Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

Patience et longueur de temps
Ah
bon ?
Somme toute, l'envie ignore joyeusement l'intelligence. Ainsi, le temps s'échappe en atteignant l'au-delà de l'indifférence
La Rochefaucud ::
Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

28 Septembre 2011 ::

« Dernières tendances catastrophistes - 2 : menace chimique »

:: Professorat

Ce billet fait partie d'un sujet qui en comporte deux :
1. Dernières tendances catastrophistes - 1 : menace bactériologique
2. Dernières tendances catastrophistes - 2 : menace chimique


C'est moi, le maître du feu,
Le maître du jeu, le maître du monde
Et vois ce que j'en ai fait,
Une Terre glacée, une Terre brûlée,
La Terre des hommes que les hommes abandonnent.

Je suis un homme au pied du mur
Comme une erreur de la nature
Sur la Terre sans d'autres raisons
Moi je tourne en rond, je tourne en rond.

Je suis un homme et je mesure
Toute l'horreur de ma nature
Pour ma peine, ma punition,
Moi je tourne en rond, je tourne en rond

Zazie (Je suis un homme)


Prise de conscience

Je suis sous le choc.
Il y a encore quelques jours, je dormais paisiblement sur mes deux oreilles, fort de savoir que mon école, bien que située dans un rayon de 2 à 15 km d’une demi-douzaine d’usines « Seveso 2 », n’était pas considérée comme étant dans une zone à risque, contrairement à une autre école, distante d’1 km.
En d’autres termes, les hypothétiques nuages toxiques qui eussent éventuellement pu agrémenter accidentellement le ciel de ma zone urbaine se voyaient interdire le survol de mon établissement scolaire. Quelques ennuis de moins en perspective, puisque les effets de l’ammoniaque sur l’enfant de 8 ans sont assez incertains.

Mais avant d’aller plus avant, il convient peut-être d’expliquer d’un point de vue purement formel ce qu’est une usine « Seveso 2 ». N’étant expert que des acronymes de l’Education Nationale, je ne peux que m’interroger sur le sens précis du sigle « Seveso », mais il semblerait tout à fait vraisemblable qu’il s’agisse d’une contraction de « SEVErement maSO ». En d’autres termes, ces vénérables installations industrielles, construites en zone très urbanisée bien entendu, sinon c’est pas drôle, sont susceptibles de gazer/intoxiquer/brûler/mutiler/tuer/vaporiser/annihiler/ volatiliser (ne rayez pas les mentions inutiles, ça peut aussi faire tout ça à la fois, c’est ce qu’on appelle l’octuple effet Seveso 2) des milliers de gens en quelques minutes à quelques heures, selon leur humeur du moment. Oui, elles sont très joueuses. La plus coquine d’entre elles, murmure-t-on, pourrait tout souffler dans un rayon de 70 km si elle explosait, rayon qui comporte environ 500 000 habitants. Hiroshima, à côté, serait relégué au rang de hoquet d’hirondelle grabataire. Mais ne soyez pas inquiets, car les cuves sont prévues pour résister à un crash d’avion. Non pas pour prévenir un nouveau 11 septembre, qu’allez-vous chercher là. Nous n’avons pas cette prétention, petits provinciaux que nous sommes. Non, juste parce qu’il y a un aéroport juste à côté. Sinon c’est pas drôle.


« Interdit aux nuages toxiques. Traversée d’enfants » Voilà le panneau très explicite qui surplombait mon honorable établissement, encore très récemment. A noter qu’une semblable interdiction destinée aux nuages radioactifs est stipulée au dessus de toutes les frontières de notre bel hexagone. Comme chacun sait, c’est grâce à ces dispositions salvatrices pour la sûreté nationale que la France a échappé au nuage de Tchernobyl en 1986, à l’exception peut-être de l’Alsace, si l’on prête foi aux fantasmes de quelques langues de vipères. Quand bien même ce serait le cas, il existe une explication tout à fait plausible à cette regrettable et involontaire intrusion : entendant les autochtones de cette région parler leur dialecte germanique, et voyant à l’entrée des bleds des noms tels que « Kaysersberg » ou « Truchtersheim », le nuage radioactif aura confondu les Alsaciens avec des schleus. L’erreur est humaine.

Plan Permanent de Menaces sur la Santé

Hélas ! A l’instar des jeunes, les nuages toxiques, jadis si disciplinés, ne respectent plus rien. Et c’est ainsi que je me suis retrouvé sur le banc, non pas des accusés, mais d’une réunion d’information PPMS. Et ceci étant un acronyme de l’Education Nationale, je peux vous le fanfaronner, cela veut dire Plan Particulier de Mise en Sûreté.

On nous l’annonce en préambule : le département est un mauvais élève. Seules 14 % des écoles ont un PPMS. L’Inspecteur d’Académie a dû se faire taper sur les doigts comme à l’école des années 50, et il a dû assouvir sa frustration sur ses subalternes. L’objectif est donc clair, il est même claironné : il s’agit de doubler les PPMS à l’horizon de fin 2008.
En langage moins administratif, mais aussi moins politiquement correct, cela signifie : seules 14 % des écoles savent réagir en cas d’alerte chimique, il faut passer à 28 %.

Mais d’où vient donc cette lubie ? C’est un sujet sérieux, je ne dis pas qu’il faut le traiter légèrement, mais sans faire de mauvais esprit, il faut quand même dire qu’à chaque fois que l’institution prend brusquement conscience d’un truc qui craint (qui existe pourtant depuis belle lurette), c’est qu’il s’est passé quelque chose.
Et effectivement, il s’est passé quelque chose : il s’est passé AZF, à Toulouse. On en fêtait même le 6ème anniversaire ces jours-ci.


Pense-bête

Mais alors c’est quoi, un PPMS ? Eh ben, c’est de la paperasse, pour dire qui qui fait quoi, quand et où en cas d’alerte chimique.

Petit pense-bête non exhaustif :
- Prévoir le plan de confinement avec au moins 2 m3 d’air par personne. Si possible, prévoir des toilettes dans le plan de confinement (sinon, voir ci-dessous)
- Prévoir une malle de confinement avec une radio à piles, une lampe électrique, un seau (s’il n’y a pas de toilettes dans le plan de confinement), du ruban adhésif pour calfeutrer portes et fenêtres, des brassards de sécurité, des packs d’eau de source, une trousse de secours type école (avec ciseaux, gaze, désinfectant, pansements, sparadrap et pince à échardes, de quoi impressionner même le nuage toxique le plus récalcitrant)
- Prévoir un nouveau type d’alarme, car l’alarme incendie semble pour le moins inadaptée. En effet, on leur a toujours appris que lorsque cette alarme retentit, il faut sortir. Alors que là, il faut rentrer. On propose le talkie-walkie (« CP à CE1, me recevez-vous ? » - « CE1 à CP je vous reçois 5 sur 5 » - « CP à CE1 pour ordre de confinement, je répète, ordre de confinement »), la corne de brume (demander à l’Amicale des Supporters de la Vigilante de Boumdent-les-Vainlouses, ils ont peut-être des surplus), ou à défaut, aller toquer à toutes les portes.

Sketch n°1 : le technicien du risque industriel

Pour sûr, cette réunion était merveilleusement préparée. De quoi rassurer tout le monde. Ils avaient même invité un technicien spécialisé dans le risque industriel. Il s’était super bien concerté au préalable avec les gens de la mairie, présents à la réunion. Extrait de conversation :
Technicien : - Alors quel est le signal ? C’est une alarme montante et descendante diffusée par tous les canaux habituels. Tenez, la voici (il nous la fait écouter avec son ordinateur portable flambant neuf). Vous êtes en ville, normalement vous devez l’entendre partout.
Directeur : - Lors de l’exercice de l’an dernier, on ne l’a pas entendue.
Directrice : - Chez nous c’est pareil, on l’entend de nulle part !
Directeur : - Pareil chez nous !
Technicien – Eh bien, hum (air gêné, regardant les responsables municipaux)… De toute façon ne vous inquiétez pas, vous avez un quart d’heure pour vous confiner, et vous serez prévenus par téléphone par la police ou la gendarmerie. Vous avez tous le téléphone dans vos classes, n’est-ce pas ?
Directeur : - euh non, le téléphone est dans le bureau de direction pour toutes les écoles de la ville.
Technicien : - ah… (air emmerdé, puis il se reprend) Mais vous avez un téléphone sans fil ?
Directrice : - oui, mais vous avez dit tout à l’heure que l’alerte pouvait nécessiter une coupure d’électricité, or les téléphones sans fil ne fonctionnent pas sans courant.
Directeur : - Moi de toute façon, ma classe est trop loin de mon bureau, le sans fil ne porte pas jusque là.
Directeur : - Pareil pour moi !
Technicien : - Ah oui...(de plus en plus gêné, regardant avec insistance les gens de la mairie qui se planqueraient volontiers sous terre s’ils le pouvaient) Dans ce cas, vous devez au moins avoir un téléphone portable !
Directeur : - Ah ben c’est pas faute de l’avoir réclamé, mais la mairie nous l’a toujours refusé !

Sketch n°2 : la directrice d’élite

Pour sûr, cette réunion était fantastique. De quoi anéantir toutes les inquiétudes même les plus légitimes. Ils ont même invité une directrice d’école pour « témoigner » en quelque sorte de son action experte. Située dans une zone à très haut risque, elle fait figure d’ancienne combattante du PPMS. Pour vous dire, elle a même connu les deux ou trois précédents acronymes !

Elle nous déballe le contenu de sa malle, ses beaux documents en couleur remis à tous les instits et à tous ceux qui interviennent dans l’école. Elle fait la fierté de l’inspecteur qui en ronronnerait presque de satisfaction. De quoi nous rendre verts de jalousie, nous les nouveaux PPMSisés.

J’ai ouï dire il y a peu que l’usine voisine de son école a connu l’an dernier un incident qui a bien failli être catastrophique. A vrai dire, c’est même une certitude puisqu’un de mes amis était d’astreinte ce jour-là dans ladite usine, et il m’a confirmé qu’on n’était pas passé loin du désastre. Rien n’en a filtré dans la presse, naturellement.
Et donc, à cette occasion, il y a eu une alerte chimique dans cette fameuse école exemplaire en tous points. Et une mauvaise langue m’a rapporté ce qui s’était passé à cette occasion :
- Allô, Ecole Machin j’écoute…
- Oui, ici la gendarmerie. C’est pour vous dire que tout est rentré dans l’ordre. Vous pouvez vous déconfiner.
- Ah ? Il fallait se confiner ?

Alea jacta est !

Mais même les meilleures choses ont une fin. La réunion s’est donc terminée, et nous sommes chacun retournés à nos occupations, investis d’une nouvelle mission de salut public, avec, pour la plupart, un vague sourire narquois au coin de la lèvre. Something like le sourire du condamné à mort qui a accepté son destin, tu vois.

Parce que tout le monde sait parfaitement bien que quand l’usine AZF a explosé, toutes les vitres ont été soufflées à plusieurs kilomètres à la ronde.
Tout le monde sait parfaitement bien qu’AZF c’est de la roupie de sansonnet à côté de la bombe sur laquelle on est assis.
Tout le monde sait parfaitement bien que quand bien même on survivrait à l’explosion, tout le ruban adhésif du monde ne suffirait pas à calfeutrer toutes les vitres explosées, surtout en un quart d’heure.
Tout le monde sait parfaitement bien que le jour où ça arrivera, ce sera sans doute le grand voyage vers notre dernier confinement.

Copyrat draleuq 2007

draleuq, 10h25 :: :: :: [3 pensées profondes]

24 Septembre 2011 ::

« Dernières tendances catastrophistes - 1 : menace bactériologique »

:: Professorat

Ce billet fait partie d'un sujet qui en comporte deux :
1. Dernières tendances catastrophistes - 1 : menace bactériologique
2. Dernières tendances catastrophistes - 2 : menace chimique


Alerte !

C’était il y a deux ans. Venu d’Asie, comme presque tous nos maux comme chacun sait (le péril jaune petit, le péril jaune !), le virus H5N1, après s’être progressivement rapproché, tuait les premiers zosiaux en France.
Branle-bas de combat, la grippe aviaire allait faire haro sur les basses-cours, et même, plus grave, peut-être sur les hautes. Ordre fut donc donné aux éleveurs de volailles de confiner leurs poulets, ce qui ne changerait pas grand-chose pour beaucoup d’entre eux. Des élevages entiers furent abattus et livrés au bûcher comme des impies plutôt que de finir à la rôtisserie, comme au pire temps de la vache folle.
Le cours du poulet chuta comme jamais, malgré les supplications des éleveurs moribonds qui brandissaient l’assurance scientifique que cette maladie ne pouvait pas s’attraper en mangeant du poulet. Mais c’était sous-estimer l’inclination à la psychose de l’empoisonnement chez l’homo sapiens sapiens. Après tout on ne sait jamais. Mieux vaut ne plus acheter du tout de volaille. Comme ça on pourra s’acheter un peu plus de clopes, car par contre elles, elles augmentent.

Y’a pas marqué « pigeon »

Bien entendu, les écoles, lieu de séjour privilégié de nos chères têtes blondes, de notre chair de notre chair, de notre avenir, de la future fine fleur du pays, n’allaient pas être en reste dans ce plan d’urgence nationale.
Une affiche de prévention allait être apposée dans toutes les écoles, d’abord. Parce que l’école est le lieu privilégié de la prévention, c’est bien connu. Avec des signes dessus pour ceux qui savent pas encore lire. Et d’un orange bien pétant, hein, pour montrer que c’est grave. Pas rouge quand même, faudrait pas trop alarmer non plus.


Ensuite, on allait recevoir toute une série de circulaires et autres notes de service ultra-urgentes, hypra-prioritaires et très signalées (c’est le terme utilisé dans ces cas là) pour nous dire quoi qu’il faut faire et quoi qu’il faut pas faire, en particulier si on trouve un volatile mort dans la cour, chose relativement habituelle, mais qui du même coup devient suspect d’être une arme bactériologique.
Dans un premier temps, il fallait carrément déclencher le plan ORSEC pour le moindre moineau crevé. Appeler les pompiers, rien que ça, et faire remonter l’information à la mairie et à l’inspection de l’éducation nationale.
Seulement, les pompiers, ils ont vite mis le hola. Ils ont dit : « vous êtes bien gentils les mongoliens avec vos oiseaux crevés, mais nous on a d’autres chats à fouetter ». Tu m’étonnes.
Alors c’est retombé sur les gars de la mairie. Au début, ils sont venus avec une pince et des gants, ils ont mis le défunt piaf, paix à son âme, dans un sac spécial pour l’envoyer au labo. Puis, au fur et à mesure que la télé s’est intéressée à autre chose, ils sont venus en râlant et en poussant des soupirs, et ils ont pris le défunt piaf, Dieu ait son âme, à pleines mains sans se les protéger, avant de le jeter négligemment dans le container poubelle le plus proche.
Et puis finalement, on a arrêté de les emmerder avec ça et on les a jetés nous-même. Et Dieu merci, on a échappé à la contamination. Ouf.

De l’art de se faire pigeonner

Un an a passé. La télé a arrêté depuis longtemps d’agiter sous le nez des ménages français ce terrible épouvantail. A force d’être vandalisée par des marmots irrespectueux, rafistolée à coups de scotch, déchirée à nouveau, recollée à nouveau, la jolie affiche orange a fini par ne plus ressembler à rien, alors on l’a balancée. On en vient à se demander si la grippe aviaire a existé un jour.

Et puis survient dans la cour une de ces modes inexplicables qui durent quelques mois et repartent ensuite comme elles sont venues, sans qu’on sache pourquoi. Les gamins se sont mis à jouer aux billes. Frénétiquement.

Et survient dans la même année un phénomène général à toute la ville : une invasion de pigeons sans précédent. Ils viennent nicher sur les charpentes des préaux, déambulent dans la cour en picorant sans vergogne les miettes de goûter, vont jusqu’à entrer dans les bâtiments et monter les escaliers si on oublie de fermer une porte. Et bien entendu, ce qui ne gâche rien, ils déversent des litres de fiente sur l’enrobé de la cour, ce qui est du plus bel effet visuel, et aussi olfactif. Ça a même soulevé le cœur d’une instit, il est vrai un peu sensible.

Pigeons comment ça fonctionne

Voilà donc nos chères têtes blondes à jouer aux billes à quatre pattes sur un sol jonché de fientes séchées mélangées à des plumes.
Nous le signalons et le resignalons encore, car l’hygiène laisse à désirer évidemment. Et la fiente de pigeon est toxique et peut transmettre des maladies, sans parler de la grippe aviaire qui n’existe plus puisque la télé n’en parle plus.
Heureusement d’ailleurs qu’elle n’existe plus, qu’on se dit. Quelques mois plutôt, c’est tout juste s’il ne fallait pas passer tout le monde dans une chambre de décontamination quand on trouvait un oiseau mort, maintenant on peut se rouler à loisir dans le guano et les plumes. C’est fou ce que ça change vite.

Alors on prie pour que la grippe aviaire ne « revienne » pas parce qu’on se dit que si elle revient, on sera dans la merde, nous aussi.
On réclame et on réclame encore des filets de protection pour les empêcher de nicher, mais c’est pas possible qu’on nous dit. Ils ont fait des campagnes de stérilisation, mais pour l’instant sans résultats. Les gamins n’ont qu’à arrêter de jouer aux billes, merde quoi !
Donc ils continuent à jouer dans la fiente de pigeon, et personne ne s'en émeut.
Peut-être faudrait-il qu'ils en viennent à jouer dans la fiente d'émeu pour qu'ils pigent ?

Alors finalement, on prie pour qu’elle revienne, la grippe aviaire. On se dit qu’on sera ptet dans la merde nous aussi, mais que là ça bougera.
Et vous savez quoi ? Dieu, dans son infinie bonté, nous a entendus. La grippe aviaire a fait un retour cet été, même s’il a été moins fracassant que la dernière fois.
Et à la rentrée, on avait de beaux filets de protection tout neufs.


Projet d'uniforme pour directeur d'école dessiné par Jean-Paul Gaultier.
A été abandonné car la télé a refusé d'en parler.


Copyrat draleuq 2007

draleuq, 15h27 :: :: :: [2 pensées profondes]

19 Septembre 2011 ::

« Le Test de la Machine à Café »

:: Baratin

Le jour où la connerie est tombée, beaucoup de gens n'avaient pas de parapluie.

Marcel Pagnol


Si j'avais su que le fait de mâchonner nonchalamment mon sandwich dans une cafétéria d'autoroute me ferait découvrir le test de Q.I. le plus révolutionnaire !
Ah, si j'avais su, eh bien... Qu'aurais-je fait ? Oui, au fait, qu'est ce que j'aurais fait ?
Ben, je l'aurais su, voilà tout.
Bref, Wechsler, Binet et Simon vont pâlir de jalousie devant ma trouvaille, j'ai nommé : LA MACHINE A CAFE

Commençons par une brève description de l'outil :
- A droite, une fente surmontée de l'indication : "introduisez vos pièces de 5, 2, 1 et 0,5 francs ici. Je rends la monnaie."
- A gauche, une fente surmontée de l'indication : "introduisez ici votre jeton."
- En bas, un orifice destiné à la récupératioon de la monnaie
- Au dessus, une pancarte disant : "jetons à vendre à la caisse"
- A droite de la machine, une étagère occupée par des tasses propres, soucoupes, petites cuillères, serviettes de papier et sucres.

Passons maintenant aux sujets de l'épreuve :

Sujet n°1 : il arrive, l'air déterminé, avec un jeton. Il choisit la bonne fente (si si !). Hélas, ici s'arrête l'exploit, car il n'a pas remarqué que les jetons possèdent une rainure qui obligent à les introduire dans un certain sens à travers la fente qui est spécialement prévue à cet effet. Il s'énerve promptement sur la fente inoffensive et insiste lourdement. Le sujet qui attend derrière lui indique gentiment qu'il faut faire comme ça. Un bon point pour le sujet n°2.

Sujet n°2 : hélas, le bon point ne lui sert pas à grand chose contre l'ampleur de sa c... Pardon, c'est vrai, l'observateur doit être impartial ! Le sujet en question, donc, entreprend de mettre une pièce de 10 francs dans la machine. Cette dernière la recrache aussitôt avec dégoût (même si je n'ai pas le droit, en tant qu'observateur, aux jugements de valeur, il me semble que c'était avec dégoût). L'homme la remet, même motif même punition. Il la remet ainsi 15 fois de suite et après quelques coups de poing frénétiques sur la machine repue de pièces de 10 francs, il s'en va en pestant.

Sujet n°3 : traitant avec à-propos le cuisant échec du psychopathe à la pièce bicolore, celui-ci arrive, goguenard, avec une pièce de 5 francs, l'introduit avec succès et, ô miracle, la machine se met aussitôt en marche. Le miracle s'arrête là. Avant qu'il ne comprenne qu'il faut prendre une des tasses situées à droite de la machine (on se demande pourquoi...) et la mettre sous le robinet, la moitié du café s'est déjà vidé dans la grille. Le sujet bougonne des jurons dans sa moustache, met un sucre dans un demi-café sans oublier d'en enlever l'emballage. Nous rappelons que l'observateur ne doit manifester aucune émotion, éclats de rire inclus. Merci de votre compréhension.

Sujet n°4 : celui-ci arrive avec un jeton et s'empresse de le mettre dans la fente destinée aux pièces. Etonné que la machine refuse son aumône, il remet le jeton... dans la même fente. Et ainsi de suite pendant de longues secondes. "Mais ça marche pas !" s'exclame-t-il, et il s'en va dans la ferme et visible intention de protester à la caisse. Paix à son âme !

Sujet n°5 : il semble atteint du même "syndrôme de la pièce de 10 balles répétitive" que le sujet n°2. Le sujet n°6 lui signale que la machine ne semble pas apprécier les pièces en question. Un bon point pour le sujet n°6. Le n°5 s'en va en laissant sa tasse vide.

Sujet n°6 : celui-ci, plus vieux et coiffé d'une toque de fourrure, gâche immédiatement son bon point en signalant au sujet n°5 qu'il a oublié sa tasse sur la grille. Nous signalons à l'attention du n°6 que toutes les tasses sont les mêmes et que le SIDA ne se transmet pas par les tasses propres, ni même par les sales d'ailleurs. Au suivant.

Sujet n°7 : il lit avec passion tout ce qui est marqué sur la machine, étudie le problème, se gratte la tête et le menton. Après un temps de réflexion que nous devrions considérer, il introduit successivement 6 pièces d'1 franc dans la bonne fente et part content avec son café fumant. Nous nous permettons de signaler que le prix du café est de 4,50 francs.

Sujet n°8 : de sexe féminin (c'est la première), nous serions vexé, sans vouloir être macho, qu'elle soit aussi la première à expérimenter la machine avec succès. Heureusement, elle nous rassure vite. A peine a-t-elle brandi ses pièces qu'elle s'exclame avec une déception non dissimulée : "ah, ça marche avec des jetons !" Décontenancée, elle remballe ses pièces et ajoute : "mais où est-ce qu'on les achète ?"

Ayant eu le temps de finir mon sandwich dans l'intervalle, je décidai de cesser ici mes investigations et d'aller faire breveter mon invention chez le psychologue le plus proche.



Copyrat draleuq 1994 sous le titre original de :
"De la machine à café comme outil de mesure de l'intelligence",
mais c'est trop long, ça va foutre le Lion en rogne pire que quand
y'a trop d'anchois dans la tapenade.
Ah ! Qu'est-ce qu'y faut pas faire, j'vous jure !

draleuq, 21h56 :: :: :: [5 sarcasmes grinçants]

12 Septembre 2011 ::

« Pohérésie et allitérations »

:: Les dérapages du rat

draleuq, 21h27 :: :: :: [3 déclarations d'amour]

10 Septembre 2011 ::

« Le handirecteur - 2ème partie »

:: Professorat

Ce billet fait partie d'un sujet qui en comporte deux :
1. Le handirecteur - 1ère partie
2. Le handirecteur - 2ème partie


L’esprit reposé, de retour d’une retraite riche en méditations aux fins fonds de la France profonde (pour la répétition disgracieuse, merci, je suis au courant, mais c’est pour en accentuer la profondeur), il est temps pour moi de tirer un bilan, en même temps qu’un trait définitif sur cette année scolaire achevée dans la douleur.

Une catastrophe annoncée

J’avais laissé entendre que le billet fort opportunément appelé « Le handirecteur - 1ère partie » (toutes mes excuses encore pour ce titre en forme de calembour miteux) aurait probablement une suite.
Hélas, mon pressentiment était bien fondé, comme on pouvait s’y attendre.
Nous y voilà donc.

Durant cet interminable mois de juin, j’ai encore misérablement brillé par mon incurie notoire. Incurie, qui, fort heureusement, n’a incommodé que moi… A l’exception toutefois de mon excellente collègue, institutionnellement nommée « décharge »… J’ajouterai « publique », puisque j’ai décidé de faire dans l’école pas libre, malgré mon goût très prononcé pour la liberté comme chacun s’en est rendu compte.

La pauvre, pauvre décharge.
D’un côté, elle n’a jamais autant mérité son titre.
D’un autre côté, ce substantif poubellistique ne lui a jamais été aussi insultant.

Nul n’était besoin d’être devin pour appréhender le drame qui va vous être conté aujourd’hui.
Le mois de juin d’un prof de CM2, c’est dur.
Le mois de juin d’un directeur d’école, c’est très dur.
Le mois de juin d’un prof de CM2 cumulant les charges de directeur d’école, c’est très très dur.
Le mois de juin d’un prof de CM2 cumulant les charges de directeur d’école alors même qu’il est complètement à l’ouest, c’est d’une dureté que vous ne pouvez pas imaginer.

Mois de juin, mois des dossiers 6ème

Remplis, renseignés par le prof de CM2 (c’est moi). Passés ensuite pour être remplis, renseignés et signés par le directeur d’école (c’est encore moi).
Depuis toutes ces années, je suis rôdé, vous pensez bien. Alors quand mon anxieuse décharge m’a répété à plusieurs reprises dans les semaines précédant la date butoir : « faut ptet qu’on s’y prenne à l’avance », moi je lui ai répondu : « mais non, mais non, t’inquiète pas, y’a juste trois croix à mettre et une appréciation, c’est tout… »
Et elle insiste, l’impudente : « oui mais untel qui est prof en CM2 lui, il est en plein dedans là en ce moment, il passe ses soirées à remplir ses livrets »
Et moi, l’homme d’expérience : « mais non, pour les bulletins, on a encore trois semaines, t’inquiète pas. Untel il débute, mais dans quelques années tu verras, il stressera moins… »
Je ne me souviens plus exactement à la faveur de quoi j’ai découvert l’ampleur de ma connerie. Tout ce que je sais, c’est que c’était la veille de la date butoir. Et que c’était ce qu’on appelle vulgairement un « grand moment de solitude ».
Car les bulletins c’est une chose, mais il y a les livrets de cycle. Et les livrets de cycle, oui, effectivement, aussi loin que ma mémoire me revient, on les a toujours glissés dans les dossiers 6ème. 27 dossiers cartonnés de 4 pages à renseigner avec une appréciation de fin de cycle en bonne et due forme. Vous avez 24 heures. Bonne chance. Merde, juste au moment où mes insomnies commençaient à me foutre la paix. Je vais les regretter, là.

Pour se donner bonne conscience : il paraît que les trois quarts des écoles ne mettent jamais de livret de cycle dans les dossiers 6ème, parce que « de toute façon les profs de collège ne les lisent pas ». C’est sans doute vrai d’ailleurs, mais bon…

Mois de juin, mois des commandes de fournitures

Arrive la papeterie pour la rentrée prochaine, commandée fin mai. Heureusement, ça s’est bien modernisé tout ça. Tout par catalogue web sécurisé, copie de la commande par mail, y’a plus qu’à imprimer. On m’aurait dit ça y’a encore 5 ans, j’aurais pouffé de rire. Plus de tri à faire, ça arrive « colisé » classe par classe. Comme c’était le larbin de service dirlo qui devait se coltiner tout le tri et la vérification, c’est un progrès indéniable. Même à la régie du fournisseur, y’a du mieux : de moins en moins d’erreurs et d’oublis.
Lorsque j’ouvre mes petits cartons, hoquet d’horreur : environ 12 000 (à la louche) feuillets perforés de toutes les couleurs ont rapetissé au lavage transport. Enfin, ce que je veux dire, c’est que ce sont des 17x22 en lieu et place des 21x29,7. Et les 17x22, en dehors des cocottes en papier, je vois pas trop quoi en faire.
En d’autres temps plus cléments, du haut de mes certitudes d’homme responsable, j’aurais immédiatement conclu que le fournisseur avait commis une regrettable erreur qu’il se devait de corriger dans les délais les plus brefs.
Mais chat échaudé craint l’eau froide. Ayant été habitué depuis quelques mois à une fiabilité toute relative de ma part (c’est un euphémisme), je m’en allai aussitôt vérifier le fac-similé de la commande que j’avais imprimé, pour constater que mes craintes étaient encore une fois fondées : la boulette venait bien de moi.
Mais en toute chose malheur est bon : j’ai appris la modestie. Je suis passé des mails vindicatifs (hélas, les administrations ne comprennent souvent que cela) aux mails bredouillant de plates excuses sur un ton soumis et obséquieux.

Pour se donner bonne conscience : pfffff quels blaireaux à la régie, ils auraient quand même pu deviner qu’on n'utilise pas de feuilles 17x22 en CM2.
OK, c’est minable. Je recommence.
Ils se sont tellement gourés par le passé, c’est un peu à mon tour maintenant.
Comment, c’est toujours aussi minable ? Bon alors :
Ça arrive à tout le monde de se tromper. Ça, ça va ?


Mois de juin, mois des photocopies en cascade

Au mois de juin, il y a aussi des infos ultra méga urgentes à faire passer aux familles. Par acquis de conscience bien entendu, car on sait d’avance que les deux tiers d’entre elles ne les liront pas. 300 familles, même en serrant bien et en faisant 2 ou 3 mots par feuille, ça fait quand même la bagatelle de 100 à 150 photocopies.
Mais gain de temps oblige, le dirlo avisé que je suis a créé son répertoire de mots qui reviennent tous les ans à la même période. Pour gagner du temps, je reprends donc le même, reste plus qu’à changer les dates. Par exemple, 2 septembre 2006 devient 3 septembre 2007.
Mais quand on fait un copié collé pour mettre trois mots dans la même page par économie de papier, il faut modifier la date avant le copié collé… pas après. Et quand on se rend compte de sa boulette, il vaut mieux s’en rendre compte avant les 100 photocopies… pas après.

Pour se donner bonne conscience : de toute façon, ce ne sont pas des infos confidentielles, donc on pourra utiliser tous les verso comme papier brouillon. Et puis j’ai réussi à obtenir que toute l’école n’utilise que du papier recyclé, même pour la photocopieuse. Donc sur 300 ramettes, je rapporte bien plus à l’environnement que je ne lui coûte avec mes conneries.

Mois de juin, mois des sorties en car à la con

- DRRRRING…
- Grmbllgrrr qui m’appelle à cette heure là. (voix endormie) Allô ?
- Allô mon directeur adoré ? Dis, tu te souviens qu’on devait prendre le car à 8 h 15 ce matin pour aller à la répétition de chorale ?
- Hem, euh… (gloups)
- Bon, ben on part dans 5 minutes là. Alors rejoins-nous en voiture. Et perdu pour perdu, prends-toi un café hein.
- Hem, euh… merci.

Pour se donner bonne conscience : la répétition avait lieu dans une espèce de hangar immonde envahi par les pigeons et une gamine s’est fait chier dessus. Du coup, y’a que moi avec ma p’tite voiture qui pouvais aller acheter du Sopalin au magasin d’à côté. Si j’avais pas raté le bus, elle aurait dû garder sa fiente de pigeon sur elle toute la journée. Na !

Copyrat draleuq 2007


Je dédicace cet article à Johnny Cleg, alias Lindsay, alias je ne sais pas quel pseudo elle va bien pouvoir se trouver encore un de ces jours. Merci d'avoir secondé mon cerveau fatigué toutes ces années.

draleuq, 11h31 :: :: :: [5 assertions ineptes]

6 Septembre 2011 ::

« Le handirecteur - 1ère partie »

:: Professorat

Ce billet fait partie d'un sujet qui en comporte deux :
1. Le handirecteur - 1ère partie
2. Le handirecteur - 2ème partie


Peut-on rire de tout ?
On peut rire de tout, oui. Mais pas avec tout le monde.

P. Desproges


Comment laisser passer une nouvelle rentrée scolaire sans une petite note professorale ? Certes, les quelques transfuges de mon ancien blog reconnaîtront qu'il s'agit là d'une réédition, mais qu'ils se rassurent : quelques trucs vus et entendus ces derniers jours m'ont inspiré une note vénéneuse que je cracherai ici dès que j'en aurai le temps.
Sur la note présente, par contre, je dirai que je me suis bien rééduqué depuis, et que je suis devenu presque fiable. Si si. Mon cerveau a pourtant vieilli de 4 ans, mais y'a pas à dire : dormir environ 7-8 heures par nuit, ça aide, quand même !


Handi-Blog

Si je dis première partie, c’est que je crains hélas, et de plus en plus, que cette rubrique ne devienne plus régulière que je ne le voudrais dans ce blog.

A ceux qui me reprocheraient de faire un jeu de mots pourri avec les handicapés, je veux dire que je suis loin, très loin d’être un précurseur en la matière.

Tout le monde connaît bien entendu les fédérations Handisports et les Jeux Olympiques du même nom.
Mais savez-vous par exemple qu’une association de randonnée porte le nom, à mon sens particulièrement cynique, de Handi Cap Evasion ?
Savez-vous qu’à Nantes, un guide pour handicapés moteurs accessible par téléphone mobile s’appelle Handi-Cité (difficile de ne pas faire le parallèle, ne serait-ce que phonétique, avec « mendicité ») ?
Savez-vous que vous pouvez être famille d’accueil pour un Handi chien ? (non Régis[3], ce n’est pas un chien handicapé…)
Savez-vous que la firme Renault se fait fort de vous fournir un véhicule adapté grâce à ses Handi-services ?
Savez-vous qu’il existe un prix littéraire Handi-Livres ?
Savez-vous qu’un site de rencontres s’appelle HandiGay.com ? Eh ben oui, être handicapé, c’est pas gai, et être gay, c’est souvent un handicap. Mais on peut aussi être tout ça à la fois.
Cela dit, les Handi-hétéros ne sont pas oubliés avec Handilove.com !
Savez-vous qu’on peut s’acheter un fauteuil roulant en soldes sur Handi-Occasion ?
Savez-vous qu’on trouve la liste des entreprises Handi-accueillantes sur Hanploi.com ? Et qu’on peut vous y trouver un Handi-Job ? Savez-vous également qu’on peut rédiger un Handi-CV ?
Savez-vous qu’après le baby-sitting, vous pouvez aussi faire du Handi-sitting ?
Savez-vous qu’il existe un prototype de Handi Kite ? Et que vous pourrez en user sur une Handi-Plage où vous vous rendrez en prenant les Handi-Transports ?


Je vais immédiatement montrer l’exemple en décrétant sur le champ
que ce Handi-site sera désormais Handi-accessible aux Handi-Handicapés.[1]



Pièce à conviction n°1

Mais je m’éloigne du sujet initial, le Handirecteur d’école que je suis.
Tête en l’air, un minimum, ça je l’ai toujours été et maintenant je crois que c’est foutu pour toujours et à jamais. Mais ajoutez à ce terrain favorable quelques soucis perso, pensées envahissantes, surmenage et autres désagréments, et là ça peut devenir calamiteux.

L’autre jour, je reçois un coup de fil au bureau :
- Allô Monsieur Draleuq ? Oui, c’est pour une inscription, on vient de loin et c’est pour savoir si on peut venir sans rendez-vous à votre permanence le samedi X juin l’après-midi ?
- Oui Madame. Par contre, la permanence ce jour-là s’arrête à midi.
- Euh ben sur mon papier que j’ai eu à la mairie, c’est marqué jusqu’à 16 h 45.
- Ça doit être une erreur de la mairie, Madame.

Après avoir raccroché, pris d’un doute, je vérifie le document envoyé à la mairie. Et en fait, c’était bien moi qui avais envoyé ces horaires masochistes.
Je maile aussitôt à la mairie pour qu’ils changent ça, avec mes plus plates excuses. J’oublie la pièce jointe. Jusqu’ici, classique.
Je remaile avec la pièce jointe. Avant de me rendre compte que je n’avais pas enregistré les modifications de la pièce jointe au préalable. Je viens donc d’envoyer les mêmes conneries, sans le moindre changement.
Je respire un grand coup. Je remaile une troisième fois avec la bonne pièce jointe, je ferme la boîte mail.
Une heure plus tard, je reçois un accusé de réception… d’une autre personne. Je vais dans les mails envoyés et je me rends compte que je l’ai envoyé à la mauvaise personne.
Je le remaile une quatrième fois en précisant que je compte sur le Plan Alzheimer du nouveau Président Nicolas Sarkozy pour arranger mon cas.

Pièce à conviction n°2

Ce matin, j’avais prévu un travail sur un roman de jeunesse qui faisait toute ma fierté. A 8 h 30, j’avais vérifié avoir tout le nécessaire : le livre, les questionnaires. Je me connais, si si.

A 9 h 15, je vais pour commencer. Livre disparu, questionnaires aussi. Je les cherche partout pendant 5 minutes, les élèves m’aident (je les reconnais bien là, ces lèche-culs ! :) Je leur dis que si c’est eux qui les ont planqués, c’est pas drôle. Ils se marrent. En désespoir de cause, je leur donne un exo de maths à faire le temps de me retourner.

- J’ai pu de cahier de brouillon ! me dit la petite Lola.

Je me dirige donc vers l’armoire pour y prendre un nouveau cahier de brouillon. Et c’est là que je découvre le pot aux roses. Le livre et les questionnaires sont là, sagement posés dans une armoire où ils n’ont rien à faire.
La mémoire me revient brusquement : pour faire la dictée de mots, l’élève Hugo m’avait réclamé un nouveau cahier de devoirs.
J’avais à ce moment dans les mains ce p… de bouquin et ces p… de questionnaires.
Mais les cahiers de devoirs restant se trouvaient tous dans un paquet lyophilisé.
Incapable d’ouvrir le dit paquet à une main, j’avais posé ces grmbblgrrrrrrr de bouquin et de questionnaires dans le placard pour bénéficier de mes deux mains.
Et après avoir donné son p… de cahier de devoirs à ce p… de gamin, je fermais négligemment le placard, ce qui allait aboutir à la suite qu’on connaît.

Je leur fais immédiatement part de cette brillante reconstitution, avant de conclure :
- En conséquence de quoi Hugo est le seul et unique responsable de cette inqualifiable perte de temps. Aussi, je propose que nous l’attachions à un arbre durant la récréation afin de le lapider.
- Ouaiiiiiiiiiiiiiiiiis (manifestations bruyantes d’enthousiasme collectif)
- Par contre, Lola, c’est grâce à ton besoin en cahier de brouillon que nous avons découvert cet ignoble complot contre ma crédibilité…
- Ouaiiiiiiiis (applaudissements sonores)
- …Aussi, je propose que Lola jette la première pierre !
- Eh ! C'est po juste ! Moi aussi mon cahier de brouillon était fini !
- Moi aussi !
- Et moi aussi !

Ah la la. Voyez quelle corruption atteint déjà ces homo sapiens en plein devenir, et qu’on dit innocents. On est mal barrés, je vous le dis moi !

Quant à moi, eh bien travaillant dans une école accueillant de nombreux élèves handicapés, je trouve qu’il est finalement tout naturel qu’on leur ait refourgué un Handirecteur. J’estime que c’est même une question de solidarité !

Copyrat draleuq 2007


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1. Atteints des handicaps suivants : culs-de-jatte, paraplégiques, sourds et malentendants. Bah quoi, c’est un bon début. Faites n’en autant avant de critiquer.[2]

2. A ceux qui n’apprécieraient pas mes blagues débiles sur les handicapés, se reporter à la citation de Desproges. Et savoir que si un jour j’avais la malchance d’être moi aussi atteint d’un handicap, il n’y aurait que deux solutions : soit je continuerais les mêmes blagues, et même pire que jamais, soit je me flinguerais.

3. Régis est un personnage récurrent et imaginaire, mais pas tant que ça. Vous savez bien, y’a toujours un grand naïf (pour ne pas dire un gros neuneu) pour poser la question qui tue, faisant une énorme et très embarrassante gaffe sans intention. Voilà quoi, c’est jamais facile d’expliquer une private joke. Et si vous vous appelez Régis, je m’en excuse, mais Régis restera toujours Régis. C’est une institution. Comme Gérard (je vous parlerai de Gérard une autre fois :)

draleuq, 19h32 :: :: :: [4 soupirs de satisfaction]