Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

Le boulot,
ça me
réussit pas
Ta
gueule
Somme toute, l'on ignore silencieusement la démocratie, tant et si bien que la perfidie s'échappe en rampant depuis la fin de l'indifférence
Confunius ::
Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

12 Août 2011 ::

« Les joies du camping - 2ème partie »

:: Baratin

Ce billet fait partie d'un sujet qui en comporte deux :
1. Les joies du camping - 1ère partie
2. Les joies du camping - 2ème partie



L'homme aux cervicales élastiques

Le camping, c'est aussi ce gars qui, à chaque fois qu'il traverse ostensiblement ton emplacement, regarde comme une bête curieuse ce que tu es en train de faire. Ses jambes et son corps continuent à avancer, mais sa tête, obsédée par tes activités passionnantes (ranger le foutoir dans la caisse, étendre du linge, prendre le petit déj, etc.), opère une rotation progressive pour continuer à te fixer. Alors au bout d'un moment tu as de la peine pour lui, tu te dis qu'il va se faire un grave torticolis, et tu lui dis : « bonjouuuuur ! ». Et là, il répond « bonjour » et il arrête de te regarder.

Ah ! C'est ce que t'attendais en fait, c'est ça ? Que je te dise bonjour ? Mille pardons brave inconnu aux manières policées ! Mais il y avait une façon plus simple de parvenir à tes fins, et surtout moins dangereuse pour tes cervicales : il suffisait de me dire : « bonjour ». Et je t'aurais répondu.

Les "petites mains"

Mais comment parler du camping sans mentionner les braves saisonniers qui y travaillent ?
Il y a d'abord le jardinier qui dort visiblement dans ses fringues depuis plusieurs mois. Dès le matin, il titube en arrosant les pots de fleurs, et en fout la moitié à côté.
- Bonjour ! Lui dis-je. (j'ai compris la leçon depuis l'homme aux cervicales élastiques).
- B... Bonjour... V... Vous inquiétez pas. Le b... beau temps va revenir !
Rhaaaa oui, le beau temps, c'est vrai ! Suis-je bête ! Je ne suis décidément pas très perméable au code du campeur.

Et puis il y a la femme de ménage. Enfin non, la réceptionniste de 8 heures à 11 heures, qui à 11 heures troque son jean et son T-shirt pour un Marcel et un calcife à fleurs avec des tongues du plus bel effet, empoigne le... tuyau d'arrosage et « nettoie » les sanitaires, mégot au coin du bec.

Car des sanitaires de camping, voyez-vous, ça ne se lave pas comme votre salle de bains, non... Mais plutôt comme votre voiture après un safari sur un chemin de terre par temps d'orage. A grands coups de tuyau d'arrosage du plafond au sol, en passant par les murs, et malheureusement pas nécessairement dans cet ordre-là !
Ensuite, quand elle a fini, elle pose deux ou trois « raclettes » dans le couloir à l'intention des aimables clients qui vont en avoir bien besoin avant d'envisager quoi que ce soit d'autre, puisque quand tu marches dans les toilettes ça fait « flotch » « flotch ». Quant aux miroirs, ils sont tellement recouverts de traces de coulures blanches (dans le meilleur des cas) qu'il est quasi impossible de distinguer sa tronche dedans. Vous me direz qu'en camping, c'est bien souvent préférable ainsi !

Conversations de sanitaires

Ensuite, vous aurez tout le loisir de vous brosser les dents. Il faudra d'abord passer devant les éviers qui servent à faire la vaisselle, au fond desquels vous pourrez identifier tout ce que le camping a mangé au repas précédent, et puis entendre bien malgré vous quelques conversations de sanitaires à haute voix, dont tout le monde peut profiter à loisir dans ces boxs dont les cloisons ne montent pas jusqu'en haut (et ne descendent d'ailleurs pas jusqu'en bas), de sorte que l'isolation phonique est nulle :

Exemple 1 : Patrick et sa mère femme :

- Patrick, chuis là, hein !
- T’es où ?
- Dans la première douche. Tu veux le dentifrice ?
- Oui, mais j’ai pas ma brosse à dents.
- Je l’ai.
- Ah bah j’veux bien alors.
- Tiens, j’te passe par-dessus
(ndt : par-dessus la porte, bien sûr)

Exemple 2 : conversation non buccale :

- PrrrRRRRRrrrrrrrRRRRRRT (à ma gauche)
- Prt PrT PrT PrT PrrrrrrrT (à ma droite)

Merci les gars, j’étais venu pour me laver les ratiches, moi, pas pour vomir.

Exemple 3 : trois adolescents :

- Attends ils assurent trop bien les sanitaires
- Trop !
- Et t’as pas vu les douches. Sont au moins aussi bien qu’à X.
- A l’aise.
- Attends allez-y déconnez pas là, regardez pas les gars, je chie. Han han haaaaaaan.

- Je m’appelle Maaaathieu, c’est parce que je suis inteeeeeelligent (chantonnant sur un air inconnu), je m’appelle Maaathieu, c’est parce que je suis … (la voix s’éloigne, il sort).

Exemple 4 : Thomas et sa compagne :

- (sifflotements)
- Eh ben Thomas, t'es bien joyeux ! (dit le trumeau qui doit apparemment être sa compagne)
- Je chante pour oublier !

Un simple coup d'œil sur la donzelle suffit à savoir la nature exacte de ce qu'il a à oublier.


"Tu prends l'apéro ?"


Tout à coup, alors que vous êtes toujours en train de vous brosser les dents, Thomas tire la chasse d'eau. Vous entendez alors un bouillonnement dans la tuyauterie, suivi d'un glougloutement qui semble remonter vers vous des abîmes, avant qu'un peu d'eau assez peu limpide jaillisse du siphon et mouille le fond du lavabo dans un sens assez peu commun. Et là, vous sentez comme une furieuse envie d'aller vous laver les dents dans les fourrés et de vous rincer la bouche avec une bouteille d'eau de source.

Puis, vient l'heure de la douche, quand l'odeur du gel douche (pourtant j'avais pris du gel douche à la fraise, en prévision de jours difficiles) ne parvient pas à masquer les délicieuses effluves d'égout qui remontent par le trou d'évacuation...

Planter des poivrots poivrons

Ce soir, je revois notre ami jardinier. Désormais, il n'est plus assez étanche pour tenir debout, et fait des petites plantations, agenouillé dans la terre. Quel talent ! Admirez ce professionnalisme, cette capacité à adapter son poste de travail en fonction de son état de... euh... fatigue.
- Bonsoir ! Vous aviez raison, le beau temps est revenu ! (oui oui, je fais des progrès chaque jour)
- Gn... gniiiiih ?

En voilà un que le camping ne paie sûrement pas en euros !

Des gens normaux

Mais ne paniquez pas ! Le camping, c'est aussi des gens tout à fait normaux. Bon, il y en a assez peu, je vous l'accorde, mais il y en a.

Tenez, par exemple, ce couple de danois à côté de nous avec deux enfants en bas âge... Rien à redire. Tout à fait, et désespérément normaux. Limite chiants.
D'ailleurs, je soupçonne que ça les arrangeait bien de ne pas piper un mot de français, et qu'ils étaient ainsi trop heureux de ne même pas avoir à parler du temps.

Mais le camping, c'est aussi ce papy de 80 ans venu au soleil pour soigner son arthrite aux épaules, français émigré en Allemagne depuis 50 ans, avec des points noirs sur le nez au moins aussi vieux que ça, à qui je rappelais son fils, qui me parlait de Goëthe et me citait Kant tous les jours, en profitant à chaque fois pour me refiler du chocolat entre deux bouffées de pipe.
Je lui dédie ce texte.

draleuq, 09h22 :: :: :: [7 obscénités]