Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

Faut pas se
mettre la rate
au court-bouillon
Ah
bon ?
De temps en temps, la Femme escalade amoureusement l'intelligence. Par là même, la justice s'évade en courant vers l'extase de l'individualisme
La Rochefaucud ::
Le lion & le rat (Le Tref & l'Aucube)

20 Février 2013 ::

« Opération Chariot - 6 : voyage retour et bouquet final »

:: Histoire contemporaine, 1942



Le voyage retour

Pendant qu'à terre, les commandos vendent chèrement leur peau ou leur reddition, la plupart des vedettes ayant survécu au carnage se sont un peu perdues de vue dans la confusion de la bataille.
Finalement, quelques unes se retrouvent au large, et le retour se fait en trois groupes bien distincts :



- Le premier groupe est constitué de la ML 160 de Boyd, de la ML 307 de Wallis et de la ML 443 d'Horlock. Ces vedettes ont en fait raté le rendez-vous avec les destroyers Tynedale et Atherstone. Elles partent plus au large avant d'effectuer un crochet vers le nord. Les trois vedettes sont repérées une fois par un avion bombardier Junker 88 de la Lutwaffe, isolé. Fort heureusement, elles parviennent à l'abattre et ne sont plus inquiétées jusqu'à leur arrivée qui du coup s'effectuera à Falmouth et non à Plymouth comme prévu, vu qu'elles sont parties plus à l'ouest. A l'arrivée, il leur reste... 20 litres d'essence ! Ces trois vedettes seront finalement les seules à rentrer du raid, comme nous allons le voir.

- Le second groupe n'est en fait qu'une seule vedette isolée, à savoir la ML 306 du lieutenant Henderson, qui s'éloigne de Saint-Nazaire sans avoir pu faire sa jonction avec aucun autre bateau. Selon les survivants, les occupants de cette vedette sont en train d'enrager de ne pas avoir pu débarquer et participer au raid. Hélas, le sort va leur fournir une bien funeste consolation. La vedette va croiser le chemin des 4 torpilleurs allemands de classe "Möwe" qui avaient été envoyés de Nantes suite au repérage de la flottille anglaise par le U-Boot. Ceux-ci étaient partis vers le golfe de Gascogne et n'avaient rien trouvé, ils revenaient donc vers l'estuaire.

Henderson réalise que l'ennemi est beaucoup trop fort. Il navigue tous feux éteints et coupe le moteur en espérant que les torpilleurs passent sans le voir. Mais l'un d'entre eux, le Jaguar, aperçoit "une ombre suspecte". Bientôt, la ML 306 est découverte par les projecteurs et engagée. Le Jaguar essaie d'abord de l'éperonner, mais Henderson parvient à l'éviter par une habile manoeuvre.
Pendant les quelques minutes qui vont suivre, pratiquement bord à bord (sauf que les Allemands surplombent les Anglais car le torpilleur est beaucoup plus grand), une fusillade nourrie va être échangée entre les deux navires, sans aucune chance de vaincre pour les britanniques.
Décontenancé par la violence de la réplique britannique, le Jaguar s’éloigne de la vedette pour se mettre à portée de canon.
Par deux fois, alors qu'ils sont abattus les uns après les autres, le capitaine Paul, commandant du Jaguar, va supplier ses ennemis de se rendre en hurlant dans son haut-parleur.
Peine perdue, les Anglais se battent héroïquement, et plus particulièrement le sergent Thomas Durrant, un commando qui va s'accrocher comme un désespéré à ses mitrailleuses Lewis jumelées malgré plusieurs blessures successives. Il n'arrêtera qu'après qu'une dernière salve l'y contraigne définitivement.

Mitrailleuses jumelées Lewis calibre .303 (7,7 mm), photographiées dans une ML n'ayant pas participé au raid. C'est aux commandes de cet engin que le Sgt Durrant de la ML 306 résista héroïquement au torpilleur Jaguar.


Entre temps, le lieutenant Henderson a été abattu lui aussi. 20 soldats parmi les 28 qui sont à bord de la vedette sont morts ou blessés et la vedette, prenant l'eau de partout, commence à couler. Aussi, le lieutenant R.O.C. Swayne[1], chef de groupe des commandos de la ML 306, finit quand même par offrir sa reddition au capitaine Paul, en ces termes : « Je crains qu’on ne puisse plus continuer ». Le capitaine Paul l'accepte aussitôt et fait rendre les honneurs de la guerre à ses courageux ennemis.
Sur le corps de Durrant, on dénombrera pas moins de 25 blessures.
Une semaine plus tard, le lieutenant Swayne retrouvera le Lieutenant Colonel Newman au stalag de Rennes et lui parlera de l'exploit de Durrant. Fait unique dans l'histoire militaire britannique, le capitaine Paul lui-même rédigera un rapport sur la conduite héroïque de Durrant et le remettra à Newman.
A son retour de captivité en 1945, ce dernier, s'appuyant sur ces deux témoignages, recommandera la Victoria Cross à titre posthume pour le sergent Durrant, qui lui sera aussitôt décernée.
C’est la première fois dans l’histoire militaire britannique qu’une décoration est attribuée grâce au rapport d’un officier ennemi.

A gauche : Tombe du lieutenant Henderson au cimetière militaire de Cuy à Escoublac. On y lit : "Lieutenant IBH Henderson, RNVR, HM Motor Launch 306, 28th march 1942, age 31, so he passed over and all the trumpets sounded for him on the other side". (photo draleuq)
Au milieu : Le sergent Thomas Durrant, décoré de la Victoria Cross à titre posthume.
A droite : Tombe de Thomas Durrant au cimetière militaire de Cuy à Escoublac. On y lit : "1874047 serjeant T.F. Durrant V.C. Royal Engineers, No1 Commando, 28th march 1942, age 23." (photo draleuq)


- Le troisième groupe est constitué de la MGB 314 de Ryder, de la ML 156 de Fenton, de la ML 446 de Falconar et de la ML 270 d'Irwin. Ces quatre vedettes sont toutes salement endommagées, mais parviennent tout de même à rejoindre le Tynedale et l'Atherstone, bien que pas tout à fait à l'endroit prévu car les deux destroyers ont rencontré les 4 torpilleurs allemands, qui ont cependant rompu le combat après un court engagement.
La ML 156 de Fenton, la plus endommagée, est tout près de couler. Elle est aussitôt abandonnée et ses hommes transférés à bord du Tynedale.
Les autres vedettes transfèrent également leurs blessés graves sur le Tynedale. Les marins des destroyers sont saisis d'effroi devant les ponts jonchés de sang et les bateaux réduits à l'état d'écumoires. A bord de la MGB, les pompes sont hors service, et on écope l'eau avec des seaux !

Une heure plus tard, la couverture aérienne du Coastal Command arrive pour protéger la retraite de la flottille, car on redoute que la Luftwaffe organise une chasse punitive.
Et justement, quelques instants plus tard apparaît dans le ciel un bombardier allemand Ju-88. Un combat s'engage entre lui et un Bristol Beaufighter anglais, combat tellement acharné que les deux avions entrent en collision et tombent dans la mer, sous les yeux médusés des hommes de la flottille qui assistent au spectacle.

A gauche : Bombardier Junker-88 de la Luftwaffe
A droite : Chasseur Bristol Beaufighter de la Royal Air Force


Peu après, la jonction s'effectue avec deux nouveaux destroyers de la Royal Navy, le HMS Cleveland et le HMS Brocklesby, ce qui ajoute une puissance de feu considérable à la flottille.

Les canons anti aériens du Brocklesby vont d'ailleurs abattre un nouveau Ju-88, tandis qu'un Bristol Beaufighter abat de son côté un avion de reconnaissance allemand, aveuglant ainsi l'état-major ennemi et le privant de toute autre riposte.

Le destroyer Brocklesby


Les deux destroyers nouvellement arrivés fournissent également davantage de place disponible à bord. Or, les trois vedettes restantes, la MGB 314 et les ML 446 et 270, toutes bien abîmées, retardent grandement la flottille, et beaucoup de blessés doivent être hospitalisés au plus vite.
Il est donc décidé d'abandonner et de couler les trois vedettes, et de rentrer le plus vite possible à Plymouth.

Survivants des ML 156 (Lt Fenton) et 446 (Lt Falconar) photographiés le 29 mars à Plymouth.


Premières répressions sur les civils

Pendant ce temps, à St Nazaire, dès 4 heures du matin, les perquisitions commencent dans les maisons du vieux Saint-Nazaire. Les Allemands, très nerveux, fouillent les habitations avec le doigt sur la détente, en vociférant des menaces. Trois civils sont tués cette nuit-là.
Mon grand-père, qui habitait Rue de la Paix, dans le centre du nouveau St Nazaire, avait entre temps quitté les abris et regagné son lit puisque je le rappelle, avec son corset de plâtre suite à une lourde chute sur le dos, il devait normalement garder la chambre. Les Allemands qui fouillèrent sa maison, au petit matin, étaient de ceux qui avaient conservé leur sang-froid. Ils entrèrent tout de même jusque dans sa chambre d'adolescent et vérifièrent jusque sous le lit s'il n'y avait pas d'Anglais. Ils lui firent comprendre qu'ils étaient désolés, mais que c'étaient les ordres et qu'ils ne pouvaient s'y soustraire.

Le "grand boum"

Le matin du 28 mars, le port arbore encore les stigmates des combats de la nuit. La "wochenchau" (propagande) est déjà sur les lieux et s'attarde à filmer les cadavres anglais restés sur les quais, et les équipements britanniques abandonnés.
Le commandement allemand, lui, reste perplexe devant la carcasse du Campbeltown fichée dans la porte-écluse Joubert. Kellermann, le chef du port, monte à bord avant de laisser place à un groupe d'experts chargés de découvrir une éventuelle bombe.
Mais le dispositif est bien caché, et ne sera pas découvert.

Bientôt, le Campbeltown est la proie des curieux. Des dizaines de soldats allemands commencent à monter à bord, attirés par la perspective d'y trouver des cigarettes et du chocolat. Certains d'entre eux sont accompagnés de leurs "petites amies" françaises. Parmi les « prises », un pavillon de la Kriegsmarine « made in England » !

Ces soldats allemands, qui se font tirer le portrait debout sur la proue du Campbeltown, fichée dans la porte-écluse Normandie, ne resteraient pas là s'ils savaient ce qu'ils ont sous les pieds !


A 11 h 45 enfin, près de 3 heures après le dernier délai (9 h 00) prévu pour la détonation de la machine infernale de Pritchard et Tibbets, c'est l'explosion.
Le Campbeltown est volatilisé avec tous ses occupants. Les flammes et les débris montent jusqu'à 300 m. d'altitude. La porte-écluse est arrachée de ses gonds, l'eau de mer s'engouffre dans la cale comme un raz-de-marée, emportant au passage les deux pétroliers ravitailleurs qui s'y trouvaient et les précipitant contre le caisson nord.
Des débris humains retombent dans un rayon de 2 km. On devra les repêcher à l'épuisette, répandre du sable sur le sol ensanglanté.
Kellermann, qui aurait dit que les Anglais étaient bien bêtes s'ils croyaient l'embêter avec ça, est couvert de boue.
Détenu à la kommandantür, à plus d'un km de là, Newman décrira "comme un tremblement de terre".
Dans le restaurant où les prisonniers anglais sont rassemblés, et où l’on n’y croyait presque plus tant l’horaire était dépassé, c’est une immense salve d’applaudissements !

Quant au capitaine Beattie, le commandant du Campbeltown qui avait été repêché dans la mer en cours de matinée, il est en cours d'interrogatoire, encore enveloppé dans une couverture, et l'officier qui l'interroge est juste en train de lui dire que les Anglais avaient sous-estimé la résistance du caisson.
La déflagration souffle alors la vitre du bureau, et Beattie aurait dit en souriant :
- Voilà justement la preuve que nous ne l'avons pas sous-estimée !

On ne saura jamais le bilan exact de l'explosion du Campbeltown. Les Allemands donnent 100 victimes, mais ils commanderont plus de 300 cercueils. Une enquête française, menée après guerre, établira les pertes à 320 soldats et 60 officiers. La cale Joubert, elle, est hors d'état de marche jusqu'à la fin de la guerre. Elle ne sera remise en service qu'en 1947.

Le fait que l'explosion ait été aussi tardive est un mystère qui restera sans doute à jamais irrésolu : les 4 tonnes d'explosifs devaient sauter à 7 h 00, au plus tôt à 5 h 00, au plus tard à 9 h 00. Rappelons-nous que plusieurs crayons explosifs avaient été introduits dans les grenades sous-marines reliées entre elles. Tous les crayons ne pouvaient pas avoir une défaillance en même temps, ou si les conditions avaient provoqué une telle défaillance générale, l'explosion n'aurait jamais eu lieu.
Une hypothèse, évoquée par plusieurs historiens spécialisés, avance donc qu'un officier britannique prisonnier aurait accompagné les Allemands à bord, et aurait déclenché lui-même l'explosion en s'immolant.

Ayant perdu de nombreux officiers supérieurs, la chaîne de commandement allemande se retrouve fortement désorganisée, et beaucoup de soldats de l'armée d'occupation vont se trouver livrés à eux-mêmes, ce qui va être lourd de conséquences pour les civils Nazairiens.

A gauche : Le monument du raid, Place du Commando à St Nazaire, peu après les cérémonies de commémoration du 28 mars 2008, 66ème anniversaire. On y lit : "En souvenir glorieux de ceux qui donnèrent leur vie lors de l'attaque de Saint-Nazaire le 28 mars 1942 - ils accomplirent beaucoup."
A droite : La plaque où sont inscrits les noms de tous les commandos et marins britanniques tués durant le raid. Fait assez inhabituel, sur la même plaque, en bas, sont inscrits les noms de tous les civils français tués durant la répression allemande qui a suivi le raid. (photos draleuq)


Psychose chez l'occupant

Durant le reste de la journée du 28 mars, après l'explosion du Campbeltown, la ville retentit de coups de feu. Les soldats allemands, extrêmement nerveux, voient des Anglais partout, au point qu'ils vont tuer plusieurs travailleurs de leur propre organisation Todt, en confondant leurs uniformes paramilitaires avec ceux des "Tommies".
La voiture du capitaine Dieckmann, commandant de l'artillerie navale de St Nazaire, est mitraillée par des Allemands à son retour d'une conférence à Nantes !
Le 29 mars, la situation commence à se détendre un peu. Le 30 mars, la circulation est rétablie près du port, mais on apprend toutefois que l'occupant a décidé d'évacuer tout le quartier du Petit Maroc.
Mais à 16 heures ce même 30 mars, une des torpilles à retardement de Wynn, lancée 60 heures plus tôt contre l'écluse Est du port, explose enfin, suivie, une heure plus tard, de la seconde, qui détruit la porte. Mon grand-oncle, alors électricien sur le port, travaillait sur un bateau au moment de l'explosion. Il dût s'enfuir précipitamment pour ne pas être mitraillé par les soldats allemands en panique, et il ne fut pas le seul : les ouvriers français de l'Organisation Todt, qui travaillaient à proximité, décident de s'enfuir de peur d'être soupçonnés de sabotage. Des Allemands, croyant à une révolte, leur tirent dessus.
Cette fois, l'occupant va basculer pour de bon dans la psychose. Les Tommies étant tous emprisonnés depuis deux jours, ces "attentats" ne peuvent être que l'oeuvre de terroristes français.

Sur un banc public voisin du monument au commando, une plaque rend hommage aux habitants nazairiens qui aidèrent les commandos, notamment en cachant plusieurs d'entre eux. (photo draleuq)


On disperse les groupes à coups de crosse de fusil. Une mitrailleuse prend l'immense place Marceau en enfilade et manque de faire un carnage.
Alors que des badauds assistent goguenards à la reconstitution de l'arrestation du Colonel Newman, filmée par la "Wochenchau" à la charcuterie Le Pouliken, la panique s'étend au quartier de la Briandais où on tire dans les fenêtres à coup de canon DCA, à la rue du Bois Savary où une femme est tuée par une grenade au moment où elle ferme ses volets, au quartier de Penhoët où les Allemands jettent des grenades dans les jardins, par les fenêtres ouvertes, attaquent même un café !
Un civil de la défense passive, coiffé de son casque blanc, est tué d'une rafale alors qu'il se porte au secours d'un blessé. Son fils de 5 ans est abattu à la porte, sa fille de 8 ans grièvement blessée dans la cuisine (elle sera plus tard amputée d'une jambe).
Un cycliste est abattu dans le dos après un contrôle d'identité, de même qu'un homme qui court vers un abri en tenant ses deux enfants par la main. Un prêtre, mis en joue, est sauvé in extremis par le passage d'un officier.
Aux Chantiers Navals, des Allemands prennent d'assaut une grue... Ils auraient pris pour des tirs ennemis le reflet de leurs propres tirs dans les vitres de la cabine de manoeuvre ! Le train de Nantes essuie plusieurs rafales avant d'arriver à la gare de St Nazaire. Plusieurs soldats allemands sont tués par erreur par leurs propres camarades, dans la confusion générale. Selon un témoin, cette nuit-là, les occupants utilisent des balles explosives anti-char, lesquelles font d'horribles blessures.
Parachevant la psychose allemande, une balle perdue coupe un câble à haute tension et plonge la ville dans l'obscurité, ce qui est pris pour un nouvel acte terroriste...

Les habitants du Petit Maroc sont évacués manu militari sans être prévenus ni avoir le droit de rien prendre. Ils seront envoyés dans un camp à Savenay le lendemain matin, avant d'être rapatriés plusieurs jours plus tard, mais ils trouveront leurs maisons pillées. Ils devront ensuite s'installer chez des proches, et le quartier entier sera rasé au bull-dozer par représaille, plusieurs commandos britanniques ayant été aidés par des habitants de ce quartier.
16 civils Nazairiens sont tués durant cette nuit de terreur, 25 autres sont blessés.
Un colonel allemand se déplace spécialement d'Angers et convoque le Maire de St Nazaire, M. Toscer. Il lui affirme que des civils Nazairiens ont participé à des actes de terrorisme contre l'armée d'occupation, le menace de raser la ville et de faire fusiller toute la population.
On finit par se mettre d'accord sur la rédaction d'une affiche qui sera placardée dans les rues dès le 31 mars à 7 h 00.
Le calme reviendra ensuite rapidement. Après la guerre, l'historien Lucas Phillips et plusieurs sources françaises confirmeront que quelques patriotes Nazairiens ont bien profité de l'occasion pour prendre les armes contre l'occupant. Il semble toutefois que ces actions aient été anecdotiques comparées à l'ampleur de la répression.

Affiche placardée dans les rues de St Nazaire le 31 mars à 7 h 00 du matin après la nuit de psychose de l'occupant.


Conclusion

Dans les jours qui suivent le commando, la propagande allemande se répand en mensonges :
"Des forces anglaises ont tenté de débarquer (...) à l'embouchure de la Loire avec l'intention d'attaquer la base sous-marine de St Nazaire et de détruire les écluses du port. Sous le feu des batteries (...) allemandes, un vieux contre-torpilleur (...) chargé d'explosifs, qui devait enfoncer les portes de l'écluse, a fait explosion avant d'avoir atteint son but. Le gros des vedettes (...) et des embarcations d'assaut de l'ennemi a été également détruit (...) par l'artillerie de marine. (...) L'ennemi a réussi à débarquer des forces qui ont été disloquées alors qu'elles tentaient d'attaquer les chantiers et de pénétrer dans la ville, par des troupes appartenant à toutes les armes de la Wehrmacht. (...) Sans compter des pertes élevées et sanglantes, l'ennemi a laissé entre nos mains plus de 100 prisonniers. Du côté allemand, aucune unité de guerre n'a été perdue ; il n'y a pas eu le moindre dégât à la base sous-marine."
Il s'agit bien entendu de faire croire que l'attaque visait la base sous-marine et avait donc échoué. Or, c'était bien la forme-écluse qu'elle visait et elle avait donc réussi, sans doute au-delà de tous les espoirs des britanniques.
Hitler ne s'y trompe d'ailleurs pas. Il entre dans une colère noire et dépêche immédiatement sur place le Maréchal Von Runstedt, puis le Maréchal Jodl, pour enquêter sur les raisons de cette déroute.
Il en résultera une très grosse discorde entre la Kriegsmarine et la Wehrmacht, chacune rejetant la faute sur l'autre.
Seul le capitaine Mecke saura tirer des lauriers de ce revers. Reconnu comme étant le seul à avoir vraiment anticipé l'attaque britannique, il recevra la Croix de Fer.

Du côté britannique, 55 décorations seront attribuées, parmi lesquelles 5 Victoria Cross, la plus haute distinction militaire du Royaume de sa Majesté : le colonel Newman, le capitaine Ryder, le capitaine Beattie, le matelot Savage (à titre posthume) et le sergent Durrant (à titre posthume).

A gauche : En 1947, Newman et Ryder à la tête d'un défilé de commémoration, sous le pont levant que les 70 survivants des commandos, y compris Newman, avaient dû traverser sous une grêle de balles pour essayer d'échapper à la capture. Paul Ramadier, alors premier ministre français, décore Newman, Ryder et Beattie de la Croix de Guerre. Dans son discours, il dit : « vous avez été les premiers à nous donner l’espoir. »
A droite : le Capitaine Karl Konrad Mecke (1894-1982), croix de fer.


La ville de St Nazaire aura ainsi le privilège d'être la première ville d'Europe occupée à avoir été foulée par le pied des Alliés.
Ce qu'elle ne sait pas encore, à ce moment, c'est qu'elle aura également le triste privilège d'être la dernière ville d'Europe à être libérée de l'occupant, le 11 mai 1945.

Enterrement d'une partie des britanniques tués, au cimetière de Cuy à Escoublac. Plusieurs prisonniers anglais étaient présents, parmi lesquels le Lt Corran Purdon, ici au garde-à-vous. Les Allemands leur rendirent les honneurs militaires. Devenu entre temps Général, Corran Purdon sera décoré de la Légion d’Honneur à St Nazaire le 28 mars 2006, en même temps que Bill "Tiger" Watson et que Bob Montgomery, devenu entre temps Colonel. Les autres vétérans, plus en état de se déplacer en France, furent décorés le lendemain à l’ambassade de France à Londres.

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1. Il sera décoré de la Military Cross.

draleuq, 09h10 :: :: :: [0 cri de désespoir]