est à tes outils. Désormais, Charlot, quand il te viendra une pratique, il faudra la tuer pour la tuer, et ne pas la tuer pour la faire souffrir. Laissons l’Enfer au Bon Dieu, vois-tu, Charlot. Laissez-le passer, vous autres, et faites attention à celui qui dira quelque chose à Charlot, on le prendra pour un marqué qui se venge ! »
Les rangs de la foule s’ouvrent et le bourreau s’éclipse, indemne.

L’échafaud est démantibulé avec tous ses accessoires qui sont jetés dans le bûcher qui avait été préparé pour le condamné, ainsi que la roue elle-même. Le peuple forme une immense ronde et danse autour de l’autodafé jusqu’à une heure avancée dans la nuit.

Ce qui m’a intéressé dans cette histoire, c’est l’étonnante magnanimité du peuple avec le bourreau, et l’absence totale de réaction de l’Ancien Régime à une telle provocation, alors que la Cour était juste à côté ! On comprend mieux à quel point ce Régime vivait là ses derniers instants.
Dans ses souvenirs, Sanson écrira d'ailleurs que cet épisode méconnu fut pour lui, près d'un an avant la Prise de la Bastille, la première grande fête populaire de la Révolution française.



Place St Louis à Versailles. Au premier plan, les marches de la cathédrale St Louis sur lesquelles Louschart aurait eu le poing tranché s’il n’avait pas été exempté de ce « privilège ».


Les 45 condamnés du 9 thermidor An II (27 juillet 1794) :

Des centaines de têtes sont tombées depuis que, 6 ans auparavant, Jean-Louis Louschart a sauvé la sienne. Entre temps, la guillotine a tellement horripilé les riverains qui habitaient entre la prison de la Conciergerie, antichambre de la mort (sur l’Ile de la Cité) et la Place de la Révolution[2], lieu du supplice, que le Tribunal Révolutionnaire a décidé de déplacer « la veuve » sur une autre place, la Place du Trône Renversé[3].

45 victimes de plus attendent la mort à la Conciergerie, c’est un chiffre tout à fait moyen en cette période où chaque jour il tombe autant de têtes, quelquefois plus, quelquefois moins. 45 victimes de plus de la terrible loi de Prairial (10 juin 1794)[4]

Pourtant, ce jour est un jour particulier. Une rumeur qui courait depuis le matin s’est maintenant muée en certitude : les « triumvirs » Robespierre, Saint-Just, Couthon et leurs partisans, inspirateurs de la Loi de Prairial et grands pourvoyeurs de guillotine, ont été mis en accusation. Pour tout le peuple de Paris, un vent d’espoir souffle : peut-être que la fin de ces terroristes va enfin amener la fin de la Terreur ?

A la Conciergerie, le bourreau Charles-Henri Sanson et son fils Henri[5] attendent, espèrent un contre-ordre. La Convention se doit de faire un geste envers les injustes victimes de la loi de Prairial dès l’arrestation des terroristes ! Va-t-elle le faire ?
Hélas, faute d’un contre-ordre, c’est la garde nationale qui vient chercher les gendarmes pour aller escorter les charrettes !

Charles-Henri Sanson n’a alors qu’une pensée : gagner du temps.
Il court au Palais de Justice pour trouver Fouquier-Tinville, l’accusateur public. Il n’est plus là, mais on lui indique où il est allé dîner. Sanson le rattrape sur les quais, lui parle d’une effervescence de la population (qu’il exagère d’ailleurs largement) et lui explique qu’il serait prudent de reporter l’exécution au lendemain.
Mais l’accusateur, comme à son habitude, se montre impitoyable : « Cela ne nous regarde pas. Le jugement est prononcé : rien ne saurait arrêter le cours de la justice. »

Charles-Henri Sanson revient à la Conciergerie, la tête basse. Entre temps, la « toilette des condamnés » a été faite. Ceux-ci attendent, pleurent ou rêvent. Le trouble des bourreaux, et même des juges, n’a pas échappé à l’intelligence de certains d’entre eux.
En sortant de la prison, le vieux bourreau dit à un de ses aides : « Nous n’irons pas plus loin que la Bastille ; le peuple est si las de tout cela qu’il nous les prendra. Bien sûr, je ne courrai pas après eux, ni toi non plus. »
Sur le chemin, le convoi, escorté seulement par six gendarmes, croise une troupe des leurs. Le commandant invite les six à se joindre à eux, ce qu’ils font sans se faire prier. Plus rien désormais ne s’oppose à une intervention triomphale du peuple, comme pour Louschart six ans auparavant.

Sur la place de la Bastille, la foule est si dense que les charrettes, sans escorte, n’avancent presque plus. Le vieux Sanson en profite pour se pencher vers un jeune condamné, un certain Couter de Boulot, et lui dit : « il me semble que nos rôles pourraient s’intervertir tout à l’heure et que nous sommes menacés de changer de place. » Mais le jeune homme, bouleversé par la peur, regarde le bourreau ébahi et ne comprend rien. « Oui, lui répète Sanson, si j’étais à votre place et vous à la mienne, je ne sais pas si je résisterais à une si belle occasion de devenir de guillotiné guillotineur. »
Couter de Boulot est toujours aussi hébété, mais une femme a tout entendu et parfaitement compris le message : « Grâce, citoyens ! Nous ne sommes pas des ennemis du peuple, délivrez-nous ! », crie-t-elle. A son exemple, les supplications éclatent bientôt dans toutes les charrettes. Certains invoquent leur jeune âge, d’autres les enfants qu’ils vont laisser orphelins, les plus éloquents demandent si le peuple peut permettre qu’on les immole encore au monstre qui vient d’être arrêté par la Convention.
A ces supplications ne répondent que d’inutiles cris de « Grâce ! » et de vains témoignages de compassion. A un moment, les charrettes sont tellement serrées par le peuple qu’elles ne peuvent plus avancer, et, par un mouvement de panique né au premier rang, le vide se fait bientôt tout autour du convoi qui n’a désormais plus aucun prétexte pour ne pas achever son fatal chemin.

Quant à Robespierre et ses partisans, ils seront exécutés le lendemain, 10 Thermidor.

Par la suite, cette exécution du 9 thermidor fut transformée par certains témoins et/ou historiens peu scrupuleux qui prétendirent que le peuple s’était soulevé comme un seul homme pour empêcher le carnage, et que la garde nationale d’Henriot avait dû se frayer un chemin à coups de sabre pour aller jusqu’à la guillotine. Mais le témoignage de Sanson apparaît hélas tellement plus plausible.
La vérité, plus prosaïque, est sans doute que le peuple de 1794 et des 45 condamnés du 9 Thermidor n’était plus le peuple de 1788 et de Jean-Louis Louschart. La Terreur était passée par là, qui avait anesthésié son bon cœur.



Place de la Nation. En arrière-plan, les deux colonnes du trône, représentant Philippe-Auguste et Saint-Louis, qui furent commencées en 1785 par l’architecte Claude-Nicolas Ledoux, et terminées en 1843. Au premier plan, « Le Triomphe de la République », statue de Jules Dalou inaugurée en 1889 pour le centenaire de la révolution dans une version en plâtre, et en 1899 dans sa version définitive en cuivre.


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1. Même si ceci relève de la pure spéculation, je pense pour ma part que les juges craignaient déjà, au moment de la condamnation, le genre d’émeute qui eut lieu, ce qui a pu les pousser à chercher des moyens de rendre l’exécution plus rapide et moins « spectaculaire », pour limiter justement les risques d’émeute. Je me refuse à croire que ces gens-là, seulement 22 ans après l’horrible supplice du Chevalier de la Barre, pouvaient avoir le moindre commencement de volonté de limiter la souffrance des condamnés. D’ailleurs, il faut savoir que dès que la Monarchie fut restaurée en 1815, on eut tôt fait de « reprendre les bonnes habitudes ». Pour s’en convaincre, voici une petite liste peut-être non exhaustive des condamnés exécutés durant la Restauration selon le cérémonial du parricide (tête couverte, pieds nus, le poing droit tranché sur l’échafaud avant d’être guillotinés) : Mathieu Franc, exécuté le 11/06/1816 à Aix, Joseph Deluc, exécuté à Auch le 14/09/1821, Joseph et Jean Cantegril, père et fils, des garçons bouchers qui assassinèrent leur mère et grand-mère respective, exécutés à Toulouse le 5/5/1828, Françoise Trenque, exécutée le 16/09/1829 à Auch pour avoir empoisonné ses parents, Laurent Soucaret, exécuté à Auch le 10/02/1830.

2. Aujourd’hui Place de la Concorde (depuis 1795)

3. Ancienne Place du Trône, ainsi appelée parce qu’on y avait installé un trône pour Louis XIV et sa femme lors de leur entrée à Paris en 1660, rebaptisée place du Trône Renversé sous la Révolution, et aujourd’hui Place de la Nation (depuis 1880).

4. En quelques mots, cette loi permet d’envoyer une personne à la guillotine sur un simple soupçon, sachant qu’une délation rend de fait une personne suspecte. La délation est d’ailleurs encouragée par la Loi qui précise que celui qui ne dénonce pas encourt la même peine (la mort bien sûr, dans tous les cas). La Loi prive également l’accusé de défense. Concrètement, c’est à partir de cette loi que les iniquités vont devenir plus terribles encore : certains se virent accusés de contre-révolution et condamnés à mort pour une querelle de voisinage, ou parce qu’ils avaient l’amour d’une femme qu’un autre jalousait…

5. De fait, c’est Henri qui conduisait les exécutions depuis celle de Marie-Antoinette en 1793. Probablement les premières crises d’hématophobie du père n’avaient pas non plus été étrangères à ce passage de témoin, même si dans les faits Charles-Henri restait exécuteur en chef, et se devait donc de superviser toutes les exécutions.

draleuq, 12h28 :: :: :: [4 poignants panégyriques]

22 Avril 2010 ::

« Le Chevalier de la Barre, symbole de la Laïcité »

:: Histoire moderne, 1766

Il y a quelques années, j’emmenais mes enfants sur la colline de Montmartre et je souhaitais les faire entrer dans le Sacré Cœur qui me paraissait être un passage obligé (il semble d’ailleurs que je ne sois pas le seul, car j’ai vu avec surprise que c’était le deuxième monument le plus visité de France après la Tour Eiffel !)
Evidemment, il se trouvait qu’il y avait une cérémonie juste à ce moment. La basilique était comble, et nous avons dû nous contenter d’en faire – difficilement – le tour par les allées extérieures, cependant qu’un prêtre en soutane bleue ciel chantait des cantiques en latin d’une voix de stentor sous un gigantesque encensoir qui se balançait à un rythme effréné au dessus de lui et de ses ouailles recueillies, et je me souviens m’être dit que si le crochet qui retenait ce truc au plafond venait à lâcher, on aurait droit à un superbe fait divers.
Bien que d’éducation catholique, je n’avais jamais vu de ma vie un tel spectacle, et j’avoue qu’outre ma petite tendance à la phobie des foules, j’ai ressenti une sorte de malaise indéfinissable et j’étais bien content de sortir.

Nous avons trouvé refuge, quelques dizaines de mètres plus bas sur la colline de Montmartre, dans un petit square ombragé nettement plus engageant, le square Nadar. Au bout de ce square trônait une statue de bronze en assez mauvais état sur le socle de laquelle on pouvait lire (eh oui, j’ai la sale habitude de lire les panneaux des statues… ainsi que tout le reste d’ailleurs. Si vous vous promenez avec moi dans une ville historique, vous avez intérêt à vous armer de patience !) :


« Au Chevalier de la Barre, supplicié à l’âge de 19 ans, le 1er juillet 1766, pour n’avoir pas salué une procession. »

Evidemment, ce genre de phrase sibylline ne pouvait qu’exciter ma curiosité. Aussi, dès que je suis rentré chez moi, je me suis aussitôt renseigné, et j’ai découvert qu’il ne s’agissait plus seulement d’un fait divers sur l’iniquité de l’Ancien Régime, mais que la mémoire du Chevalier de la Barre avait été récupérée à la fin du XIXème siècle au profit du combat entre les laïcards et les culs-bénis (oui, les deux termes sont péjoratifs et je l’assume parfaitement, notamment parce que je vis encore cette vieille querelle au boulot entre public et privé. Pour ma part, je me situe entre les deux, bien qu’évidemment plus proche des laïcards que des culs-bénis)





Vie et supplice du Chevalier de la Barre :

François Jean Lefèbvre de la Barre naît en 1746 en Brie dans une famille de la petite noblesse provinciale. Quand il a 16 ans, son père, ruiné, l’envoie avec ses frères chez une cousine germaine, à Abbeville (Somme).
Le 9 août 1765, on découvre que la statue de Jésus-Christ juchée sur le pont neuf d’Abbeville a été tailladée. Très vite, ce sacrilège remonte jusqu’à l’Evêque d’Amiens, Monseigneur de la Motte, qui vient en personne, et en présence de tous les notables de la région, faire une « cérémonie de réparation », pieds nus.
Pour découvrir le coupable, les curés d’Abbeville et des environs n’hésitent pas à faire des appels à la délation lors de leur sermon dominical. Et pour le malheur du Chevalier de la Barre, il semble que le lieutenant de police et le lieutenant du tribunal étaient ses ennemis personnels (sa cousine aurait malencontreusement repoussé les avances du lieutenant du tribunal !)
Ces "policiers intègres" intimident des témoins qui finissent par lâcher que de la Barre et deux complices auraient chanté deux chansons libertines et refusé de se découvrir devant une procession de capucins en juillet 1765, et qu’ils auraient également refusé de s’agenouiller devant ladite procession.
S’ensuit une perquisition au domicile du Chevalier, où l’on découvre trois livres interdits : deux livres érotiques, et un exemplaire du dictionnaire de philosophie de Voltaire.
Le Chevalier, ayant un solide alibi pour l’histoire de la statue (il peut prouver qu’il était dans sa chambre), et comptant sur les solides relations de sa famille, pense qu’il échappera au pire. C’est bien mal connaître la « justice » de l’époque ! Et, n’ayant de toute façon pas d’argent pour émigrer, il ne cherche pas à fuir. Il est arrêté le 1er octobre 1765.
Son « complice » Moisnel, âgé de 15 ans, est condamné à une amende. Et l’autre, Gaillard d’Etallonde, s’étant enfui en Hollande, ne peut être appréhendé.
Il ne reste plus que le pauvre de la Barre pour expier. Ses défenseurs, pourtant opiniâtres, ne pourront rien pour lui éviter l’exemple que veulent les bigots notables d’Abbeville.
D’abord condamné aux galères, sa peine est ensuite commuée en condamnation à mort. Pour blasphème, il devra subir la torture ordinaire et extraordinaire, avoir le poing coupé et la langue arrachée, être décapité et brûlé avec l’exemplaire du Dictionnaire Philosophique.
La sentence est exécutée le 1er juillet 1766, à Abbeville, par cinq bourreaux spécialement envoyés de Paris, dont le célèbre Charles-Henri Sanson qui lui tranchera la tête. Le 17 juillet 1793, après avoir exécuté Charlotte Corday sur la guillotine, celui-ci écrira dans son journal : « Depuis Monsieur de la Barre, je n’avais pas rencontré autant de courage pour mourir. »
Et Dieu sait qu’il en avait pourtant raccourci plus d’un entre temps !
Les derniers mots du condamné auraient été : « je ne croyais pas qu’on pût faire mourir un gentilhomme pour si peu de choses. »


Le monument érigé à Abbeville en 1907, où on lit :
"En commémoration du martyre du Chevalier de la barre supplicié à Abbeville
le 1er juillet 1766 à l’âge de 19 ans pour avoir omis de saluer une procession."


Symbole des Lumières :

A vrai dire, le Chevalier de la Barre devint très vite un symbole. Tout d’abord, un symbole de l’arbitraire de la justice sous l’Ancien Régime : il était innocent du « crime » qui était à l’origine de l’affaire et pouvait le prouver. D’autre part, le code de justice en vigueur à l’époque ne prévoyait en aucun cas la peine de mort pour le blasphème.
Il devint d’autant plus vite un symbole que Voltaire s’attacha à le défendre, puis à défendre sa mémoire, de son exil en Suisse. Sans doute se sentait-il concerné au premier chef par le fait qu’on avait trouvé chez de la Barre un de ses ouvrages, et que celui-ci avait été brûlé avec lui !
Voltaire rédigera un article intitulé « Le Cri d’un sang innocent », pour lequel il sera condamné par contumace.
Ensuite, il ajoutera un article intitulé « torture » dans son Dictionnaire Philosophique, celui-là même qui avait été brûlé avec le chevalier :

"Lorsque le chevalier de La Barre, petit-fils d’un lieutenant général des armées, jeune homme de beaucoup d’esprit et d’une grande espérance, mais ayant toute l’étourderie d’une jeunesse effrénée, fut convaincu d’avoir chanté des chansons impies, et même d’avoir passé devant une procession de capucins sans avoir ôté son chapeau, les juges d’Abbeville, gens comparables aux sénateurs romains, ordonnèrent, non seulement qu’on lui arrachât la langue, qu’on lui coupât la main, et qu’on brûlât son corps à petit feu; mais ils l’appliquèrent encore à la torture pour savoir précisément combien de chansons il avait chantées, et combien de processions il avait vues passer, le chapeau sur la tête.
Ce n’est pas dans le XIIIe ou dans le XIVe siècle que cette aventure est arrivée, c’est dans le XVIIIe. Les nations étrangères jugent de la France par les spectacles, par les romans, par les jolis vers, par les filles d’Opéra, qui ont les moeurs fort douces, par nos danseurs d’Opéra, qui ont de la grâce, par Mlle Clairon, qui déclame des vers à ravir. Elles ne savent pas qu’il n’y a point au fond de nation plus cruelle que la française".


A la Révolution, conséquence logique, le Chevalier de la Barre fut réhabilité par la Convention, le 25 brumaire an II (15 novembre 1793).


La basilique du Sacré-Coeur (photo draleuq)


Symbole de la laïcité :

En 1870, en plein cœur de la Commune, un très pieux notable parisien, Alexandre Legentil, émet le vœu suivant :

« En présence des malheurs qui désolent la France et des malheurs plus grands peut-être qui la menacent encore. En présence des attentats sacrilèges commis à Rome contre les droits de l'Église et du Saint-Siège, et contre la personne sacrée du Vicaire de Jésus-Christ nous nous humilions devant Dieu et réunissant dans notre amour l'Église et notre Patrie, nous reconnaissons que nous avons été coupables et justement châtiés. Et pour faire amende honorable de nos péchés et obtenir de l'infinie miséricorde du Sacré-Cœur de Notre-Seigneur Jésus-Christ le pardon de nos fautes ainsi que les secours extraordinaires, qui peuvent seuls délivrer le Souverain Pontife de sa captivité et faire cesser les malheurs de la France. Nous promettons de contribuer à l'érection à Paris d'un sanctuaire dédié au Sacré-Cœur de Jésus. »


Grâce aux relations de ce Monsieur Legentil, le projet prend très vite une dimension nationale.
En 1873, à l’initiative de ses promoteurs, l’Assemblée Nationale vote une Loi, à 382 voix sur 734, déclarant que l’Eglise est reconnue d’utilité publique, car c’est la seule façon d’acquérir les terrains nécessaires sur la Butte Montmartre, y compris par voie d’expropriation.
« L’Eglise reconnue d’utilité publique », voilà bien évidemment de quoi faire s’étrangler tous les anti-cléricaux, et le chantier du Sacré Cœur[1], dont la première pierre fut posée en 1875, allait bien entendu cristalliser toutes les polémiques pendant les 50 ans qu’il allait durer[2].
Car bien entendu, la construction de cette basilique est un véritable scandale pour nombre de parisiens, notamment ceux qui se sont révoltés lors de la Commune de Paris. La « basilique infâme » est le surnom qu’ils lui donnent le plus souvent. En cela, ils s’appuient bien entendu sur le vœu qui en est à l’origine, écrit par un bourgeois, et qui parle de châtiment divin, de pardon, de miséricorde, de fautes, de culpabilité !

Au cœur (c’est le cas de le dire) de ces polémiques, voilà que notre Chevalier de la Barre refait son apparition !
En 1897, alors que la construction de la basilique bat son plein, un comité de libres-penseurs demande l’érection d’une statue du chevalier juste devant ! Après 8 ans de bataille juridique, le projet aboutit le 3 septembre 1905[3], où 25 000 manifestants inaugurent la statue sculptée par Armand Bloch. Le congrès des libres-penseurs aura lieu les jours suivants, et précédera la Loi sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat.
Mais en 1926, par suite d’un « aménagement du site », la statue est déplacée Square Nadar, à quelques dizaines de mètres de là. Là où elle se trouve aujourd’hui. Certaines mauvaises langues diront que c’est une manœuvre des culs-bénis et que la vue de la « statue impie » gênait les pèlerins.
En octobre 1941, la République de Vichy promulgue une loi qui envoie à la fonte toutes les statues métalliques de Paris. Enfin non, pas toutes ! Pas celles des Saints et des Rois ! Par contre, notre brave Chevalier de la Barre y passe, tout comme Voltaire, Rousseau, Condorcet, Hugo, Diderot, Gambetta, Lavoisier
Il faudra attendre 2001 pour qu'une autre statue soit érigée, bien différente de la première qui représentait le Chevalier en supplicié avec le dictionnaire philosophique de Voltaire à ses pieds. Le socle en pierre avec l’inscription, lui, n’a pas bougé et est toujours celui d’origine.
Depuis 1905, cette statue est un lieu de rassemblement pour des organisations telles que : le Grand Orient de France, la Libre Pensée, la Ligue des Droits de l’Homme, la Ligue de l’Enseignement… Bref, des sales gauchos comme moi, quoi ! ;)[4]

Bien loin de moi toute idée de polémique, mais je note au passage que le « sacré cœur » est, encore aujourd’hui, le signe de ralliement des catholiques intégristes…


La statue de Montmartre


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1. La basilique fut en grande partie financée par une souscription nationale : 46 millions de francs récoltés durant 50 ans auprès de 10 millions de fidèles.

2. La nef est terminée en 1891, le clocher en 1912, la basilique en 1914, elle est consacrée en 1919, mais la décoration intérieure durera jusqu’en 1923.

3. En 1907, un autre monument fut érigé au Chevalier de la Barre à Abbeville, à la suite d’une souscription volontaire. Encore aujourd’hui, tous les 1er juillet, une manifestation laïque est organisée de ce monument jusqu’à la place où le chevalier fut supplicié.

4. Le Chevalier de la Barre a aussi donné son nom à une association de défense de la laïcité, justement à l'origine de la nouvelle statue. Leur dada en ce moment ? L’interdiction de la burqa :)

draleuq, 19h03 :: :: :: [3 cris de désespoirs]

13 Avril 2010 ::

« Malte l'invincible - 2ème partie : seule face à l'Axe »

:: Histoire contemporaine, 1941

Ce billet fait partie d'un sujet qui en comporte deux :

1. Malte l'invincible - 1ère partie : le grand siège des Turcs
2. Malte l'invincible - 2ème partie : seule face à l'Axe



De la mer, vue sur La Vallette, capitale de Malte, classée au Patrimoine Mondial de l'UNESCO depuis 1980. (photo draleuq)


Au début de la guerre, Malte est encore une terre britannique. C'est même la seule terre britannique de la Méditerranée entre Gibraltar et Alexandrie. Or, malgré l'axe Rome-Berlin, les Anglais n'ont pas cru bon de protéger l'île décemment. Et c'est en pleine débâcle de 1940, alors qu'ils quittent Dunkerque en catastrophe, que Mussolini entre en guerre aux côtés des nazis. Aussitôt, l'aviation italienne commence les raids sur Malte, en particulier La Vallette et les alentours, à partir de la Sicile toute proche.

Les dégâts matériels sont importants et les victimes nombreuses, mais l'île se défend avec acharnement avec les quelques batteries de DCA et les quelques avions dont elle dispose. La conscription est également décrétée.


A gauche : résultat d'un bombardement sur Malte
A droite : batterie anti-aérienne protégeant Malte


Malte se retrouve dans la même situation qu'à l'époque de Soliman : plaque tournante, point de passage obligé en milieu de Méditerranée, barrant la route non plus aux Turcs cette fois, mais aux forces de l'Axe.
Pendant que l’aviation italienne, aidée par moments de la Luftwaffe en provenance d’Afrique-du-Nord, s’acharne à démolir Malte, les Anglais vont mettre le paquet plusieurs fois pour la ravitailler.

Quand on dit « mettre le paquet », on peut citer l’exemple des convois « Vigorous » et « Harpoon », les 14-15 juin 1942, qui constitue un éclairage sur l’importance stratégique extrême de Malte (source : "Histoire secrète des forces spéciales" d'Eric Denécé) :

Pour les généraux allemands, la prise de Malte constitue le prélude indispensable à une percée en Egypte. Rommel ne cesse de clamer que le contrôle de l'île est impératif si le Reich veut l'emporter en Afrique du Nord. En butte aux attaques continuelles de la Luftwaffe, la garnison résiste mais manque de tout : vivres, munitions et médicaments. A partir de l'île, les avions britanniques peuvent attaquer les convois maritimes assurant la logistique de l'Afrika Korps, mais l'île est au bord de l'asphyxie. Pour assurer sa survie, il faut coûte que coûte que deux convois puissent passer : opération Harpoon (au départ de Gibraltar) et opération Vigorous (au départ d'Alexandrie). Ce sont des opérations à haut risque : durant la plus grande partie du trajet, ces convois vont se trouver sous la menace des appareils allemands basés en Crète et en Afrique du Nord, et les Spitfire de la Desert Air Force ont un rayon d'action trop faible pour assurer la couverture aérienne des convois. Une solution est alors proposée par David Stirling, créateur du SAS (Special Air Service, commandos de l'armée de l'air) : attaquer neuf bases aériennes italiennes et allemandes pratiquement au même moment pour empêcher leurs avions d'attaquer "Harpoon" et "Vigorous".
Parmi les unités SAS qui vont attaquer les aérodromes de Derna, Benghazi, Benina, Barce, Heraklion, plusieurs sont étrangères : la 1ère Compagnie d'Infanterie de l'Air, française, est commandée par le capitaine Bergé. Un escadron est constitué d'ex-officiers de l'armée Grecque ayant fui leur pays. Le SIG, enfin, est formé d'une poignée d'Allemands anti-nazis de confession juive, recrutés en Palestine : ils sont dirigés par le cpt Herbert Buck et opèrent avec des uniformes de l'Afrika Korps. Ils portent des armes allemandes et parlent tous l'allemand.
Les hommes du SIG seront neutralisés en Afrique du Nord par des ennemis renseignés par un traitre.
En Crête, le raid contre la base d'Heraklion est mené par 4 français accompagnés du lieutenant grec Petrakis et d'un officier britannique, Jellicoe...
Ces diverses opérations furent un demi-échec : seuls deux bâtiments du convoi Harpoon atteignirent Malte, tandis que le convoi Vigorous fit demi-tour.[1]
Les SAS n'en réussirent pas moins à détruire 34 avions, à en endommager 12 autres, à détruire 36 moteurs d'avions, à détruire plusieurs dépôts de munitions et de carburant, 3 hangars-ateliers, à saboter une voie ferrée et à rendre inutilisable l'aérodrome de Barce.



"HMS Kelly at Grand Harbour, Malta" (tableau de R. Taylor)
Le HMS Kelly était l'un des navires formant la "Task Force K", flottille basée à Malte et destinée à empêcher le ravitaillement des divisions italiennes et de l'Afrika Korps de Rommel en Afrique-du-Nord


Les nageurs de combat italiens de la célèbre unité « X Mas » vont même tenter plusieurs attaques avec des sous-marins de poche pilotés par deux hommes-grenouilles[2], dans le but de miner les navires à quai à Grand Harbour, le port de La Vallette, entre juin et septembre 1941.


Le "Maiale", sous-marin de poche italien avec ses deux nageurs de combat. Il s'agissait en fait d'une sorte de torpille habitée, remplie de 300 kg de TNT.

Les "Maiale" (à traduire par "cochons") ont déjà fait leurs preuves en Espagne et à Alexandrie, infligeant de gros dégâts à la Royal Navy. Mais à Malte, rien à faire, toutes les missions échouent, les nageurs de combat sont invariablement capturés ou tués.
Ainsi le 26 juillet 1941, les majors Pedretti et Tesei, avec leurs deux coéquipiers, disparaissent corps et bien avec leur machine infernale après avoir été repérés par le radar.

Cette fois encore, l'Ile des Chevaliers restera invincible.


L'intérieur d'une église de La Vallette, dans un style orthodoxe flamboyant.
97 % des Maltais sont catholiques (photo draleuq).


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1. C’est finalement le convoi « Pedestal », considéré comme le convoi de la dernière chance, qui réussit à ravitailler une île à bout de forces du 10 au 14 août 1942. Seuls 5 navires arriveront à bon port, après une âpre bataille, mais leur cargaison donnera à Malte de l’oxygène jusqu’à l’échec de Rommel en Afrique-du-Nord, en novembre 1942.

2. Engins que les Italiens ont d’ailleurs inventés et expérimentés les premiers. La Royal Navy s’empressera ensuite de les copier et de les utiliser, parfois avec succès, sous le nom de "chariots". Après la guerre, les Américains découvriront que la marine Italienne avait en projet, en collaboration avec la Kriegsmarine, une attaque du port de New-York avec des sous-marins de poche « Maiale » !

draleuq, 13h40 :: :: :: [1 contestation]

12 Avril 2010 ::

« Malte l'Invincible - 1ère partie : Le Grand Siège des Turcs »

:: Histoire moderne, 1565

Ce billet fait partie d'un sujet qui en comporte deux :

1. Malte l'invincible - 1ère partie : le grand siège des Turcs
2. Malte l'invincible - 2ème partie : seule face à l'Axe






De la mer, vue sur La Vallette, capitale de Malte (photo draleuq)


L'Ordre des Chevaliers Hospitaliers de St Jean de Jérusalem a été créé en terre sainte, au XIIème siècle, durant les croisades, sur le modèle des Templiers. Vêtus d'une tunique noire à croix blanche, les Chevaliers se distinguent en combattant les infidèles et en soignant les blessés et les malades.

Plus tard, ils héritent de la souveraineté de l'Ile de Rhodes. Mais ils en sont chassés en 1530 par les Ottomans du Sultan Soliman le Magnifique. L'Empereur Charles Quint leur consent en échange la souveraineté de l'Ile de Malte, plaque tournante méditérranéenne qu'ils devront défendre contre les Turcs en l'échange d'un loyer annuel de... un épervier ou un faucon !



Portrait de Soliman le Magnifique


Le 18 mai 1565, 138 galères turques débarquent 38 000 hommes à Malte pour assiéger la capitale, Birgu. Celle-ci est défendue par le Grand Maître de l'Ordre des Chevaliers de Malte, Jean Parisot de La Vallette, un Français d'origine provençale réputé pour être un stratège hors-pair. Mais il ne dispose que de 512 Chevaliers et 9 000 hommes pour s'opposer à l'armée de Soliman qui est commandée par Dragut, un corsaire Grec dévoué aux Turcs, et dont la réputation n'est plus à faire.


A gauche : Jean Parisot de La Vallette. Notez que la croix blanche sur fond rouge avait remplacé la croix blanche sur fond noir du moyen-âge.
A droite : "Dragut", par P. Christian (National Maritime Museum of London)


Dragut sait qu'il doit d'abord réduire le Fort St Elme, dont les remparts sont encore inachevés, pour accéder au gros de la ville. Fort de ses canons de siège et de sa supériorité numérique, il espère triompher des 60 Chevaliers et des quelques centaines d'hommes qui le gardent en 5 jours.
Mais c'est compter sans l'héroïsme des défenseurs qui, affamés, repoussent les assaillants sans relâche dans des corps-à-corps sanglants, rejoints par quelques hommes de la garnison de Birgu qui n'hésitent pas à se rendre au Fort à la nage, sachant très bien que ce geste les condamne à une mort certaine.



Le fort Saint-Elme aujourd'hui, vu de la mer (photo draleuq)


La résistance acharnée du St Elme dure jusqu'au 23 juin. Ce soir-là, le drapeau vert de Soliman flotte sur le fort. Mais les Ottomans ont payé un très lourd tribut. Dragut lui-même a d'ailleurs été tué. Exaspéré, Soliman ordonne que tous les survivants du Fort soient crucifiés avant d'être jetés à la mer. La Vallette réplique aussitôt en faisant décapiter tous les prisonniers turcs avant d'expédier leurs têtes sur les assaillants à coups de canon !



Le Siège de Malte-Capture de St Elmo (fresque de Matteo Perez d'Aleccio, XVIème siècle)


Le Grand Maître est blessé durant le siège, mais le temps de résistance du fort a été mis à profit pour chercher de l'aide dans tout le monde chrétien, et en septembre, 250 chevaliers et 8 000 hommes arrivent à la rescousse de la Sicile voisine. Ecoeurés à cette vue, les Turcs s'enfuient en laissant 30 000 morts sur le terrain.
La nouvelle ville qui sortira de terre derrière le Fort St Elme, portera le nom de son fondateur, La Vallette.


Vue sur les remparts de La Vallette (photo draleuq)

draleuq, 11h04 :: :: :: [4 élucubrations]

7 Avril 2010 ::

« Le palmarès des morts des rois de France - 3ème partie »

:: Histoire - Inclassable

Ce billet fait partie d'un sujet composé de trois parties :

1. Le palmarès des morts des rois de France - 1ère partie
2. Le palmarès des morts des rois de France - 2ème partie
3. Le palmarès des morts des rois de France - 3ème partie




4ème position : médaille en chocolat

La médaille en chocolat est attribuée à Charles VII. Ce roi qui vécut une époque critique de l'Histoire de France a déjà été cité plusieurs fois ici-même, en particulier dans les billets « Un providentiel boulet au siège d'Orléans » et « Gilles de Retz, le dévôt fou ». Charles VII est en effet surtout connu pour avoir été trouvé par Jeanne d'Arc au milieu d'une foule (Oum le gentil dauphin), puis pour l'avoir abandonnée aux mains des anglais quand elle fut devenue un peu encombrante. Il met également fin à la guerre de cent ans grâce à ses victoires successives (aidé en cela par une querelle dynastique en Angleterre entre les Lancastre et les York), vit une passion amoureuse avec sa maîtresse Agnès Sorel — une intrigante à la grande beauté qui finit sans doute empoisonnée au mercure, au grand dam de son royal amant —, et réussit à rétablir les finances du royaume avec l'aide de son grand argentier, Jacques Coeur[1]. Un bilan plutôt positif pour un roi souvent décrit comme disgrâcieux et peu intelligent !

Pour ce qui est de sa mort, les sources sont parfois contradictoires, mais ce qui est certain, c'est que Charles VII souffre d'un abcès à la bouche (ou à la mâchoire) qui le fait tant souffrir qu'il ne peut ingurgiter de la nourriture... Il faut cependant ajouter à ce tableau prometteur que le pauvre homme est dépeint comme un poltron de la pire espèce (il n'ose paraît-il même pas traverser un pont à cheval, de peur que l'ouvrage ne cède), et souffre également d'une crainte irraisonnée de l'empoisonnement. L'on peut toutefois le comprendre, car Charles VII est en mauvais termes avec Philippe le Bon, le duc de Bourgogne ; ce dernier a entre autres donné asile au dauphin, le futur Louis XI, qui a un peu trop comploté contre son père, et lorsque l'on sait la réputation de filou qu'a gardé Louis XI, on comprend dès lors les inquiétudes de son père[2] !


Charles VII, dit le victorieux

Quoiqu'il en soit, que ce soit par crainte de l'empoisonnement, ou à cause d'un abcès, ou les deux à la fois, Charles VII est tout bonnement mort de faim. Belle performance, et bravo à lui, il mérite pour l'occasion sa médaille en chocolat.

3ème position : médaille de bronze

Attention, nous arrivons dans le top 3 ! Le vainqueur de cette médaille en bronze a largement mérité sa victoire : il s'agit de Raoul de France. Ce garçon a une place un peu à part dans la longue liste des souverains français, car il est le seul à n'être rattaché à aucune des branches familiales franques (Mérovingiens et Robertiens). Il est cependant le beau-frère d'Hugues le grand, et donc l'oncle par alliance d'Hugues Capet[3]. Son accession au trône est assez inattendue : à la mort de Carloman II en 884 (dont nous avons parlé précédemment), le beau-frère de ce dernier, Charles III (dit le simple pour son honnêteté), est écarté du trône en raison de son jeune âge. Après une régence de 4 années, c'est Eudes, le marquis de Neustrie, qui est élu roi des Francs[4]. Ce dernier règne 10 ans, et c'est finalement Charles III qui accède au trône après bien des tractations[5], le 1er janvier 898. Hélas pour lui, il se fait éjecter par des seigneurs insurgés en 922, qui élisent à sa place Robert Ier[6], le frère cadet du défunt Eudes : ce dernier règne un an et casse sa pipe le 15 juin 923 à la bataille de Soissons, contre les troupes de Charles III, fâché d'avoir été évincé, mais qui finit prisonnier et qui mourra en détention quelques années plus tard.

Et voici notre Raoul qui entre en scène : beau-frère de Robert Ier, Raoul est élu roi en 923 ; le pauvre hérite d'ailleurs d'une situation critique, le royaume est en proie aux pillages vikings et aux grands seigneurs particulièrement rétifs à l'autorité du roi... Malgré cela, Raoul s'en sort plutôt bien, inflige plusieurs défaites aux normands, qui passent leur temps à rompre les promesses de paix qu'ils ont faites (Rollon en tête). Comme si les vikings ne suffisaient pas, il doit arrêter une invasion de hongrois, et contenir l'ambition des grands seigneurs : un règne difficile de 13 ans pour ce roi Raoul, qui s'en sort plutôt bien. Mais alors me direz-vous, que vient-il donc faire dans ce palmarès ?


Raoul de France

Eh bien c'est tout simple : Raoul est mort de pédiculose corporelle, c'est-à-dire de l'ensemble des manifestations provoquées par l'invasion des poux et autre morpions. Cela est assez croquignolesque, n'est-il pas ? Si j'étais trivial, j'irais même jusqu'à dire que Raoul est mort bouffé par les morbaques. Magnifique performance, bravo Raoul !

2ème position : médaille d'argent

Le titulaire de la médaille d'argent est Louis III, dont nous avons déjà évoqué ici même l'exploit, de façon fugace, dans un billet précédent. Nous avons également parlé de lui à propos de Carloman II, puisque c'est avec lui, son frère, qu'il a partagé le règne entre les années 879 et 882. Louis III n'est certes pas un mauvais bougre : il doit notamment faire face aux invasions vikings, contre lesquelles il remporte plusieurs brillantes victoires, dont notamment celle de Saucourt-en-Vimeu (en Picardie), le 3 août 881. Cette victoire contre l'envahisseur danois est telle qu'une chanson célèbre l'exploit, glorifiant Louis III : Das Ludwigslied en Allemand ancien (la chanson de Louis).


Louis III & Carloman II

Hélas pour lui, ce brave Louis III a gâché par sa mort tout le crédit et toute la gloire qu'il avait accumulé lors de son court règne : en effet, en plein été de l'année 882, alors que Louis poursuit à cheval une coquette à qui il voudrait conter fleurette, il ne fait pas attention et se fracasse la tête dans le linteau d'une porte en essayant de passer dessous... Un exploit digne digne d'être retracé : bravo à Louis III pour cette superbe médaille d'argent !

1ère position : médaille d'or

Et notre grand gagnant est... est... Charles VIII ! Né en 1470 et roi à l'âge de 13 ans, il est d'abord secondé par sa soeur Anne de Beaujeu qui assure la régence pendant 8 ans. Le début de son règne est marqué par la guerre contre son oncle Louis d'Orléans, le futur Louis XII, qui n'apprécie pas beaucoup la régence ; cette guerre, surnommée la « guerre folle », dure de 1485 à 1488, et finit par la défaite de Louis d'Orléans, qui est incarcéré (il sera libéré en 1491). Pendant ce temps, la duchesse Anne de Bretagne est promise à épouser Maximilien de Habsbourg, qui règne sur le Saint Empire Romain Germanique : Charles VIII, qui ne tient pas à voir la Bretagne rejoindre la maison des Habsbourgs et ouvrir une nouvelle frontière à ce puissant adversaire, fait des pieds et des mains pour épouser la duchesse à la place de Maximilien, et va même jusqu'à mettre le siège devant la ville de Rennes le 6 décembre 1491 : il finit par obtenir gain de cause et épouse Anne de Bretagne (pugnace, ce garçon !), qui s'engage de son côté à épouser le successeur de la couronne française si ce premier mariage est infécond[7]. Et hop ! La Bretagne devient française !


Charles VIII, dit l'affable

A partir de 1494, Charles VIII s'engage dans ce qui est désormais appelé les guerres d'Italie (qui vont se succéder pendant plus de 50 ans), et dont l'objectif est de faire valoir les droits de succession de la lignée royale française sur le trône du Royaume de Naples : mais cette première guerre d'Italie, qui dure jusqu'en 1497, est finalement un échec pour Charles VIII, face aux armées espagnoles (qui ont également des vues sur le royaume de Naples) et aux italiens, qui ont réussi à oublier leurs innombrables querelles intestines pour s'allier et repousser les français.

Et le 7 avril 1498 en début d'après-midi, en son château d'Amboise, à l'âge de 27 ans, Charles VIII a soudain envie d'assister à un match de jeu de paume. Il va voir la reine et l'invite à l'accompagner : les royaux époux empruntent une galerie que le roi n'a pas l'habitude de prendre, une galerie sale qui sent l'urine, car « tout le monde y pissoit »... Charles VIII se cogne violemment la tête contre un linteau de porte (décidément), et tombe à la renverse. Sur le coup, rien ; mais quelques instants plus tard, le roi s'évanouit. Il ne reprend conscience que partiellement, puis s'éteint lamentablement en fin de soirée.

Ainsi remporte-t-il la médaille d'or du palmarès des morts des rois de France, et se fracassant la tête dans une galerie qui sentait la pisse... Félicitations !


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1. Celui-là même qui avait pour devise : « A Coeur vaillant, rien d'impossible ».

2. Charles VII aurait déclaré, à propos de cet exil, que son cousin de Bourgogne avait donné asile à un renard, qui lui dévorerait un jour ses poules. Bel exemple de lucidité paternelle sur son rejeton !

3. Ses origines familiales demeurent floues, mais il est possible qu'il ait appartenu à une branche éloignée des Carolingiens.

4. Membre de la fameuse branche des Robertiens, qui donnera naissance aux Capétiens.

5. Ce même Charles III qui se retrouva cul par-dessus tête à cause du viking Rollon.

6. Robert Ier était le père d'Hugues le Grand, et le grand-père d'Hugues Capet. Il s'agit d'une époque charnière dans les dynasties royales, époque pendant laquelle les carolingiens vivent leurs derniers règnes, entrecoupés de règnes assurés par les Robertiens (Eudes et Robert).

7. Ce qui ne sera pas le cas, puisque 6 enfants naîtront de cet union. Malheureusement pour eux, aucun ne survivra ; Anne de Bretagne épousera par la suite Louis XII, devenant la seule femme deux fois reine de France !

finipe, 00h32 :: :: :: [4 vilénies]

6 Avril 2010 ::

« Le palmarès des morts des rois de France - 2ème partie »

:: Histoire - Inclassable

Ce billet fait partie d'un sujet composé de trois parties :

1. Le palmarès des morts des rois de France - 1ère partie
2. Le palmarès des morts des rois de France - 2ème partie
3. Le palmarès des morts des rois de France - 3ème partie



8ème position : les morts sportives

Deux de nos rois peuvent prétendre à une place dans cette catégorie. Le premier est Louis X, dit le hutin à cause de sa tendance à chercher des noises. Fils aîné de Philippe IV le bel, il est souvent connu en tant que cornard de première, puisque sa première femme, Marguerite de Bourgogne, faisait des galipettes avec un chevalier normand du nom de Philippe d'Aulnay. Bien mal lui en prit, car la joyeuse Marguerite finit engeôlée et étranglée, sur ordre de son royal mari dirent certains[1]. Roi plutôt habile dans les négociations, Louis X n'a cessé de subir les complots de son ambitieux oncle Charles de Valois (le frère de Philippe IV). Son règne fut cependant bien court : le 5 juin 1316, après 6 mois passés au pouvoir, et tandis qu'il fait une partie de jeu de paume endiablée, il se dépense sans doute un peu trop. Accablé par la chaleur, il boit une coupe de vin glacé pour se rafraîchir[2] ; bien mal lui en prend, car il est saisi par un malaise qui le conduit droit au tombeau !

L'autre gagnant de cette catégorie est Henri II, au cours d'un épisode savoureusement pittoresque qui fut déjà narré ici même par mon confrère draleuq : « L'oeil d'un roi en vaut cinq ». Le 30 juin 1559, Henri II est blessé gravement au cours d'une joute contre le comte de Montgomery : il meurt 12 jours plus tard des suites de ses blessures.


Louis X & Henri II

Un grand bravo à ces deux rois pour leurs exploits sportifs !

7ème position : les morts cradingues

Eh oui, tout n'est pas rose en ce monde. Si les morts par dysenterie ont certes une place de choix dans notre palmarès, et pourraient sans doute figurer au rang des « morts cradingues » (gageons que mourir de la dysenterie ne doit guère être des plus ragoûtants), deux rois en particulier ont eu une fin tout spécialement immonde. Le premier est Louis XIII : ce roi, pour lequel j'ai une affection particulière, était non seulement une personnalité taciturne, ambiguë et complexe, mais il avait également une santé plutôt fragile. L'on pense aujourd'hui qu'il souffrait de la maladie de Crohn, une maladie chronique rare qui provoque une inflammation du tube digestif : le 14 mai 1643, alors qu'il est âgé de 42 ans, et après plus d'un mois de coliques et de vomissements, Louis XIII s'éteint, suivant de près son ministre Richelieu mort l'année précédente... Mais outre cette fin piteuse, il faut souligner que le médecin de la Cour avait prescrit au roi des dizaines de saignées, des centaines de purges, et des milliers de lavements ![3]

Si la fin de Louis XIII n'est certes pas enviable, alors que dire de celle de Louis XVIII ? Souffrant de la goutte depuis fort longtemps, et voyant son état empirer, Louis XVIII est sur les dernières années de sa vie souvent obligé de se déplacer en fauteuil roulant, handicapé qu'il est par les terribles douleurs de la maladie, un embonpoint conséquent, des oedèmes en pagaille[4], et finalement une artériosclérose généralisée... Ce monsieur mange trop gras, à n'en pas douter ! A partir de 1824, son état empire terriblement, et des plaies infectées apparaissent sur son corps. Les souffrances sont telles qu'il ne peut même plus quitter son lit : son corps se décompose sur place, une odeur infecte s'en dégage, un de ses yeux « fond » littéralement, plus personne ne peut tenir son chevet tant son aspect et son odeur sont repoussants ! Finalement, le 16 septembre 1824, Louis XVIII succombe. Lorsque l'on veut déplacer son corps, un pied reste entre les mains d'un valet de chambre : les os sont rongés par la gangrène, le visage du défunt est noirci... Beurk !


Louis XIII & Louis XVIII

Bravo à eux deux, et bon appétit !

6ème position : les accidents de chasse

Nous avons dans cette catégorie deux vainqueurs. Le premier est Théodebert Ier : né vers 504, roi d'Austrasie à partir de 534, il s'agit d'un petit fils de Clovis. Ce monarque ambitieux et habile, porté dit-on sur la bonne chère, pratique avec astuce la guerre, les alliances et les mariages pour agrandir son royaume et sa puissance. Mais en 548, il est tué au cours d'une partie de chasse par une branche d'arbre, alors qu'il galope frénétiquement. D'autres sources indiquent qu'il se serait fait tuer par un bison ; dans les deux cas, c'est une mort stupide pour un garçon aussi pugnace...

Le second vainqueur de cette catégorie est Carloman II : ce carolingien règne tout d'abord de concert avec son frère Louis III[5] (dont nous reparlerons dans ce classement un peu plus loin), qui meurt en 880, laissant Carloman II régner seul. Il doit notamment faire face à de nombreuses invasions vikings, qui se sentent pousser des ailes un peu partout en Europe. Hélas pour lui, Carloman ne profite pas longtemps de son règne seul, car le 6 décembre 884, alors qu'il faisait une partie de chasse, un de ses vassaux le blesse involontairement, et le roi en meurt. Une magnifique performance !


Louis III & Carloman II

5ème position : les chutes de cheval

Trois prétendants arrivent ex aequo dans cette catégorie : les deux premiers sont Louis IV et son petit-fils Louis V. Le premier, Louis IV, est surnommé d'outremer pour avoir grandi en Angleterre, mis à l'abri par sa mère pour échapper au duc de Bourgogne, Raoul, qui avait également conquis le titre de roi des francs au détriment du père de Louis IV, Charles III le simple. Nous reparlerons de Raoul un peu plus loin, il figure en très bonne place au palmarès ! Quoiqu'il en soit, Louis IV revient de son exil au début de l'année 936 après la mort de Raoul, et finit par être sacré roi en juin de la même année, à l'âge de 16 ans. Mais il doit faire face à des luttes de pouvoirs avec des seigneurs puissants et ambitieux, au rang desquels on trouve notamment Hugues le Grand, lointain descendant de Charlemagne lui aussi, et père d'un certain Hugues Capet qui fera beaucoup parler de lui. Après bien des déboires, Louis IV meurt bêtement en 954 en chutant de son cheval, alors qu'il poursuivait un loup, animal qu'il avait pris pour le signe d'une prophétie le concernant.

Le petit-fils de Louis IV, Louis V, meurt lui aussi le 22 mai 987 à l'âge de 20 ans, d'une chute de cheval lors d'une partie de chasse. Encore la chasse ! Et dire que ce garçon a été surnommé le fainéant... La mort de Louis V met un terme à la dynastie des Carolingiens, dont la flamme vacillait déjà depuis de nombreuses années face aux Robertiens, branche familiale qui accède au trône de France grâce à Hugues Capet, dont les descendants règneront presque 1000 ans, et règnent encore aujourd'hui dans certains pays (en Espagne par exemple).

Il faut enfin citer, parmi les élus de cette catégorie, Philippe IV le bel, qui est généralement connu pour sa grande beauté, mais aussi et surtout pour avoir éradiqué l'ordre des Templiers en 1314. Il a également fait preuve de tact en faisant dépecer vivant, émasculer puis décapiter les frères d'Aulnay coupables d'avoir fricoté avec les femmes de ses enfants, les futurs Louis X et Charles IV (le « scandale de la tour de Nesle », précédemment mentionné). Hélas pour lui, tout grand roi qu'il est, Philippe IV fait une chute de cheval lors d'une chasse au sanglier (encore un chasse, bon sang !) : il meurt quelques jours plus tard des suites de ses blessures, le 29 novembre 1314.


Louis IV, Louis V et Philippe IV

La chasse et le cheval sont décidément à éviter : bravo à ces trois gagnants !


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1. Maurice Druon raconte cet épisode du « Scandale de la tour de Nesle » dans les Rois maudits.

2. D'autres sources indiquent qu'il serait entré dans une grotte fraîche, mais le résultat demeure le même...

3. C'est aussi grâce à des dizaines de litres de saignées que les médecins ont précipité la mort de Mozart en 1791.

4. On appelait alors cela l'hydropisie : Pépin le bref en souffrit également.

5. Ce duo de choc a déjà été évoqué précédemment dans le billet suivant : « Rollon & Charles le simple, cul par-dessus tête ».

finipe, 02h17 :: :: :: [9 critiques dithyrambiques]

5 Avril 2010 ::

« Le palmarès des morts des rois de France - 1ère partie »

:: Histoire - Inclassable

Ce billet fait partie d'un sujet composé de trois parties :

1. Le palmarès des morts des rois de France - 1ère partie
2. Le palmarès des morts des rois de France - 2ème partie
3. Le palmarès des morts des rois de France - 3ème partie



Voici un billet historique un peu inhabituel, mais cela faisait longtemps que la chose me trottait dans la tête. Ayant souvent constaté combien nos rois furent victimes de bien des déboires, il me vint à l'idée de faire un classement des morts les plus inattendues, étonnantes, ou tout bonnement stupides. Pour ne rien vous cacher, il eût été en fait plus rapide de classer les rois morts paisiblement dans leurs lits !


10ème position : les assassinats

On connaît généralement les rois assassinés les plus célèbres, en particulier Henri IV, qui fut poignardé à mort par Ravaillac dans la rue de la ferronnerie le 14 mai 1610 (après avoir déjà échappé de justesse à une tentative quelques années auparavant). On connaît également Henri III, le dernier des Valois et prédécesseur d'Henri IV, qui fut quant à lui poignardé le 1er août 1589 par le moine Jacques Clément, un farouche partisan de la Ligue Catholique. Mais ce brave Henri III mérite également que l'on souligne que lorsqu'il fut poignardé, il était occupé à quelque besoin naturel sur sa chaise percée. « Méchant moine, tu m'as tué ! » s'est-il écrié... Méchant, certes : Jacques Clément aurait pu avoir la décence d'attendre qu'Henri III ait fini ce qu'il avait commencé !

On connaît cependant moins la longue enfilade des rois mérovingiens, dont les coutumes franques étaient quelque peu viriles, voire expéditives... Le premier d'entre eux à périr assassiné est Sigebert Ier, roi d'Austrasie (décembre 575), poignardé à coups de scramasaxe[1] sur ordre de Frédégonde, la sanguinaire femme de Chilpéric Ier[2] (roi de Neustrie), le demi-frère de Sigebert Ier. Heureusement, Brunehilde, femme du défunt Sigebert Ier, remet les compteurs à zéro en faisant assassiner Chilpéric Ier en septembre 584, poignardé par un homme qu'on ne retrouve jamais. C'est ainsi que le fils de Sigebert Ier devient à son tour roi d'Austrasie, sous le nom de Childebert II. Frédégonde, probablement vexée que sa belle soeur Brunehilde ait rattrapé son retard en matière d'assassinat d'époux, commandite d'ailleurs l'assassinat de Childebert II, qui est empoisonné avec sa femme le 28 mars 596.

Mais la famille ne s'arrête pas là : après la mort de Childebert II, ses deux fils se partagent la succession, et finissent par se faire la guerre. C'est finalement le cadet Théodoric II qui fait exécuter son frère aîné Théodebert II en juillet 612, après une victoire martiale. Bien mal lui en prend, il meurt l'année suivante, empoisonné. Le spectacle familial continue de plus belle, car à la mort de Théodoric II, son fils Sigebert II devient roi de Neustrie à son tour à l'âge de 12 ans, et sous la tutelle de son indéboulonnable arrière-grand-mère Brunehilde. Après un imbrigolio de complots, c'est finalement Clotaire II, fils de Chilpéric Ier et Frédégonde (morte en 597), qui fait exécuter Sigebert II, ainsi que Brunehilde, qui termine sa carrière atrocement suppliciée en place publique. La famille, il n'y a que ça de vrai !


Généalogie (très) simplifiée de la descendance de Clovis

Il faut également citer d'autres mérovingiens assassinés :

  • Sigebert III : fils du célèbre roi Dagobert Ier, victime d'un complot le 1er février 656.

  • Childéric II : assassiné en 675 avec sa femme (alors enceinte), par un seigneur vexé d'avoir été battu contre un poteau

  • Dagobert II : fils de Sigebert III, assassiné le 23 décembre 679 à la suite d'un complot ourdi par Pépin de Herstal, maire du palais et père d'un certain Charles Martel...

9ème position : les « flux de ventre »

C'est souvent sous cette délicate expression que se cache un mal communément appelé dysenterie. La dysenterie, donc, infection plus ou moins grave du côlon, provoquant notamment des crampes abdominales, des vomissements et des diarrhées hémorragiques parfois ; s'il est difficile d'apprécier l'exactitude du diagnostic à chaque fois qu'un de nos monarques est mort de ce mal (de nombreuses affections auraient pu passer pour être de la dysenterie), il faut cependant souligner le nombre important de décès dûs à ces « flux de ventre ». De nombreuses épidémies de « dysenterie » ont ainsi frappé le pays au cours de l'Histoire, emportant non seulement quelques rois, mais également de nombreux prétendants au trône, et de très nombreuses personnes qui ne demandaient rien d'autre que de manger au moins deux fois par jour.

Citons donc nos gagnants pour cette catégorie :

  • Dagobert Ier († 19 janvier 639) : et voilà donc pourquoi le « bon roi Dagobert » de la célèbre chanson éponyme mettait sa culotte à l'envers...

  • Louis VI († 1er août 1137) : roi obèse, il était surnommé le gros en raison de son amour immodéré de la bonne chère. Notons que son fils aîné Philippe, héritier du trône, est mort de façon assez stupide lui aussi, en tombant de cheval après que sa monture ait été effrayée par un cochon[3]

  • Louis VIII († 8 novembre 1226) : dit le lion, il meurt de la dysenterie en pleine croisade contre les Albigeois[4]

  • Louis IX († 25 août 1270) : mort sur le chemin de la 8ème Croisade, sous les remparts de Tunis, l'on croit souvent que Louis IX a succombé à la peste, mais il s'agissait bel et bien de la dysenterie.

  • Philippe III († 5 octobre 1285) : surnommé le hardi, il meurt du même mal que son père et son grand-père précédemment cités.

  • Philippe V († 3 janvier 1322) : dit le long, il meurt des suites de la dysenterie après cinq mois d'agonie.

La dysenterie reste donc un des grands pourvoyeurs de la Faucheuse !

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1. Le scramasaxe est une sorte de gros coutelas franc.

2. Sanguinaire, c'est peu de le dire... la liste des meurtres dont elle fut la commanditaire est longue comme un jour sans pain !

3. Plus de détails dans le billet suivant : « Le cochon régicide qui changea l'Histoire »

4. Voir à ce propos : « L'armée de Dieu dans le Languedoc », de mon estimé confrère draleuq

finipe, 01h19 :: :: :: [4 interventions abstruses]

1er Avril 2010 ::

« Cher Madame de la NPE »

:: Elucubrations

Pour commencez, je tient a dire que depuit que je suit tous peti, j’est toujourt voulus travaillé. Je dirait maime que c’ait un rêve qui ma jamait quitter. Maleresemen, la vit en a voulus autreumen. J’est du quittez les colles très jeune car elle as bruler, et faut pas croire ce qui disent les fliques, c’ait pas moi qui l’est cramer !

Mais parants me dise que je suis rien capable de fer de mais dit doits, mes cé pas vré. Tout les matain je me laive, je fait trois repats par jour et tout les soires je me couchent, je fait tous ça presque tous seul, et je peut vous dire qu’il yen a plain qui peuve pas en dire autan. Mon copin Jean-Louis qu’il est tétraplaijique depuit que je l’est emener en vacansse a la grande Mote, ben il peux pas fer tous ça mine de rien.

Umanitairement parlan je veut dire, c’ait pas normale de laissé vivre quelquin avec le hérémie. J’est fait une demande de complaiments aux acédiques, mais il m’on raipondut qu’il peuve rien me donné tan que j’est pas travailler et que je me suit pas fais viré. Mois je veut bien me fer viré, je suit maime sure d’y arrivez assait bien, mait pour que je puisse le fer, il faux que je trouve du bouleau. Enfin voila quoi, c’ait mal fais, c’ait un peut le chien qui se mort la queu. Et pis comme je dis toujourt a mon copin Jean-Louis, les acédiques ça ressemble bocou a « les sadiques ». Si Jean-Louis rigolle pas, c’ait juste parce qu’il peux pas a cose de sa paralizie, mais vous vous pouvait si vous voulait.

Allait s’il vous plé Madame, donnait moi du bouleau. Ma maire elle a un cancer paralizer que le docteurre il a dis qu’elle en avais plain tous partous et quelle en avais plus pour lontant. Dune pare je pourrait pas vivre a deux sure la penssion d’invaliditer de mon paire vue qu’il ait mort y’a deux an et qu’un joure ils von quan maime finire par sans rendre conte. Et puit je voudré quan maime prouvé à ma maman que je peut travaillais avan qu’elle craive cette salaupe. C’est superre importan pour ma daipression, c’ait mon psicotérapete qui la dis.

Allait madame, en plus je suit assais beau gosse, j’est les yeux gris prits bleux clerc, et sans daiconné mes yeux ils tue. Je suit un superre bon cou et si vous voulait, je peut vous fer la miserre moi…

Cévé

Expairiensse professionnaile :
- je travail comme bainaivole a l’hopitale de Bairck, en accompagnemen du mallade dénommait Jean-Louis Dupont. En plus c’ait vachemen util a la sociétais ce que je fait, maime que ça s’appelle des « traveaux d’interret génairale ». Et c’ait pas moi qui l’est dis, c’ait le juge.

Etudes :
- Licence ciment (pour faute grave) à l’univers cité de Nantes.

Langues étrangerres :
- Français, lut, parler, aicris.

Particulariter :
- Touche le hérémie depuit lage de 25 an (j’était superre en avansse, il parais qu’on peut pas le touché plus jeune)
- Titulerre du permit B, maime si les fliques me l’on voler en ce momen, mes j’est porter plinthe a la gendarmerit, ils aime pas les fliques.
- Propriéterre d’une voiturre, maime si elle marche plut pour l’instan vue que les assurance on pas voulue me remboursé les réparassions. Il dise que j’était en tort, mai franchemen c’ait des menteur. Enfin, je veut pas tiré la couverturre, mes en tous cat j’était pas tous seule a etre en tort, selemen comme je suit le seule a men etre sortie vivant, y’a du favauritisme.

Copyrat draleuq 2005
à Marie, pour qui je fus tout, et ne fus rien
... et enfin à nouveau tout !

draleuq, 23h28 :: :: :: [1 observation emphatique]