Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

Je vais te
ratiboiser
la colline !
J'ai
faim
Malheureusement, l'Humanité embrasse amoureusement le règne animal, de sorte que l'amitié s'enrichit en rampant depuis la fin de l'existence
Phosocle ::
Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

9 Août 2010 ::

« Parents, on se fout de votre gueule ! – 1 : du samedi matin en moins »

:: Professorat



C'est le mois d'août et j'ai décidé que je suis en vacances de nouveaux articles. Voici donc un nouveau feuilleton-ratrospective datant d'un an quasi jour pour jour. Tout ceci est encore bien d'actualité puisque Luc Chatel, le nouveau Ministre de l'Education Nationale, continue dans la droite lignée de Darcos (qui a depuis été "remanié" une seconde fois pour être foutu à la porte, et en cela on peut dire qu'il a vraiment essuyé les plâtres de son passage à l'Education). Par ailleurs, la situation ne fait que s'empirer puisque les effectifs des professeurs seront encore grévés de plus de 13 000 postes cette année alors même que les effectifs d'élèves augmentent, ce qui risque de mener dans un mois à un sacré beau bordel, puisqu'il semblerait que les syndicats se soient enfin mis d'accord pour arrêter les "journées d'action"- pets de mouche d'une journée, et passer à la catégorie supérieure. Nous aurons donc l'occasion d'y revenir, et c'est en cela que cette piqûre de rappel sur les récentes turpitudes du Ministère de l'Education Nationale n'est pas forcément inutile.


Cela fait bien longtemps maintenant, presque un an, que je rumine ce sujet sans oser me saisir du clavier, à la fois par manque de temps et par peur de devenir grossier.

Maintenant que Sarko a fait son remaniement et que Darcos est allé se faire pendre ailleurs (ou plutôt donner à d’autres pauvres gens l’envie de se pendre), c’est le moment ou jamais de revenir sur les incomparables réformes dont il nous a gratifiés.

Malgré tout, je préfère prévenir, il se peut que je sois grinçant, voire franchement méchant, et pas seulement parce que c’est ma nature ou à cause de mes orientations politiques (je montrerai d’ailleurs, dans d’autres articles, que j’étais loin d’être en désaccord avec toutes les prises de position de Darcos), mais là, ça a vraiment dépassé les bornes.

En 15 ans, j’en ai connu quelques unes, des réformes, mais jamais aucune n’a été à ce point faite à coups de barre à mine, ni n’a semé une telle pagaille dans les écoles.



Darkos Va-Dehors (pardon...)


Hocus ! Pocus ! Et hop !... Plus de samedi matin !

Vers mai-juin 2008, quelqu’un (je ne sais même plus qui, mais il n’avait rien à voir avec le monde de l’école primaire) m’a dit : « Tiens, t’as vu qu’ils vont supprimer le samedi matin d’école dès cette année ? »
Moi, comme un con, j’ai un peu gloussé en disant : « Ben non, ça doit être une fausse rumeur. Tu sais, s’ils avaient l’intention de faire ça, je serais peut-être déjà au courant, quand même, non ? »
Mais l’autre insista en disant qu’il avait lu ça dans le journal.
Et effectivement, pas plus tard que deux trois jours après, j’ai appris la nouvelle… à la télé.
Malgré mes désillusions déjà multiples en 15 ans de « maison », j’avais encore eu la naïveté de croire qu’à défaut de nous demander notre avis, à nous profs, sur un tel changement, on nous préviendrait au moins avant de balancer ça aux journalistes.

Eh bien non.

Par la suite, un collègue m’a dit que c’était une des promesses de campagne de Sarkozy, même si elle était passée assez inaperçue au milieu de considérations beaucoup plus importantes comme : « un enfant naît-il délinquant ou pédophile ? », « doit-on conserver la Marseillaise ? » ou « A-t-on le droit d’insulter le drapeau tricolore ? »…

Promesse tenue, donc.

Une mesure totalement électoraliste, et celui qui ne l’a pas vu a vraiment de la merde dans les yeux.
Ah ! Ce samedi matin qui gonflait tellement une bonne partie des 13 500 000 parents des 6 750 000 élèves scolarisés dans le premier degré (chiffres de 2008), embêtés qu’ils étaient pour pouvoir partir en week-end, ou obligés qu’ils étaient de se saquer le samedi matin pour emmener leur mioche à l’école. Du coup, on en venait, particulièrement dans les grandes villes, et même tout particulièrement à Paris il faut le dire, à des taux d’absentéisme préoccupants pour le samedi matin.

Evidemment, il y a bien eu des fâcheux jamais contents pour trouver à y redire, avec des arguments pour le moins variés, qui allaient de : « Bah c’était bien pratique pour faire les courses tranquille, maintenant il va falloir se farcir les mômes ! », ou « Je travaille le samedi matin, donc maintenant ça fait une demi-journée de plus à payer la nounou ou le centre de loisirs ! », jusqu’à, même, eh oui : « C’était le seul moment où on pouvait prendre le temps de rencontrer les enseignants. », ou « C’était un moment privilégié, les gamins étaient paisibles et détendus et travaillaient sérieusement ».
Oops, vous l’avez compris, le dernier argument était plutôt un argument de prof…

Mais bon, globalement, tout ça pour dire que cette mesure avait le mérite de plaire à une large proportion de 13 500 000 électeurs potentiels !


Emballer le bébé

Ben oui. On parle d’école, là. Donc pas question de déconner, il faut donner à tout cela une façade d’honorabilité pédagogique.

Imaginons donc une reconstitution de ce qu’aurait pu être une conversation, au printemps 2008, entre Sarko et son Ministre de l’Education :

Dis-donc Xavier, il faut me virer ce samedi matin d’école, hop, zou, et que ça saute ! Et dès la rentrée de septembre ! Chuis l’homme de la rupture, moi, faut pas se laisser refroidir, là. Ça fait chier tout le monde, ce samedi matin ! Après, je serai un héros immortel !

Euh… Tu veux dire à la rentrée de septembre 2009 ?

Non non ! A celle de cette année, là, dans 4 mois, allez hop hop hop ! Au boulot ! Je veux qu’on annonce ça au JT de TF1 pour hier !

(glups) Mais, euh, et qu’est-ce qu’on fait des trois heures manquantes ?

Chais pas, moi, j’m’en fous ! T’as qu’à les foutre le mercredi matin et puis voilà !

Mais enfin, Nicolas, c’est inenvisageable ! Tu imagines la tête des collectivités locales quand on va leur dire qu’elles ont quatre mois pour tout organiser : transports, activités péri-scolaires, et tout le tintouin ?

Ah oui, c’est vrai. Et puis on est en pleine campagne des municipales, là, faut faire attention où on met les pieds. Bon eh bien trouve autre chose, pour demain, hop hop hop !

Mais…

Quoi ? T’es encore là ? Du balai j’ai dit, je t’ai pas pris pour lambiner dans mes talonnettes godasses !

(à suivre...)


Copyrat draleuq 2009

draleuq, 14h54 :: :: :: [3 constatations éclairées]